LÀ CERTITDDS CHEZ LES ANCIENS
rhomme au flux des phénomènes, ou le confier à lai»ligion des traditions et de la coutume, j'entends dans h vie pratique, où Vimperturbabilité n'est plus de mise, Arcésilas en appela à Yeulogon, sorle de vraisemblance rationnelle, et Carnéade au pithanon ou croyable, qui est le prohabile des Latins. La nouvelle académie élem ainsi sur la base, et de l'examen rationnel, et des apparences qui impriment fortement la conscience, une raison pratique capable de discerner le bien du mal et le vrai du faux, dans les cas particuliers, sans égard i ce que pourrait , ou plutôt ne peut point établir la science. Celle-ci est Tidéal irréalisable de la vérité, qoi * exigerait l'identification chimérique de la pensée avec l'objet de la pensée. Toutefois Carnéade paraît s'être occupé do constituer une espèce de savoir certain, an moyen de ce critère de la crédibilité dont la notion actuelle du probable donnerait une idée très imparfaite. Aucun de ces hommes ne songea à construire la science générale pratique, la seule qu'ils avouaient possible et par conséquent véritable autant qu'unique. Ils demeurèrent en cola dans le scepticisme, et la question ne fit un nouveau pas décisif qu'au bout de dix-huit cents ans , par la philosophie de Rant. Les académiciens ne semblent pas non plus s'être demandé si la volonté libre ne devait pas avoir place dans l'établissement d'une certitude de conscience dont le critère est la croyance, non la possession absolue de la chose«sue. Entre tous les philosophes sérieux de cette ère, ce furent pourtant de résolus champions du libre arbitre, et s'ils n'échappèrent pas à certaines contradictions, qui
DUUTE r.AUTKSIEN, CRITÈRK DE i/kVIDENCE. 399
sont comme inlu'rentes à ce grand probli'mo dos délorûainalions de conscience, on ne saurait dire que Kant ait été plus heureux.
L'antiquité n'alla point au-delà. Les esprits ne tardèrent pas à se partager entre le fanatisme alexandrin, les rubriques de plus en plus défigurées des écoles illustres, et l'indifférence, forme inférieure et corrompue da pyrrhonisme. La question de la certitude disparut entièrement pendant ces longs siècles où une soi-disant icience se donna pour base inébranlable Tipsedixilisme leligieux ou philosophique, laissant à peine le champ cfe l'interprétation ouvert à la liberté de l'esprit. Quand h ne se relira de la scolaslique, les philosophes se relurent à parcourir les routes que les anciens avaient tracées. Le scepticisme se refît sa place. Enfin Descartes crut avoir découvert ce que c'est que savoir de Science certaine, et un nouveau c}xle s'ouvrit pour la philosophie.
Descartes prit son point de départ dans la pensée de Cait. dans celle du doute actuel , par exemple , et posa l'impossibilité de douter que l'on doute au moment où ton doute. C'était reconnaître la certitude du phénomène, la seule en effet qui n'ait jamais été contestée. (ois il se demanda quel signe de vérité se manifestait dans une affirmation certaine de ce genre, et il répondit : L'évidence^ comme pensée claire et distincte de ce qn*on affirme. Le pas était grand et la méthode allait
(Tite. Hais comment oser conclure de la vérité du phéoomène immédiat, actuel, identique avec la simple con-
iOO DOUTE CARTÉSIEN, CRITÈRE DE l'EVIDENCB.
science, à celle de l'objet extérieur, étranger, iosalaisable, qui n'est posé que représentativement daDs oi même phénomène? Toujours la môme difficulté, pov laquelle Descaries n'a pas plus de réponse que n'« avaient eu les stoïciens. Le vice est manifeste, daoïlo célèbre cogito ergo stim, premier tjpe de TéTideM cartésienne. En eiTct, le sum ou sum cogitant a den* sens bien difTérents, l'un relatif à la pensée pbénominale et au moi phénoménal qui ne s'en sépare poiolt l'autre au sujet immanent et permanent dont on fii une substance appelée esprit, une substance, c'est-èf dire quelque chose qui., loin d'être évident, n'est môme intelligible. Quoi qu'il en soit d'ailleurs delà lité des substances, est-ce une méthode tolérable celle qui ayant d'abord qualifié à' évidence l'ap) du phénomène, incontestable, incontestée, appli sans façon ce même nom à la prétendue essence s . tuclle, niée par un si grand nombre de philosophes do tous les temps !
