LA RÉFLEXION, FONCTION DR LA VOLONTÉ
diversion. Quant à la sensation distincte, elle se produit simultanément pour divers sens et pour divers objets d'un même sens, et souvent aussi la conscienee possédée par telles impressions est inabordable pour (elles autres pendant ce temps. Mais toute impression forme déjà un tout ; il n'en est point de simples à la rigueur. Ces questions ont peu d'intérêt aux yeux de quiconque a une fois remarqué que l'unité , la pluralité et le tout leur synthèse prennent place dans les phénomènes sans exception. Mais il est bon de savoir ce que valent les parties les plus ingénieuses d'une philosophie très analytique en apparence , très hostile aux entités , à ce qu'elle croit , mais qui ne définit rien à la rigueur et ne coordonne rien.
Rapporter des rapports comme tels à la conscience ; en comparant, se représenter la comparaison même, et distinguer, composer les rapports ainsi abstraits, au lieu des groupes naturels ou immédiats ; s'opposer, déterminés comme non soi, les objets mêmes qui tantôt se caractérisaient comme soi, et les soumettre à ce procédé d'analyse et de synthèse qui chez l'animal ne parait point dépasser les objets immédiatement donnés autres que lui-même : voilà comment j'ai décrit ailleurs les phénomènes de la réflexion, cette conscience de la conscience et, plus généralement encore, cette relation des relations en tant que telles. Il est facile de s'assurer de l'identité de ce point de vue avec celui où nous nous plaçons maintenant. En effet, si la réflexion ainsi comprise n'était jointe à la représentation de pouvoir être
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retenue , ou délaissée , ou compliquée d'éléments nouveaux dans la conscience automotive, c'est-à-dire si elle n'était subordonnée à l'effort et à la volonté , elle ne pourrait que s'évanouir à chaque instant de sa production et, partant, n^existerait véritablement pas. L'homme qui réfléchit doit se dire implicitement que ses opérations sont volontaires, et agir en conséquence ; ou l'attention lui échappe, et la réflexion avec elle, parce qu'il y a incompatibilité entre cette fonction, toujours tendue de sa nature, d'une part, et, de l'autre, soit la série naturelle des pensées que mènent l'instinct, l'habitude et les accidents externes, soit même cette autre tension plus ou moins durable d'où quelque passion très vive exclut tout ce qui n'est pas elle. Il est donc manifeste que la conscience de la conscience, distincte, soutenue, continuée, est une fonction volontaire, et que> quand nous la possédons, nous nous la donnons.
Mais il faut pouvoir se la donner. Cette puissance parait manquer aux animaux. Le caractère distinclif que l'on s'accorde à reconnaître entre eux et l'homme, la réflexion, implique, on le voit, la volonté, la possibilité, de la volonté. C'est le développement du vouloir, c'est le passage de la spontanéité simple à la spontanéité libre qui marque l'avènement de la conscience humaine au sein de la nature.
Quoiqu'il en soit, au fond, de l'existence d'une liberté autogénératrice des moments de la conscience , illusion ou réalité, cette illusion est propre à l'homme et le distingue profondément. Le langage des animaux se mesure
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à leurs passions; nous le comprenons assez pour être assurés, et sa fixité si bornée le prouve, qu*il n'admet point ridée des purs possibles, des actes indéterminés, des futurs ambigus, non plus qu'il ne suppose aucune pensée de la pensée. Eux, au contraire, s'ils venaient à comprendre nos paroles , ce que précisément cette différence empoche, ils nous entendraient avec étonnement, à chaque instant, accuser le passé, spéculer sur l'avenir, et supposer que chacun de nous pourrait* faire ce qu'il ne fait pas et ne pas faire ce qu'il fait : pourrait, aurait pu, pourra, rien n'étant changé, d'ailleurs, aux conditions de l'acte. Voilà pourquoi il ne suffit point à nos communications de ce qui suffit à celles des animaux, d'exprimer des passions actuelles par un langage d'action , ou tout au plus par certaines voix instinctives et constantes. Pour eux, point d'analyse, point de doute , point d'hypothèses , point de conditionnel général et indépendant ; pour nous, ce conditionnel indéterminé fait tout le sens de l'effort moral et le sens même du vouloir, si bien que ces mots vouloir et ne vouloir pm ne sauraient se distinguer autrement de ceux d'agir et de n'agir pas, d'agir avec plaisir ou avec peine, ' pour une fin désirée ou imposée : tout le monde sait que l'activité définie par de tels caractères n'est pas la volonté.
La volonté qu'on attribue aux animaux n'est que la détermination sous l'empire de la passion ; c'est donc la passion même , le désir, plus un acte qui en est la conséquence; ce n'est pas la représentation automotive avec conscience de son pouvoir. Certains êtres, des
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moins éloignés de nous, sont, il est vrai, doués de celte mobilité, sujets à ces variations que la volonté produit chez rhomme; mais Tattention, la réflexion, refTort moral, leur manquent d'autant plus, ce qui prouve que tout est dû à la perfection de la sensibilité et aux changements rapides des impressions de ces êtres. Les mômes animaux nous ofTrent des actes raisonnes, ou qui semblent tels, mais qui s'expliquent suffisamment parles fonctions intuitives (ci-dessus § v) . Enfin nous les voyons quelquefois, c'est surtout dans les rapports que nous leur créons avec nous, hésitants, incertains, balancés entre des fins diverses. Ce balancement des passions suppose la comparaison des biens avec les maux, des biens les uns avec les autres ; et la détermination qui suit est un choix , très vraisemblablement, car il faut rejeter toutes ces comparaisons tirées de la mécanique, les impressions plus ou moins fortes, et Y équilibre et les résultantes : l'animal n'est pas une balance. Otonslui cependant la conscience nette et redoublée de ses actes, que l'homme ne doit qu'à son effort propre pour modifier la passion en appelant, retenant ou éloignant tels d'entre les motifs d'agir; il ne lui restera plus rien de ce que nous avons nommé délibération et volonté. Autrement on le verrait évoquer comme nous, au besoin, des pensées nouvelles et lointaines afin de se résoudre; il arriverait par convention, et non plus seulement par habitude, à l'intelligence et à l'usage des signes ; les voies du langage lui seraient ouvertes. Que si Von croit observer chez certains animaux une ombre de ces fonctions, à l'état naissant, pourrait-on dire ; si