‹ Essais de critique générale (volume 3)Chapitre 87 sur 278 · DU SYSTÈME D£ LÀ CONSBRYATION DU MOI · texte numérisé non relu

DU SYSTÈME D£ LÀ CONSBRYATION DU MOI

précisément de ne pouvoir être assignées immédiatement dans leur rapport avec la conservation de l'être. Les passions que j'ai nommées possédantes, passions stables, passions de complaisance et de joye, semblent d'abord plus conservatrices, de leur nature; mais j*ai déjà remarqué combien le désir est essentiel à leur constitution. Celui qui aurait toujours possédé son bien et tous les biens ignorerait son bien et le bien même. Nous ne possédons souvent que trop de cette manière nos fins accoutumées.

Spinoza distingue , il est vrai , trois affections premières, parmi lesquelles il nomme le désir. Hais le désir, identique avec la volonté , selon lui , quand on le considère dans l'àme, est Veffort, avec conscience de sot\ par lequel chaque homme s'efforce de persévérer dans son étre^ et duquel découle nécessairement tout ce qui peut contribuer à sa conservation , effort qui d'ailleurs ne diffère point de V essence de cet homme. La joye et la tristesse sont les passions de l'àme qui passe à une plus grande ou à une moindre perfection, c'està-dire qui se représente une augmentation ou une diminution de la puissance d'agir du corps. Ici parait un principe de développement, que la définition du désir ne contenait pas, mais qui, rapportée au corps seul, ou à sa conservation, n'est nullement propre à rendre un compte général des passions. Descaries, Hobbes luimême, avaient mieux saisi la nature du désir que nous ne la voyons comprise dans YÉthique, ce livre étonnant, mélange admirable, mais triste, de matérialisme, de stoïcisme, d'ascétisme et de mathématiques. Hais il

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faat ôter à Descartes ses esprits animaux, à Hobbes ses mouyements du cerveau et du cœur ; non qu'il n'existe rien de tout cela, mais la biologie doit substituer des réalités précises à ces hypothèses vagues, et les découvertes que la science pourra faire, quelles qu'elles soient, révéleront des harmonies, non des causes transitives. A cet égard, Spinoza et Leibniz ont seuls tracé la voie rationnelle.

S VIH.

La passion est en nous comme une donnée immédiate, quoique souvent on puisse 'la considérer comme préparée, fortifiée et d'une reproduction plus facile, ou au contraire affaiblie, grâce à l'existence d'une habitude que nous n'avons pas dû contracter sans intervention de la volonté.délibérante. Ajournons cette question de la responsabilité des passions. La conscience est donc passive sous ce fait de lapassion^i actuellement l'affecte? On ne saurait dire pourtant qu'elle soit sans action : l'homme passionné est éminemment actif et plein d'énergie, au moment où se meut en lui, et comme luimême, une passion développante dont la fin favorable lui semble près d'être atteinte. Prendre les mois passion et passivité à la lettre et dans toute la rigueur de Tétymologie, ce serait admettre une séparation réelle entre la conscience et ses états dominants. On ne doit opposer

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à des états que d'autres états ou des actes ; les uns et les autres sont la conscieDce même , une ou partagée, et sous des représentations diverses. Tout désir sans contrepoids obtient son effet naturellement possible, quand d'autres représentations n'intervenant pas, l'homme et la passion sont une seule et même chose : alors une suite de phénomènes impliqués dans le premier se déroulent, et l'organisme est déterminé à son tour suivant des lois dont je rendrai compte (§ xi cidessous] • Hais si des passions sont en lutte, si différents actes imaginés possibles ont différentes issues comparables, si des biens de nature diverse apparaissent en perspective, et touchent diversement, on se demande sur quel fondement la détermination a lieu. Devonsnous admettre que les passions se classent selon leur intensité ou leur force, suivent des lois statiques et dynamiques, ont de certains équilibres et forment de certaines résultantes? Dirons-nous au contraire que les éléments d'une décision, en pareil cas, ne sont pas tous posés avec les prémisses passionnelles ?