Un homme tel que Descartes ne pouvait tomber danSi le sophisme grossier qui consisterait à déduire logique^ ment du cogito phénoménal le substantiel $um ou nMi cogitam. Il n'entendait marquer ainsi que la conclu*, sion immédiate d'une évidence intime sui generit. Iln'énonçait donc au fond qu'un jugement nécessaire, oa que, par habitude, il croyait tel ; et son premier pas dans la science, après le doute universel, était le rétablissement de la grande chimère de ses prédécesseun en philosophie. Eùt-il posé, au lieu de la substancei l'être permanent que la croyance universelle envisag«
CRITÈRE DE l'iDENTITË. iOl
108 rhomme, et qu'il n*est pas impossible de séparer » idoles doDt la métaphysique le fait solidaire» encore ivait-il avouer qu'on ne l'atteint point par intuition, de cette manière simple et immédiate dont les purs énomènes sont aperçus, surtout quand il s'agit de la dite intrinsèque, et non de la seule conscience permelle de ce qu'on affirme.
Ce mot croyance, Descartes l'a prononcé cependant. le trouve dans un passage précieux, où le philosophe se assez voir qu'il l'eût volontiers substitué à ceux Btuition et d'évidence, en ce qui touche les premiers acipes, si le scepticisme l'en eût assez pressé. Mais contemporains ne lui rendirent pas ce service. La losophie fit fausse route, et une nouvelle scolastique serait organisée, celle-ci sur des bases purement rannelles, si l'activité des esprits désormais libres eût mis d'élever des digues pour la défendre.
:<eibniz erra plus gravement que n'avait fait Des-
les, parce qu'il s'exprima plus dogmatiquement en-
e et sans varier sur les termes. Il crut toute la science
dée sur deux principes : le principe de contradiction
e principe de la raison suffisante, évidents Tun et
itre. J'ai plusieurs fois noté l'abus de ce dernier,
18 le sens où l'entendait Leibniz. A Tégard de la loi
ientité, il ne remarqua point que si l'usage que nous
faisons dans le raisonnement comporte assez exac-
sent l'application symbolique du mot évidence, tiré
isens de la vue, il n'en est pas de même de la valeur
hérale du principe. Cependant l'école mégarique,
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dans l'antiquité, en dirigeant ses attaques contre ii» no* tion d'attribution , a prouTé qa'on ne aaeuriit Iran» même là une sauTegarde contre le sceptioMne; al^'^ft nos jours, la discussion des antinomies de la nim» réelles ou non , a soulevé assez de diflteuUéa pov ébranler certains esprits. J'ai été quelque temps Ai nombre.
La théorie du principe de contradiction , prit pov base des jugements fondamentaux , est définitiveoMt détruite depuis Kant. Les jugements analytiques aori, en effet, les seuls qui reposent sUr la notion d'ide&fili. La philosophie et les sciences impliquent des affinaitions d'un ordre tout différent, Aussi la première question du eriticisme a-t-elle précisément rais en cause la légitimité de ces lois de qualité, de camalité^ etc., que Ton se contentait autrefois de nommer évidentes : Comment des jugements synthétiques à priori santals possibles ? demande Kant.
Au reste, le critère de l'évidence s'était réfuté de luimême, dans le cycle cartésien, par les applications inconciliables auxquelles il avait donné lieu. L'évidence menait par le fait à Yerr^ur. Cette belle certitude qui, pour justifier son nom, aurait dû n'avoir qu'une intuition et qu'un œil pour tous les objets à voir, n'engendrait au contraire que disputes et doctrines ennemies. On possédait les définitions et les axiomes des cartésiens purs ; ceux de Spinoza avec leurs inévitables conséquences; les idées de Malebranche, desquelles Dieu même lui était garant, et qui évidemment, suivant loi, ne conduisaient pas à l'abominable spinozisme; ks