‹ Essais de critique générale (volume 3)Chapitre 95 sur 278 · VOLONTÉ, HABITUDE, RÀISOM. SS · texte numérisé non relu

VOLONTÉ, HABITUDE, RÀISOM. SS

à ce premier phénomène la représentation également possible de retenir ou de suspendre l'acte, celui-ci cesse d'être nécessaire en tant définitif, ou durable, ou développé dans ses conséquences. Des fins en perspective ou atteintes, des passions relatives à ces fins sont adhérentes à chaque phénomène représentatif appelé ou écarté, mais n'empêchent pas que tout ne se subordonne à la puissance qui comprend à la fois et ce phénomène et un autre phénomène accompagné d'une autre fin et d'une autre passion. C'est quand la représentation arrive à se fixer, et s'aflirme exclusivement , que Ton peut dire qu'elle produit la réalité de son objet dans la conscience. C'est alors aussi que cette réalité parait, s'il y a lieu, dans la sphère des lois organiques et physiques, en vertu de l'harmonie de celles-ci et des lois représentatives.

Une représentation produite indépendamment de la réflexion et de la volonté, si ces fonctions n'interviennent, tendra par elle-même à se poser en s'affirmant dans la conscience ; une représentation plusieurs fois reproduite tendra à devenir habituelle. La volonté, c'est-à-dire la puissance des représentations autres ou contraires , peut amener en chaque cas la négation des premières données, négation fondée sur la considération d'autres fins, et qui à son tour produite et reproduite s'affirmera de plus en plus facilement et se tournera en habitude. La réflexion elle-même, l'emploi, l'intervention de la volonté, deviennent plus aisés par

l'exercice, en sorte que la délibération se substitue à la

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simple spontanéité dans une grande part de la conscience, et que les passions les premières venues ne remportent point. Ce sont des faits. On voit en quel sens la volonté lutte contre les passions, dont elle est inséparable pourtant; on voit que, phénomène isolé d'abord, mais qui se répète et se généralise, fonction suspensive, négative à l'égard d'un phénomène donné quelconque, et suscitative à l'égard d'un autre, elle se pose contre l'état et contre l'habitude, puis engendre des états nouveaux, des habitudes nouvelles; enfin, devenue elle-même habituelle, existe comme une habitude opposable à celles qui ont été contractées antérieurement.

Le développement de la fonction volontaire aboutit essentiellement à ce qu'on a coutume de nommer la raison chez l'homme comparé à l'animal et à l'enfant même. Il ne se produit que peu à peu chez ce dernier. De là cet âge de raison^ dont on ne saurait fixer aucune limite inférieure, non plus que d'aucune autre habitude : et il est facile de comprendre qu'un premier acte de volonté réfléchie, pût-il être observé nettement, n'est pas encore une volonté formée. Quant à la limite supérieure, qui ne s'arrêterait que devant les fonctions invariables de la nature, et les connaissons-nous bien? assurément aucun homme ne l'a atteinte, même dans ses heures de veille les plus lucides.

Ainsi, sous l'empire de l'instinct et des lois de l'habitude commune, l'homme, aussi bien que l'animal, suivrait naturellement des séries d'actes de conscience, auxquelles se rapportent des modifications extérieures

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convenables. La volonté est une habitude en quelque sorte inverse, un empire sur les habitudes, une habitude pourtant. Par elle se modifient les séries logiques ou naturelles de la pensée, et jusqu'à l'instinct, jusqu'à la nature, jusqu'aux lois fondamentales de l'intelligence, puisque le libre exercice de la raison peut nier la raison. A l'avènement d'une fonction d'un genre si nouveau, on peut dire que les choses cessent d'être simplement, mais se font ellet-mêmet^ et qu'une nature se produit par-dessus la nature. Alors aussi, alors seulement , l'homme s'élève à la connaissance de ces lois mêmes qui ne dépendent point de sa volonté, parce que l'abstraction devient possible, ainsi que l'expérience systématique : double fondement des sciences.

