‹ Essais de critique générale (volume 3)Chapitre 47 sur 278 · HO PREMIERS ÉLÉMENTS D'UNE GRAMMAIRE · texte numérisé non relu

HO PREMIERS ÉLÉMENTS D'UNE GRAMMAIRE

tique. Au fond les deux procédés rentrent dans un genre commun, car il ne peut exister d*autre moyen radical que celui de la juxtaposition. La pensée ne s'énonce pas, ne se traduit pas à la rigueur par des mots ; on doit la suppléer, la deviner sur des signes convenus. Le sanscrit et ses branches collatérales ou dérivées parlent comme le chinois, avec cette di£Eérenc6 qu'ils introduisent la modification dans le mot plutôt que dans la phrase (ou en même temps , ne parvenant pas à se passer tout à fait de particules) . Cette marche peut fiiire illusion : elle simule une sorte à'organwne et de vie des mots, que l'on croit analogue à la formation de la pensée; mais il n'en est rien, et l'intussuscdption, pas plus que la simple addition ne va au-delà du rapprochement brut des signes distincts affectés aux éléments distincts de la pensée.

Quoiqu'il en soit , il suffit d'avoir compris comment une langue peut se former progressivement et se corn* pléler, dans le système monosyllabique, pour que le même phénomène s'explique dans le système incorporant ou dans le système des flexions. Il faut seulement supposer de plus une sorte de constructivité poétique, sous l'influence de laquelle, au lieu de ranger les mots dans un ordre fixe à mesure qu'il les ajoute, un peuple les modifie les uns par les autres , les compose afin d'en exprimer les rapports, et peut dès-lors se permettre toutes les inversions. C'est ainsi que paraissent les déclinaisons , les conjugaisons , les cas , les temps , les modes, les voix, les régimes divers, non toutefois sans variétés, ni exceptions, ni anomalies. C'est encore ainsi

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que s'établissenl les parties du dùcours, donl la classification est fort arbitraire.

Un vocabulaire grossier, fait de symboles naturels, complëté par le geste, improvisé d'un côté, deviné de Tautre, tel fut sans doute le langage au commencement. On se bornait pour toute grammaire à jeter en avant daos un ordre quelconque les signes que la pensée devait unir. L'usage et l'habitude fixèrent des mots et les assujélireot à des lois de succession ou de groupement à peu près invariable. Au moment où une grammaire se constitue ainsi, quelque peu réfléchie que soit la marche par laquelle on y parvient, les mots deviennent plus franchement génériques, plus propres à l'expression des relations ; leur valeur symbolique s'efface à mesure qu'ils s'étendent ou se précisent ; enfin, les plus abstraits se dégagent et acquièrent une importance croissante : tels les particules, les pronoms démonstratifs et relatifs, les articles. La parole, due à l'instinct de la raison, tend à devenir la raison même, et une langue qui semblait le produit de l'inspiration a presque les effets qu'on aurait attendus d'une convention formelle entre les hommes.

Ici et dans ce qui suit, j'entends par symbole le symbole primitif et naturel, et je l'oppose au signe de pure convention. En ce sens, l'algèbre est la moins symbolique des langues, bien que, dans une acception toute autre, on ^l pu la nommer très justement une véritable $ym^ bolûfue. Les symboles mathématiques expriment des rapports définis et abstraits, et ne sont pas fondés sur

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