‹ Essais de critique générale (volume 3)Chapitre 69 sur 278 · TROISIÈME NOTION : LE CŒUR · texte numérisé non relu

TROISIÈME NOTION : LE CŒUR

que la finalité est un caractère essentiel de loute définilion qu'on en voudra donner. C'est à ce lilre qu'elles rentrent toutes dans la fonction affective. Or si no us considérons plusieurs de ces autres passions, et principalement la joie, nous verrons la volonté s'effacer encore plus de la représentation que nous en avons. Les affections qui tiennent de la tendance pouvaienlencoreôlre rapprochées spécieusement des volitions, qui ont comme elles un but à atteindre, souvent le même ; mais celles qui tiennent de la complaisance dans un état donné s'éloignent tout à fait de l'effort et ne marquent point de causalité. L'amour, pour user maintenant de ce nom, est une passion tantôt de fièvre et de mouvement, tantôt de calme et de repos, La première forme est sans doute celle qu'on observe et décrit le plus, celle qui entraîne l'homme et mène le monde; mais la seconde est un idéal toujours présent, doit on croit se rapprocher dans les accès mêmes de l'autre, et sans la réalité de laquelle, si éphémère qu'elle soit pour nous, le changement serait sans objet. Ainsi, l'amour de satisfaction, le plaisir contemplatif, la tendresse, les joies douces, sont des affections qu'on ne peut s'empêcher de rapporter à une fonction bien distincte des autres dans la nature humaine. La volonté y est aussi étrangère que le permet l'unité de l'homme moral. Enfin le désir et toutes les passions motrices sont essentiellement de même nature que cette passion à l'état de repos, parce que le mouvement ne commence et ne se justifie que parla représentation affective de son but, et qu'une même

IGO LÀ PASSION pure; placb de la passion dans l'homme.

fin, poursuivie, donne la passion dans le changement; atteinte, la passion dans la quiétude.

La passion pure est loin d'avoir obtenu dans les systèmes une place comparable à celle de l'entendement pur. Ce dernier fût toujours la chimère des penseurs. Cependant, si l'on consent à voir une école philosophique dans le quiétisme et les sectes analogues, on aura quelque idée de ce que devient l'homme pris du poiqt de vue exclusif de l'affectivité. Le pur amour, la contemplation, l'adoration, l'extase, la soumission entière aux lois divines quelconques, avec abandon du jugement et résignation de la volonté, sont les formes de la doctrine quiétiste. A cette disposition morale, il faut joindre ici, quoique très différente, celle qui admettant le libre mouvement des passions, recommande le sentiment, l'enthousiasme et les sympathies comme des principes d'activité supérieurs à la raison et à la volonté, au jugement et à la justice. La seule existence de ces doctrines, ou mobiles de conduite et de vie, confirme la distinction entre un élément qu'on peut chercher de la sorte à faire prédominer dans l'homme

et ceux qu'on s'efforce d'effacer ou d'atténuer ; et si cette distinction n'était rien, il faudrait dire que le quiétisme et le sentimentalisme ne sont rien euxmêmes, et n'exercent pas la moindre influence sur ceux qui, par caractère ou par système, y conforment leurs actes. Mais une telle opinion serait trop démentie par les faits.

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