DE LA LANGUE PHILOSOPHIQUE UNIVERSELLE. H
OÙ ce système des connaissances formelles existera et sera reconnu « on cessera de parler sans se comprendre, et de se perdre dans les disputes de mots ; le déraisonnement deyiendra difficile, et l'énoncé jugera la pensée : le mythe de Babel ne sera plus que de Thistoire.
Hais cette langue si nécessaire est-elle possible? et peut-elle s'élever d'un bond à la perfection ? La possibilité de Tinvention d'une langue n'est pas douteuse, s'il 4^t vrai que la parole est un produit de la raison ; car alors pourquoi l'homme n'instituerait-il pas librement et régulièrement un de ces systèmes de signes que sa spontanéité a su produire, au hasard des symboles et des rapprochements les premiers venus? L'histoire de récriture nous offre même des productions plus réfléchies, plus savantes, qu'on se ferait aujourd'hui un jeu de dépasser. Quant à la perfection, il faut y viser et ne point l'espérer. Une question plus sérieuse est celle-ci : peut-on prétendre obtenir du premier coup un système suffisant, en théorie comme pour la pratique, et qui se donnerait pour accompli? ou la langue philosophique doit-elle s'organiser pour le progrès, et rester en quelque sorte ouverte? Ici» distinguons entre ces deux parties essentielles d'une langue : la grammaire, le vocabulaire ; la loi de composition et de syntaxe des mots, les radicaux ou signes primitifs des objets et des pensées simples.
A l'égard de la grammaire, on établira quand on voudra, plus ou moins heureusement, mais sans obstacle majeur, une série de signes fixes, en petit nombre, tirés des catégories dont nul ne contestera la valeur gram-
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maticale, relation, personnalité, finalité» causalité, etc.,. et qui simples ou combinés, adaptés aux racines, en détermineront la signification, en formeront les dérivés et en arrêteront les rapports dans la phrase. On s'attachera pour y parvenir, soit au système des flexions, soit à la loi de position des Chinois, dont il serait facile d'étendre le principe et d'éviter les équivoques, surtout par écrit : le dernier procédé serait préférable en effet pour les tracés, comme l'autre pour une langue parlée, et la raison philosophique en est sensible. La grammaire que l'on pourra construire ainsi, d'une ma* nière ou d'une autre, sera la première digne de ce nom, une vraie science, tirée de la logique, simple, rigoureuse et sans exceptions, enfin aux règles si constantes et si claires qu'elle puisse entrer dans l'enseignement primaire, où les langues néolatines ne sauraient être l^Tésentées par principes comme on le prétend, à moins de n'y être pas comprises ou de fatiguer et de fausser le jugement des élèves. Le langage aurait alors son étalon normal dans le monde entier, comme les mesures ont déjà le système métrique. Il est d'ailleurs indispensable que la langue philosophique soit à la portée de tous, aGn que tous possèdent l'instrument des scibnces et delà communication universelle, qui, entre les mains de quelques-uns, pourrait n'être plus un jour que l'instrument de leur domination.'
La question du vocabulaire est plus difficile, quoique simplifiée par rétablissement d'une bonne grammaire. Après qu'on a retranché de la langue le nombre immense des mots composés ou dérivés qui y entrent