‹ Essais de critique générale (volume 3)Chapitre 7 sur 278 · FORMULAIRE DU PREMIER ESSAI. XI · texte numérisé non relu

FORMULAIRE DU PREMIER ESSAI. XI

leur primordiâlité, et les poser elles-mêmes avant elles-mêmes. Nous 06 pouvons pas les supposer toujours données, sans commeocemeoty parce que leur existence, de quelque manière qu'elle se témoignât^ et fut-ce toujours identiquement, impliquerait la répétition infinie d'un phénomène. Enfin, la nécessité, le hasard, le fait, sont des termes qui se confondent pour qualifier la donnée d'une force primitive, une ou multiple; et nous ignorons la synthèse propre de cette force , ainsi que ses relations avec les phénomènes , dont les rapports mutuels nous sont seuls eonnus;

7"* Â regard de la finalité : Nous n'avons aucun moyen de former la synthèse de deux états successifs du monde, sous le rapport du but de tout ce qui devient. Aussi se bome-t-on à poser le problème de la première fin et de la fin dernière qu'il fierait possible de concevoir pour les phénomènes. Mais la question ainsi précisée ne se trouve pas plus abordable. Aucune nécessité logique ne nous oblige à admeltre Texistence d'un dernier terme 9 car les phénomènes peuvent sans contradiction se prolonger indéfiniment dans l'avenir^ pourvu qu'ils ne soient pas posés par prédétermination, mais comme de simples possibles. Et il n'est pas prouvé non plus logiquement que les phénomènes n'auront point un dernier terme comme ils en ont eu un premier. A plus forte raison, la nature du but dernier, s'il existe, nous échappe entièrement. Quant à la fin qui a pu être proposée avec le commencement des choses, nous devons naturellement en envisager une , parce que la représentation lie les choses premières aux choses postérieures sous le point de vue de la tendance, de la passion et du pour quoi, aussi bien qu'elle lie les choses postérieures aux choses premières sous le point de vue de la puissance , de la force et du par quoi. Mais nous ignorons si l'ordre des fins donné primitivement est un ou

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multiple, total ou partiel, invariable ou mobile, nécessaire ou éluctable;

8° A regard de la personnalité : Toutes ces impossibilités de la science sur le combien, le oié, le quand, le comment, le cToù, le par quoi et le pour quoi des phénomènes , dans la synthèse totale, aboutissent à un dernier problème^ celui de Ven qui, en quelle représentation ; c'est-à-dire de la conscience du lÂonde. Or le monde comprend, il est vrai, des consciences données, et nous ne pouvons même nous représenter rien du mot>de, que sous les conditions de la conscience , mais la synthèse totale sous la forme de la personnalité n*est pas pour cela moins soustraite à nos efforts.

D'abord , une conscience enveloppant la totalité des phénomènes cesse de répondre à la notion de conscience, attendu que l'opposition du soi au non soi s*évanouit dès que la conscience est identique avec le monde.

Mais on passe outre ; on veut concevoir une conscience première, à laquelle seraient subordonnés tous les phénomènes apparus postérieurement, ou devant apparaître. Alors on ne s'explique point comment le fractionnement a pu se faire. Soit que cette première conscience ait été une vraie personne, ou qu*elle-mème ait procédé graduellement à se connaître en connaissant des personnes et des choses émanées d'elle, ce passage de l'unité à la pluralité est inintelligible. L'émanation est une image qui n'éclaircit rien. Nous nous représentons un tout par la synthèse du multiple et de Tun, et toute chose est un tout pour la connaissance; mais la génération du multiple par Tun nous obligerait à voir dans une chose son contraire, ce qui est contradictoire.

On veut encore que la conscience première, cette fois tout à fait personnelle, par un acte propre, à un certain moment, ait

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fait èire des choses et des consciences autres qu'elle-môme. Dans ce cas, il faut concevoir cette conscience indépendamment de la création } mais on n'y parvient que par des abstractions, telles que Tètre, la puissance, la pensée, etc., sans détermination aucune ; ou par des contradictions , comme l'infinité actuelle, Timmutabilité dans le changement, etc. Il faut concevoir l'ccte créateur ; mais on n'arrive d'aucune manière à se représenter comment la représentation peut faire qu'une représentation aulre soit^ ni comment la conscience première et unique peut tout à la fois continuer à être le tout, ayant toute puissance et toute science, et cesser de Tètre en se trouvant en rapport avec d'autres choses et avec d'autres consciences. Il faut concevoir la relation de la conscience créatrice avec le monde créé. Mais si l'on regarde le monde, les êtres, et en particulier les êtres libres, comme n'opposant point une vraie limite au créateur, on met à néant toutes ces choses, et entre autres la conscience humaine, la seule qui soit positivement connue. Si au contraire on reconnaît une vraie limite, on sort de l'hypothèse, et on n'obtient plus la synthè.se tolale dans une conscience unique. Enfin la considération des possibles de tout genre et des phénomènes à venir est un dernier et insurmontable obstacle à la constitution de la synthèse totale, parce que la connaissance actuelle de tous ces possibles doit être refusée à la conscience , et alors elle cesse d'envelopper le monde ; ou doit lui èlre accordée, et on tombe dans la contradiction de Tinfini actuel.

L'hypothèse d'une pluralité primitive de consciences distinctes dans le monde est donc la seule rationnelle, et la donnée des consciences actuelles la vérifie. A cela^ d'ailleurs, point d'eipIicatioD possible. Nous avons donc ici^ sous la catégorie de personnalité comme sous les autres, une synthèse de fait, qui résulte des rapports actuellement posés. Mais la science nesau-

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