La première supposition n'est point intelligible, quoiqu'on en dise , dans le sens mathématique qu'on lui donne et qu'on est toujours conduit à lui donner. Qu'est-ce que la grandeur d'une passion? Quand il s'agit de passions de même nature on comprend bien qu'elles sont égales ou inégales, et, sans pouvoir fixer d'unité pour leur mesure, on leur attribue cependant «ne intensité quelconque, dont il est permis de juger d'après l'ami^eur et l'énei^ie, encore que complexes, des effets qu'elles produisent en divers temps sur une

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seule et même personne, La difficulté déjà bien grande de préciser une appréciation tellement yague et presque toute symbolique, augmente singulièrement lorsque les passions sont simultanées et de différentes natures. On les considérera comme des mobiles qui ont cela de commun de pousser plus ou moins. Mais pousser quoi? Si elles luttent entre elles, comme pour occuper un certain lieu qui est la conscience, quoi de commun entre la réalité ^ ces images ? Et d'où proviennent ces poids, ces impulsions variables vers des biens identiques ou différents 7 où trouver l'impulsion 7 où le milieu? où le but ? et quelles seront les lois du choc, ou de l'attraction dt de la répulsion de ces mobiles imaginaires ? Autrefois on réduisait ces fantaisies à une mécanique très simple. On assimilait Tàme ou la volonté à un corps résistant que les passions s'efforcent d'entraîner, mieux À une balance dont elles chargent les plateaux. Le symbole est grossier mais facile à entendre. Malheureusement l'existence de cette volonté-là ne se définit pas aussi aisément. Chassant les mythes, il faut identifier la détermination quelconque avec la force prépondérante de Tune des passions en jeu ; envisager cette force dans ces grandeurs vagues et dénuées de mesure, les seules qu on soit en droit d'attribuer aux passions; et prouver sa prépondérance par le fait même d'une détermination que l'expérience constate dans les cas de conflit. C'est une pétition de principe. Au fond, dépouillée de tout recours aux substances et aux causes substantielles, Targumeotalion des déterministes est tout entière dans un appel au sentiment de causalité et à l'hypothèse de T^nve-

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loppement à priori des phénomènes dans leurs antécédents. Nous avons vu ailleurs que cette hypothèse n'a pas plus de valeur logique que n'en a l'hypothèse contraire, et que l'expérience et la loi des grands nombres la rendent peu probable. [Premier essai, § xxxvni et append. ix.)

Pour adopter l'autre supposition, celle d'une certaine indétermination des actes futurs, eu égard aux passions actuellement données , il faut d'abord savoir ce qu'on doit entendre par la volonté, et de quelle manière on peut concevoir la succession des représentations dans la conscience réfléchie. La liberté ne se comprend pas dans la doctrine des substances : ce sera presque l'avoir démontrée que se l'être rendue seulement compréhensible. (V' § IX et xui ci-dessous).

En considérant la passion spécialement dans l'homme, on peut la supposer jointe à la conscience plus ou moins claire d'elle-même, de sa fin et de ses moyens, soit qu'il y ait réflexion actuelle, ou que, du moins, des repré^ sentations rationnelles soient possibles, et surgissent au besoin spontanément. Lprs donc que l'activité doit se déployer en une série de quelque étendue, on observe une coordination raisonnée des moyens successifs pour atteindre la fin. Mais chez les animaux, chez l'homme lui-même, pour tout un ensemble de cas fondamentauxi la passion réunit les états consécutifs, sans que la fin (surtout la fin dernière que révèle après coup l'ordre de la nature) soit aperçue, ou le soit distinctement Que si la fin se trouve en quelque façon représentée,

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il arrive encore que la suite des actes par lesquels elle se poursuit se succèdent et s'accomplissent sans réflexion ni calcul, infailliblement, de manière que la raison intenrenante ne puisse qu'en troubler la marche. Ces pas*sions aveugles senties instincts.

Elles paraissent d'abord intimement unies à l'organisme, presque sans conscience ou distinction aucune des fonctions vitales : exemple, les mouvements qui se produisent pour la respiration, pour la déglutition, dans les cas mêmes où ils sont dits volontaires. On les trouve plus marquées à l'égard des phénomènes vitaux qui ont pour effets la marche et ses modifications, le saut et sa mesure, l'émission de la voix et ses variétés ; plus encore dans les contractions musculaires qui font saisir

OU fuir instantanément l'objet favorable ou nuisible; enGn, essentiellement, dans la série des actes des animaux relatifs à leurs demeures, k leurs chasses, à la génération et à tout ce qui la prépare, la favorise et la fait s'accomplir à travers beaucoup d'intermédiaires. Ces derniers phénomènes concordent sans doute, comme l'a si bien dit Cuvier, avec des rêves, des visions, dont les animaux sont poursuivis et qui les rendent comme somnambules. Mais quelque portée qu'on accorde à ces sortes de passions pour la pénétration de leurs fins immédiates, puisque la coordination complexe et prolongée des moyens s'établit et se déroule à priori, sans expérience possible, sans raison, irréfléchie, la fin elle-même ne saurait se marquer distinctement, sous peine de nuire à la réalisation de ces mêmes moyé&s dont l'animal ignorerait les rapports avec elle. On sait d'ailleurs que le développement de

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