8«lte. — IjoIb 4e 4éf radaiion de la eoBidenee réléehle.

Le passage de la pensée simple et de la passion, dont les forces' sont fixes et invariables, aux fonctions de réflexion et de volonté, qui constituent la force libre, ne s'effectue pas d'une manière totale dans l'homme. Ce n'est ni complètement ni d'une manière durable que s'élève de l'empire des lois à l'autonomie cet individu qu'il nous est donné d'observer. Sans doute son nouvel état, son acte, pour mieux dirç, et, dans toute la force du mot, son énergie est un état normal, mais violent, et dont le constant exercice ne se rencontre point. Après le déve-

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loppement des fonctions volontaires il faut assister à leur dégradation. Je ne parle pas ici d'une dégradation morale, mais de ce mouvement naturel de descente qui, de la nature autonome dans l'homme, nous ramène par l'afTaiblissement et la fatigue au repos, et, à travers la rêverie, le rêve et le sommeil, à l'oubli, à l'inaction, à la nature purement instinctive de moins en moins consciente d'elle-même.

Le jeu des fonctions physiques a lieu avec continuité, sensiblement et en apparence, car, au fond, la logique nous interdit de voir dans le devenir quelqu'il soit autre chose qu'une série extrêmement rapide de phénomènes érectiles suivis -de repos. (Premier essai, § xxxvi.) Les fonctions organiques nous présentent déjà, à côté de certaines actions dont les interruptions sont également insensibles, d'autres actions à périodes marquées, des mouvements rythmiques, en grande partie automatiques. Ensuite on observe des phénomènes qui ont leurs temps d'exercice, auxquels succèdent des temps de rémission , annoncés par le sentiment de la lassitude , surtout chez les êtres dont les passions surmènent l'organisme. Enfin les fonctions de la sensibilité , de l'entendement, de la passion et de la volonté ont toutes également ce caractère : que , après que la conscience que nous en avons a persévéré pendant une suffisante durée, et d'autant plus que les représentations ont été plus nettes et plus actives , cette même conscience devient plus difficile en tant que réfléchie , s'affaiblit et tend à s'effacer.

Une continuité effective de phénomènes quelconques

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implique contradiction. Pour qu'il en fût autrement, il faudrait que le phénomène dit continu fût de nature à ne comporter en lui-même nulle distinction de parties ni de moments. C'est ce qui n'a point lieu dans la considération d'une force, par exemple. Il est d'ailleurs bien entendu qu'il s'agit de la continuité rigoureuse et mathématique. Quand on a compris cette vérité démontrée, on ne peut composer aucun ordre naturel de changements que d'actes intermittents, de phénomènes périodiques. De là résulte une première idée très générale du sommeil considéré, dans une fonction mobile quelle qu'elle soit, comme l'intervalle de deux moments d'activité, de deux actes successifs. Cette loi n'est pas seulement une loi de fait et particulière ; c'est la conséquence d'une loi nécessaire de la représentation, dont il n'est pas permis de demander le pourquoi. L'observation ne l'atteint pas toujours ; elle l'atteint quand l'intervalle des actes se marque dans un organe observable, pendant une durée qui surpasse celle de nos moindres représentations : exemple, les mouvements péristalliques, respiratoires, etc., et, dans une sphère d'observation plus délicate, les mouvements vibratiles de certaines parties des corps organisés ; partout ailleurs il faut la supposer (1 ] . Ces pé-

(i) Sans doute il faut éviter de prendre à la rigueur les termes de la formule connue de Bichat : Continuité d'action dans la vie organique, intermittence d'action dans la vie animale. L'intermittence existe probablement dans la cause des mouTeroents organiques rythmiques, à ne juger que d'après les faits, car, si on entreprend de la nier en imaginant quelque mécanisme sous une force constante, on fait une hypothèse gratuite. Là où la continuité est apparente, comme dans la contraction des sphincters, rien ne prouve qu'elle

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