MODES DK LA PASSION POSSÉDANTE
acceptions possibles , se représentent volontiers pour qualifier les passions stables » après s*étre affectés aux passions de mouvement, non encore satisfaites. Telle est la logique si vantée du langage I On trouve moins d*incertitude dans l'application des mots bienveillance et malveillance (envers les personnes], goût et dégoût ( pour les choses ) , estime et mépris , attachement , égoisme, avarice, orgueil j etc. : tous ces noms de passion impliquent des sentiments plus ou moins durables. Je ne puis m'arréter à les définir, encore moins à définir des passions plus composées, telles que Y envie, la jalousie, la vengeance, etc. D'une part tout cela est bien connu : la littérature et la conversation portent certaines analyses au-delà de ce que les philosophes ont jamais fait ; d'une autre part, on trouve de remarquables définitions didactiques chez quelques moralistes, dans l'éthique de Spinoza, par exemple, en dépit des erreurs capitales que je signalerai tout à l'heure. Ce qui nous manque, c'est une nomenclature, c'est le plan même de cette nomenclature, régulière et complète. Le plan, je m'attache à le tracer d'après la condition de présence et de nature des fins. Mais l'œuvre dans son entier exigerait un vocabulaire nouveau, parce que nos langues, faites sans système, multiplient tantôt les distinctions, tantôt les rendent sans changer les noms, et d'autres fois les manquent tout à fait, faute d'en éprouver un besoin journalier.
Lorsque l'objet de la passion possédante appartient à l'ordre du beau, cette passion est essentiellement l'orfmiration. Plus faible, elle se réduit à un sentiment de
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satisfaction particulière qui n'a point de nom ou qui n'en reçoit que de communs, celui de plaisir, par exemple.
Un système célèbre a classé parmi les passions, outre les sensations (que la moindre réflexion apprend à en distinguer, et qui pèchent, là, par excès de simplicité,] certaines dispositions extrêmement complexes : Tincon* stance ou légèreté, le goût et l'habitude de l'intrigue, l'ardeur communicative dans les entreprises {papillonne, eabaliste, composite, si toutefois je définis à peu près bien cette dernière). Ce ne sont pas là des passions ; ce sont des traits de caractère. Le caractère est cette combinaison plus ou moins variable, plus ou moins cohérente des passions en puissance chez chacun de nous, et que la nature et l'instinct, le tempérament et le régime physique et moral, l'usage antérieur de la volonté, les habitudes prises, modifient et règlent dans leur succession et leurs développements.
Le caractère, ainsi défini, se réduit lui-même à un goût, quand on le considère partiellement, ou comme disposition à se complaire dans un certain ordre de fins, celles-ci pouvant d'ailleurs être très simples ou se rattacher à des exercices complexes de l'activité.
J'ai considéré la passion, d'abord dans le désir d'une fin possible, c'est-à-dire dans ce mouvement de conscience qui nous porte vers elle, en nous la représentant possédée par anticipation ; puis je l'ai considérée dans la joye et dans la complaisance qui accompagnent