LA RAISON COMME JUGEMENT ET RAISONNEMENT
ni établissement d'espèce sans jugement. L'espèce peut n'avoir pas le caractère positif que comportent les objets des sciences constituées : elle n'en est pas pour cela moins impliquée partout' où la pensée enveloppe un sujet dans la compréhension d'un attribut; et les jugements les plus particuliers ont celte forme comme les autres, sous quelque catégorie que se range d'ailleurs le terme spécifique. Par exemple les propositions, la ville a telle grandeur ^ vous agissez^ envisagent la quantité et la causalité comme espèces, quoique ces termes n'appartiennent point h la catégorie de qualité.
On donne quelquefois aussi le nom de jugement à la faculté d'appliquer à chaque cas sa règle, en jugeant ; et avoir du jugement, dans l'acception vulgaire du mot, c'est n'émettre communément que des propositions vraies. Mais il est clair que la considération de l'erreur ou de la vérité des jugements est étrangère à la fonction* même de juger. La raison aussi se prend eu un sens analogue et qui embrasse l'homme tout entier. (Raison raisonnable et non plus raison rationnelle.) L'analyse nous oblige à suivre les catégories sans les mêler, jus-
mathématiques aas5i sont sèches; mais le géomètre ne fait pas obstacle au peînire : il le soutient. On doit convenir encore que celle poésie des anciens jours, inimitable et vainement regrettée, se lie aux illusions et aux erreurs qui lui survivent et nous nuisent, quoique affaiblies. Si la poésie , dont le sens est presque oblitéré chez les pevples rationnels, est destinée à renaître et à s'épanouir comme une fleur de rhumanité future, ne pouvons-nous penser qu'elle différera de rimaginaiion de nos premiers pères autant que notre raison s'éloigne de leur sagesse ?
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qu*au moment où, cette revue étant terminée, d'autres questions se présenteront.
Lorsque deux jugements sont rapportés simultanément à la conscience, et que de cette comparaison un troisième jugement résulte, par le moyen d'un terme spécifique commun, il y a raisonnement et, à proprement parler, syllogisme. De nouveaux jugements se déduisent aussi de ceux qui sont donnés dans une dépendance hypothétique l'un de l'autre, ou comme membres d'une alternative, pourvu que certains d'entre eux soient posés de fait. La série des pensées, ainsi dirigée par la catégorie d'espèce ou par le principe de contradiction, est le raisonnement. On peut donc définir le raisonnement la loi de la raison en mouvement. Je me borne ici à des définitions, puisque j'ai donné ailleurs une étude complète des lois de la proposition et de la déduction, comme conséquences des relations catégoriques. (Voir Premier essai, § xxxiii sqq.)
La raison est quelquefois dite aussi la faculté des principes. Et, en effet, toute série de jugements enchaînés suppose des jugements originels. Ceux qui dominent ainsi les autres et les enveloppent syllogistiquement sont leurs principes. C'est donc une fonction de la raison de déterminer les thèses primitives ou irréductibles de tout ordre.
Les éléments du jugement, termes abstraits et généraux, les jugements eux-mêmes, leurs séries et les principes qui les commencent, composent un ordre de représentations qu'on distingue des simples appréhensions d'objets (sensibilité), et des productions ou reproduc-
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lions dans l'espace et le temps (imagination, mémoire) et enfin des séries de la pensée, dont les termes s'endiainent sous d'autres catégories que celle de l'espèce* On pourrait les désigner sous le nom de canceptioM s'il paraissait utile de conserver cette dénomination dans le vocabulaire philosophique. Nais la conception, en général ne serait guères qu'un autre nom de la raison. Il.est peut-être bon de rappeler que distinguer n'est point séparer et que les fonctions relatives aux diffié* rentes catégories sont unies de &it dans l'histoire de la conscience.
Après ce que j'ai dit ci-dessus de la tigniftcation, je n'ajouterai qu'un mot sur le rôle essentiel que remplissent les signes pour fixer et enchaîner les termes , les jugements et leurs séries. Des raisonnements peuvent se produire sans l'emploi formel d'aucun signe convenu, et pourtant d'une manière exacte ot sûre autant que rapide. Du moins il en est ainsi du syllogisme simple et des applications immédiates du principe de contradiction : mais dans tous les cas, la sensibilité, ou l'imagination et la mémoire fixent les termes qu'on envisage, et leurs objets présents tiennent lieu de signes. Lorsque les signes [Nroprement dits sont une fois intervenus, l'habitude ne nous permet plus de les séparer entièrement des choses auxquelles nous les avons attachés ; de là vient que plusieurs philosophes ont pu se iaire illusion sur l'importance déjà si grande de la signification, au point de croire que nulle pensée n'est * possible sans elle, opinion qui rendrait la signification elle-même impossible. Hais raisonner pour ainsi dire
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élétnentairement ne suffit pas ; les thèses veulent être fixées, conservées, étendues et transmises ; et il ne saurait exister ni communication régulière ni science autrement que par l'institution des signes.
A la théorie des signes se rattache une question longtemps agitée : Que doit-on penser de la nature de ces termes généraux qui sont la matière du jugemeyt et da raisonnement ? il n*y a plus là de problème pour nous : L'analyse de la catégorie de qualité, et des fonctions de la conscience qui s'y rapportent, établit le sens de la représentation d'espèce ; on se rend compte de l'intervention du signe et de ses conséquences, et tout est dit, sans qu'il y ait de nature à déterminer.
Trois opinions se sont produites : le réalisme, le conceptualisme, le nominalisme.
La querelle dure encore, et la question est si mal posée que les sages écossais ont pu s'y partager, D. Stewart tenant pour le nominalisme, et Reid pour le conceptualisme avec Locke, à ce que dit D. Stewart. Des philosophes plus récents et français sont naïvement re- Tenus aux universaux en soi. Le réalisme admet la substance et la mulliplie : je n'en recommencerai pas la réfutation. Si le sens de cette doctrine autorisait à faire de l'espèce une représentation dont les rapports consti- ' tuants fussent réels comme ceux que nous offren t les êtres individuels, il n'y aurait pas d'objection, car la réalité appartient également aux relations les plus différentes. Le Bien, le Vrai, sont des espèces réelles, c'est-à-dire qui touchent, informent et déterminent la* conscience,