‹ Essais de critique générale (volume 3)Chapitre 60 sur 278 · L*£NFANT QUANT A LA RAISON · texte numérisé non relu

L*£NFANT QUANT A LA RAISON

nouveau : certaine impulsion le porte à affecter d'un nom Tobjet ou la passion qui Timprime, et c'est la rai* gon pour laquelle il se prête si bien à accepter et à reproduire avec conscience les signes communiqués. La plupart de ces signes ont cessé d'être naturels ; il se laisse donc conduire à des conventions, et contracte pour les accepter, de . cela seul qu'il comprend et qu'il parle. L'usage des noms appellalifs suppose la représentation distincte de l'espèce, ou de ce que renferment de commun des objets qu'on oublie quelquefois être différents; aussi l'enfant généralise-t-il beaucoup, et bientôt vaillamment et sans réserve. Maître de la parole, il réfléchit les jugements arrêtés dans sa mémoire; il les compare, il raisonne, et avec d'autant plus de force et de liberté qu'il a moins d'habitudes formées ; il se fait des principes, et toujours très rigoureux; enfin ce n'est que peu à peu qu'il s'accoutume à voir un problème demeurer sans solution, à substituer à la vérité logique le dire convenu, au principe la maxime, au jugement le préjugé, et au raisonnement la série des opinions acquises. Un très grand nombre d'hommes raisonnent plus et mieux à douze ans qu'à cinquante.

Tous les phénomènes de la raison se produisent donc chez l'homme, et avec la plus grande intensité, même avant l'âge qu'on appelle âge de raison. Ce dernier période dont les traits se forment graduellement, est marqué dans la personne par rétablissement d'une somme d'expériences faites ou dont elle a profiié , et de plus par le point final d'attention et de réflexion que

RESUME DE MÉTHODE* i3^

chacun est capable d'atteindre ; c'est pourquoi Teutrée en est fixée, si tant est qu'elle puisse l'être, au moment où la Tivacité et la mobilité des impressions venant à diminuer» l'homme arrête plus décidément ses objets et forme son caractère.

La faiblesse de l'attention, celle de la volonté, autrraient que sous l'impulsion passionnelle, senties traits communs de l'animalité et de l'enfance humaine, mais i des degrés bien différents, puisque l'animal témoigne, ou d'une telle inertie, ou d'une telle mobilité dans ses représentations qu'il n'arrive jamais à la considération réfléchie de ses jugements; tandis que nous avons vu l'enfant atteindre tout d'abord à la fonction significatrice et à ses conséquences. Aussi la plus grande variabilité des mouvements représentatifs s'accorde chez l'un avec une réelle stabilité des modes d'appétit et de connaissance (voyez le singe, par exemple], là où celte fixité que l'attention seule impose aux phénomènes conduit l'autre à modifier ses actes et finalement sa nature même. Je m'efforcerai, en traitant de la volonté, de pénétrer jusqu'à la racine du développement de conscience que j'ai résumé jusqu'ici dans le mot réflexion.

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