‹ Essais de critique générale (volume 3)Chapitre 48 sur 278 · MARCHE DES LANGUES · texte numérisé non relu

MARCHE DES LANGUES

rimitation ou sur de vagues analogies, sur la personni-* fication universelle, sur les mythes.

Plus les langues s'éloignent de leur origine, plus elles perdent de leur poésie, si toutefois la poésie est dans l'image ; mais aussi plus elles gagnent en logique. Cet affaiblissement du symbole est grand, dans ces idiomes dérivés» mêlés, altérés et tourmentés de mille manières, oùla conscience vulgaire de la composition etde la valeur étymologique des mot^ est perdue, où, par conséquent, le signe est purement habituel, et comme conventionnel. Ces mêmes idiomes ont une syntaxe assez analytique, parce que la forme du mot n'y marquant plus suffisamment les rapports grammaticaux, on doit recourir à l'emploi de particules qui les expriment, et en même temps se soumettre à une loi de position. Cependant les vices du symbolisme primitif s'y remarquent encore. Le principal, si ce n'est l'unique, est la nécessité de personnifier les noms de choses, d'attribuer passion et volonté à tous les sujets du discours. De là cette règle des genres, qui nous oblige à distinguer par le sexe des objets qui n'en ont point, usage parfaitement ridicule aujourd'hui, et que l'empire de l'habitude nous rend seul supportable, dans toutes nos langues (l'anglais seul excepté] . A ces défauts dont l'importance surpasse tout ce qu'on pourrait croire d'abord, il faut joindre ceux qui proviennent des caprices de toutes sortes qui ont gouverné la formation et l'altération successive du parler et de l'écrire : c'est le désordre d'une maison en ruines dont les parties ont été abandonnées, relevées ou réparées au hasard ; on n'y voit que distinctions arbitraires ou con-

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