LE SOMNAMBULISME
vue de cet amas de mensonges où quelques vérités sont noyées, et dont il faudrait faire avec beaucoup de peine un dépouillement long et minutieux. Les témoignages même désintéressés, même à peu près exacts et raisonnés, *ont ici peu de valeur. Nulle part il ne serait plus nécessaire, et il n'est plus malaisé de préparer et de combiner avec rigueur les éléments de l'expérience, puis de la répéter en conservant ou variant systématiquement les circonstances. Enfin la pratique personnelle des procédés dits du magnétisme, ne mène pas bien loin dans la découverte : un homme qui en fît la principale affaire de sa vie, qui aimait la vérité et qui n'ignorait pas ce que c'est que la science et comment elle se construit, ne parvint pas à mettre hors de doute, je dis à ses propres yeux,' les points qu'on *doil juger les plus importants. Là même où il croyait pouvoir affirmer nettement, il invoquait des témoignages, plus rarement ses expériences propres, dont l'interprétation formait encore une trop grande part, et qu'il n'était pas facile de répéter (Al. Bertrand, du magnétisme animal en France]. Néanmoins, ce très estimable auteur me parait avoir établi, avec toute la vraisemblance à laquelle peut atteindre la méthode des sciences naturelles dans cet ordre de faits, Texistence d'un état particulier de la personne humaine et d'un certain nombre de caractères qui le font reconnaître. Cet étal qu'il nomme Yextase ou le sommeil lucide ( cette dernière dénomination entraînerait moins d'inconvénients), s'est observé chez les inspirés des sectes religieuses de tous les temps, chez les possédés, chez les convulsionnaircs, et s'ob-
Si8 ORDRE DS CONDITIONNKMENT DES PHËNOMÊICES.
serve de nos jours avec de légères modifications et une moindre intensité à la suite des manœuvres des magnétiseurs. On a pu, on peut toujours le simuler, ou en exagérer les récits ; mais si la fraude et l'erreur couvrentet dénaturent les faits réels, quelquefois s*y mêlent inextricablement, elles ne les supprimentpas pourtant, mais plutôt elles les supposent. En dévoilant le principe général de ces faits el de leur rapport avec ceux de Taliénation mentale, j'apporterai, je crois, un nouveau degré de probabilité aux observations difficiles qui permettent de les constater (Y' ci-dessous § xi et xii).