IDÉE GËNËRÂLE DU SOMMEIL
riodes composantes de la vie organique doivent se reproduire à peu près régulièrement dans tout le cours d'une existence individuelle. D'autres et d'un autre genre appartiennent à la vie animale « ou de relation , quoiqu'on puisse en observer des traces élémentaires dans les phénomènes végétaux : elles sont formées d'actes déjà discontinus eux-mêmes, et plus que discontinus, qui n'ont plus rien d'oscillatoire : d'une part, les sensations et les moments de la représentation sous toutes ses formes ; de l'autre, les mouvements dits volontaires qui suivent les passions ; tous actes qui s'édifîant sur la base des variations rythmiques de l'organisme modifient quelquefois la mesure de ces dernières, mais ne peuvent normalement les supprimer. Cela posé, lorsqu'une certaine série plus ou moins inégale en nombre et en durée s'est produite dans la représentation, la conscience s'affaiblit; et lorsque les mouvements musculaires qui président à la locomotion se sont succédé pendant un certain temps, ils deviennent plus difficiles et tendent à s'arrêter : le sentiment de la fatigue^ le besoin de repos ^ faits d'ailleurs indéfinissables, se produisent dans la conscience rapportée à elle-même ou au corps, et tournent à la douleur distincte , si les passions prolongent la période d'activité ; enfin , a lieu naturellement une
soit autre que sertit le mouvement d'une aiguille de montre pour rifnorant qui n'aurait pas les moyens d'en reconnaître riotermitteoce. Mais ce qui doit faire rejeter- eptièremcnt la continuité des phénomènes de tout ordre c'est qu'elle impliquerait un nombre infini effectif de ces phénomènes dans une durée quelconque, ce qui esc absurde* {Premier essai, $ m et viii).
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suspension au moins partielle, dont Tobseryation seule établit les caractères, et qui est proprement le sommeil chez les animaux. Le réveil est une renaissance, un retour des fonctions à leur puissance première.
Il y a un rapport facile à apercevoir et à expliquer, entre la période diurne et la période de veille des animaux ; mais ce rapport est secondaire , puisque tout animal dort le jour quand aucune passion ne le sollicite, et que nul animal ne dort la nuit quand des passions, soit normales pour lui, soit exceptionnelles, le pressent pendant ce temps. On voit assez que l'explication des périodes de la vie de relation ne dépend pas d'un rapprochement si grossier.
Vouloir se rendre compte du sommeil par l'épuisement d'un fluide quelconque dont la réparation serait nécessaire, c'est se proposer le vaste problème qui, résolu, dévoilerait une harmonie des trois sortes de fonctions, physiques , organiques , représentatives ; je dis résolu, mais qui même alors ne donnerait pas la raison première du phénomène : car les passions et la volonté peuvent retarder longtemps le sonuneil chez un grand nombre d'hommes, et il en est aussi qui s'endorment toujours à leur gré. Un physiologiste, bon observateur, s'est cité lui-même comme exemple de ce dernier cas (J. Huiler, Manuel de physialogie]. Que nous apprendrait donc ici un fluide qui , abondant , n'empêcherait pas de dormir, épuisé, se réparerait sans sommeil, ou sans lequel, enfin, les fonctions les plus actives pourraient persister longtemps? Ce que je dis d*un fluide sécrété est applicable à la réintégration quelconque des
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conditions matérielles des viscères exercés pendant la ^ veille.
La loi du sommeil n'est point nécessaire, comme Test à priori celle des périodes plus simples de la vie physique et organique, puisque tous les phénomènes de la veille sont déjà discontinus, ceux de la représentation et ceux de la locomotion, et qu'ainsi il n'y a pas lieu d'exiger une interruption autre que Celle qui sépare les moindres termes de leurs séries : mais cette loi est un fait d'observation universelle, et ce fait reçoit toute la clarté logique qu'il appartient de l'existence des petites périodes élémentaires dont peuvent se composer naturellement certaines périodes complexes. Comment celles-ci se forment des premières , et pourquoi, une science plus avancée l'entreverrait peut-élre. L'irrégularité qui les distingue se rattache à ce progrès vers la variété, l'individualité, l'indépendance et la liberté, caractère du passage des fonctions inférieures aux fonctions supérieures. A considérer la loi de formation dont je parle, quelle qu'elle soit, la loi du sommeil doit paraître physiologiquement nécessaire, et se révélerait avec les faits inconnus sur lesquels elle se fonde. Mais si l'on envisage les exceptions, la latitude singulière laissée à l'application de la loi, et surtout la nature des fonctions volontaires qui la suspendent chez l'homme, il sera permis de penser qu'elle tend à disparaître par la suite de l'évolution constituante des êtres. Ici je dépasse l'analyse et je dois m'arréter.
A l'égard de la fatigue, liée comme on sait au sommeil, il est clair que, la prenant en elle-même, on n'en
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saurait trouver d'autre explication que celle qui convient à toute une série d'impressions douloureuses et de besoins sentis : elle représente un fait d'harmonie entre les fonctions sensibles et les autres fonctions, c'est-àdire entre des lois distinctes qui président au développement d'un même être.
A cette idée générale du sommeil la biologie n'ajoute rien : on n'a pas encore découvert les lois spéciales qui se rattachent à la suspension totale ou partielle, et de la puissance locomotive et des fonctions représentatives ; mais tout un ordre de faits échappe jusqu'ici à l'observation, et les hypothèses qu'on veut y substituer sont la honte de la science, par le vague et l'insuffisance qui les signalent, aussi bien que par les préjugés substantialistes dont elles déposent puérilement, sans fruit aucun.
Il nous reste, à nous, à considérer la loi du sommeil et à la décrire dans son application aux représentations sensibles, intellectuelles, passionnelles, volontaires. Ces dernières fonctions , les fonctions réfléchies, tiennent le premier rang dans la théorie, quand il s'agit de l'homme , parce qu'elles sont tout d'abord et les plus essentiellement suspendues par le sommeil, et qu'elles peuvent à leur tour le suspendre. Les passions partagent , il est vrai , ce privilège d'éloigner l'endormissement, mais le sommeil une fois établi peut les laisser reparaître dans le rêve.
L'animal s'achemine au sommeil par l'absence de la passion , par f absence ou l'inopportunité des sensa-