‹ Essais de critique générale (volume 3)Chapitre 50 sur 278 · DU REMÈDE AUX VICES DES LANGUES · texte numérisé non relu

DU REMÈDE AUX VICES DES LANGUES

Enfin, pour pousser la supposition à l'extrême limite, voudra-t-on jamais, peut-on môme raisonnablement imaginer que la chaîne de transmission du langage se rompe, que toutes les littératures deviennent mortes, que les langues mythiques et poétiques disparaissent, que le langage familier se tourne au scientifique, et qu'une même parole, logique, rationnelle, imperturbablement fixe, établisse son empire d'un pôle à l'autre sur des hommes et des peuples jetés dans un moule invariable?

L'humanité semble s'acheminer vers l'unité de langue, entre certaines limites, et dans ce sens où l'on peut dire déjà que les langues romanes, et l'anglais même avec elles, en offrent un premier degré, et tendent vers un second. Au point de vue d'un homme de l'Orient, ce ne sont là que de simples dialectes de l'Europe occidentale. L'unité future, ainsi entendue, serait étroitement liéeaufait de l'extension croissante des communications entre toutes les nations du globe, et à la prépondérance de quelques-unes. Il se pourrait encore qu'un dialecte obtint l'universalité à la longue. Mais cette langue universelle, de formation fatale, non réfléchie, spontanée, non volontaire, serait toujours une langue poétique et ne serait pas la langue philosophique. Tout au plus estil permis d'espérer que, se constituant sous l'influence du progrès de la pensée publique en tous genres, elle arriverait naturellement à se simplifier et à se régulariser jusqu'à un certain point : et il y aurait à cela des obstacles.

Quoiqu'il en soit, je conclus : l*" qu'il n'est ni dési-

Page 1