‹ Essais de critique générale (volume 3)Chapitre 76 sur 278 · LÀ PASSION EN GÉNÉRAL. 1G · texte numérisé non relu

LÀ PASSION EN GÉNÉRAL. 1G

peut la nommer une impression interne, ou dont la matière est le soi modifié ; on Toppose ainsi à la sensation qui est une impression externe, c'est-à-dire représentée dans le non soi : mais ce mot impression désigne une donnée quelconque de l'expérience relativement à la conscience, et ne définit rien de plus. Le sentiment est un terme encore plus vague. Tout ce qu'on peut dire de la passion pour elle-même, c'est que l'impression qui la constitue se sent, et que, sentie, elle se distingue de toute autre.

Mais joignons à l'expérience les catégories, qui en sont les formes et les règles inséparables : de môme que la sensation, posée dans l'espace et le temps , est naturellement rapportée à la causalité , sans qu'il soit besoin de lui attribuer une fin quelconque ; de même et à l'inverse, la passion, envisagée plus particulièrement dans le temps et dans la conscience, quelle qu'en puisse être la cause, soutient un rapport essentiel avec la finalité. Toute passion existe sous condition d'une fin proposée; et, avec les fins, les passions varient, comme les sensations varient avec les causes.

L'expérience seule nous apprend que telle sensation a pour cause telle donnée extérieure et non telle autre, et que telle passion correspond à telle fin. Nous savons que, du fait extérieur, il n'est pas possible de déduire l'impression sensible comme elle est pour la conscience : une fin donnée ne révèle pas non plus une passion, autrement que par le fait. Toutefois, les fins étant posées dans la conscience même, ce qui n'a pas lieu pour les causes des sensations, l'analyse peut fonder la

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nomenclature des passions sur celle des principes de finalité.

De plus, une fin quelconque est présente, possédée avec une certaine stabilité; ou obtenue au moment même; ou aperçue dans un éloignement plus ou moins grand. La conscience est diversement affectée dans ces trois cas, et c'est là que je trouve une première base de la classification générale des passions.

Supposons d'abord quelafin s'offre à distance, comme possible, ou réalisable ))ar des moyens quelconques. La conscience compare deux états d'elle-même : l'un, relativement initial, où elle se trouve; l'autre final, où parait inclus un élément qui manquait au premier, ou duquel est exclus, au contraire, un élément que le premier contenait. Les deux états sont réunis par une tendance positive ou négative, et cette synthèse est la forme logique de la passion. L'état initial est marqué du caractère d* imperfection (je comprends sous ce mot les besoins et défauts d'être de tout genre), et l'état final comporte une plénitude, une par/ac t ton relative ; ou l'imperfection apparaît future, dans l'état final, et c'est alors l'état initial, actuel, qui se présente comme relativement parfait. L'état parfait répond donc à un accroissement quelconque, soit donné, soit possible, des phénomènes ou fonctions qui composent l'être dont s'entoure la conscience, ou auquel elle s'unit; et l'état imparfait répond à toute privation , spontanée ou violente, naturelle ou factice, portant sur quelques-uns de ces phénomènes, et par suite au dépérissement, au

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néant relatif. Cela reconnu, la tendance est positive quand le passage aurait lieu de Timperfection à la perfection ; négative quand il aurait lieu en sens inverse : le premier cas comprend les passions qui se rangent sous le désir, et le second celles du genre de Y aversion.

Il y a ici deux remarques à faire.

On pourrait se demander en quoi le désir et l'aversion diilërent des simples tendances, mais il faut se rappeler que la tendance a été définie comme terme général, antithèse pure de Vétat^ c'est-à-dire comme terme privatif qui exclut dans la conscience, envisagée du point de vue de la finalité, et le point de départ et le point d'arrivée. [Premier essaie § xxix.) Positive, la tendance, se reconnaîtrait, autant du moins qu'une abstraction peut se fixer dans les faits, à ce détachement qui se produit par rapport à l'état imparfait, et senti tel, avant même que la fin soit nettement aperçue et que la perfection se définisse dans l'imagination ; négative, on doit l'entendre de ce même détachement appliqué à un état imparfait futur, et, par conséquent, nié de l'état actuel quel qu'il soit, tant que d'autres fins ne surviennent pas. C'est unie à l'état, sous la double forme limitante, initiale et finale, que la tendance donne et détermine la passion.

Cette distinction n'est pas vulgaire, et cependant l'analyse y conduit rigoureusement, comme à celle de la puissance et de la force. Au reste, cette dernière, quoique plus répandue, grâce à la terminologie d'Aristote, ne laisse pas d'être violée quelquefois par les géomètres et même par les philosophes.

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