‹ Essais de critique générale (volume 3)Chapitre 98 sur 278 · LE SOMNAMBULISME · texte numérisé non relu

LE SOMNAMBULISME

nambule une distraction puissante par rapport aux données survenantes quelconques, qui ne se classent pas dans la série qu'il suit sous l'empire d'une passion; c'est même là le caractère essentiel de son état ; il en résulte qu'une fin aperçue, poursuivie, domine pour lui tous les phénomènes ; que l'habitude ou l'instinct seuls les enchaînent, et qu'il n'y entre ni délibération, ni comparaison volontaire, ni mémoire libre, aucune fonction dont l'effet puisse être de varier les actes. Autrement le somnambulisme et la veille ne différeraient pas. L'ignorance du danger, si souvent observée dans ces sortes de cas, s'explique parfaitement, car le danger est un possible, et l'imagination de ce possible, en dehors de la série déterminée de fins et de causes qui possèdent la conscience du somnambule, exigerait la réflexion. Enfin, si le réveil est sans mémoire à l'égard des actes produits dans l'état somnambulique , c'est que l'acte réfléchi et voulu est éminenunent celui que l'homme se rappelle ; il est son œuvre, il est lui-même, et la conscience ne se connaît qu'en le connaissant. Mais l'acte instinctif et automatique, même dans la veille, est obscur et s'efface à l'instant ; il se peut bien que les circonstances en éveillent bientôt après quelque mémoire : c'est alors comme la mémoire d'un songe. . L'extase et le somnambulisme artificiel présentent ces mêmes caractères. Tout ce qu'on a écrit de plausible sur ces états confirme que la volonté y est comme anéantie, par quelques moyens qu'ils aient été produits. Seulement, les phénomènes de lucidité qu'on a coutume de ranger sous la rubrique du magnétisme animal ^ diffèrent

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des précédents en deux points capitaux. Une volonté étrangère dirige les pensées et les actes $ qui cessent alors de se coordonner dans, la passion propre du sujet; ou plutôt l'unique passion de celui-ci est alors sa subordination même. Je reviendrai plus loin sur cette loi très importante que je crois pouvoir éclaircir, et j'exposerai aussi le principe de ce sommeil lucide et pour ainsi dire veillant qui doi^ne lieu aux visions et aux possessions. En outre, des phénomènes tout à fait nouveaux et extraordinaires semblent se produire : c'est une communication spéciale du magnétisé avec le magnétiseur^ et, par l'intermédiaire de celui-ci, avec le monde extérieur; c'est une exaltation, une extension, une perversion, une abolition de certaines fonctions ; et c'est une dépendance plus marquée, étroite, immédiate, souvent singulière, entre des phénomènes de l'organisme et ceux de la représentation imaginative. Il parait difficile de douter de l'existence de ces faits en général, qui, en général aussi, ne me semblent nullement inexplicables ; il ne l'est pas moins de les préciser, car ils échappent presque toujours à l'observation correcte et h l'expérience rigoureuse. Le charlatanisme, la crédulité et la superstition, à demi expulsés des églises, démasqués devant les tribunaux, se sont fait là comme un autre empire à peu près insaisissable ; et, parmi les hommes qui seraient naturellement appelés à définir et à contrôler des phénomènes si complexes, variables et fugitifs, les uns sont partiaux ou incapables, les autres, lors môme qu'ils ne rejettent pas l'étrange avec le faux, l'inconnu avec l'impossible, sont saisis de dégoût à la

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