‹ Essais de critique générale (volume 3)Chapitre 5 sur 278 · VIII FORMULÀIRK DU PREMIER ESSAI · texte numérisé non relu

VIII FORMULÀIRK DU PREMIER ESSAI

termiiiation de la chose en gméral, quanl à ses limites d*élendue et de durée, quant à sa composition, quant à son conditionnement. Mais elles ne subsistent que parce qu'on se refuse à borner la science à la considération des relatifs. Elles sont préci* sèment le produit de Teffurt qui se fait pour instituer, sous les noms d'infini, d'absolu, d'inconditionné, de chose en soi, Tobjet dont toute représentation est impossible.

L'autre cas, où le projet de la science accomplie est et reste chimérique , est celui où Ton prouverait que la science est bornée. Il est vrai qu'alors, à notre point de vue, la science existe d*une autre manière, et aussi parfaite que possible en ses premiers principes. Ce cas est très réel.

En effet, la chose en général ne peut point être déterminée par la science; la synthèse totale des phénomènes ne peut point être constituée. Elle ne peut Tètre :

,, 1^ A regard de la relation , universellement parlant : car la relation composant la synthèse totale, ou le tout du monde, existe toute entre ses propres éléments, cela par définition ; le monde n'est donc pas l'un des termes d'un rapport; il n'est donc pas assignable, comme d'autres objets le sont, par l'établissement ou par les conséquences des rapports qui les enveloppent. La même raison rejette le monde hors de la série de l'expérience. L'ensemble des phénomènes, objets de l'expérience possible, surpasse l'expérience possible ;

2* A l'égard de la totalité , expressément : les phénomènes compris dans le monde donné (actuels, passés ou prédéterminés), forment un tout et un nombre. Mais cette fonction du multiple et de l'un ne peut se découvrir o pnon, ni expérimentalement.

FORMULAIRE DU PREMIER ESSlt. IX

ni se fonder sur la connaissance d'une fonction autre ou supérieure qui est exclue par définition ;

3** A regard de Vélendue et de la durée : tons les phénomènes sont relatifs à des fonctions dé ce genre; mais la fonction du inonde ne permet pas plus qu'on l'assigne sous ce rapport que sous le rapport du nombre. Sans doute, le monde est défini intrinsèquement eu égard aune unité quelconque , prise de son contenu; mais la mesure, quoique réelle, est inexécutable. La thèse de Tinfinité est contradictoire. La seule raison spécieuse sur laquelle on s'appuye pour la soutenir consiste à remarquer que la représentation pose nécessairement • au-delà de toute étendue et de toute durée limitées, et de tout nombre déterminé^ une étendue enveloppante, une durée antérieure, un nombre plus grand ; on ne réfléchit pas que l'indéfinité de la représentation possible, ou universelle, ne saurait conférer l'existence à d'autres rapports particuliers que ceux qui sont effectivement compris dans les phénomènes donnés, et que retendue qu'on imagine au-delà de retendue du monde, la durée avant la durée, le nombre au-delà du nombre^ ne diffèrent en rien de la représentalion de retendue en général , de la durée en général , du nombre en général. Le monde est limité intérieurement, c'est-àdire mesuré; il n'est pas limité exlérieurenieni, puisque, par définition , il ne laisse hors de lui de rap* ports eflectifs d'aucune espèce. Mais ce monde mesuré n'est pas mesurable en fait pour 1rs êtres qui en font partie, lesquels n'atteignent, soit rationnellement, soit expérimentalement, que des rapports subordonnés à d'autres rapports.

Les mêmes considérations qui s'appliquent à l'addition progressive des phénomènes du monde , portent sur la division qu'on en fait, en envisageant régrcssivemenl leurs parties, leurs étendues cl leurs durées de plus en plus petites ;

Page 1