CRITÈRE DU SENS COMMUN
dièses métaphysiques de Leibniz , différant profondément de celles des autres ; les trois degrés de la connais- MDce certaine de Locke , où les substances premières n'étaient pas admises, et dont il se senait pour ruiner, dans le coinrs d'une analyse toujours évidente, l'évidente vérité des autres philosophes ; enfin Tidentité universelle de Condillac : ici nous tenons l'intuition à sa plus haute puissance, et elle nous fait voir que, du même au ftéme, tout n'est qu'équation et tout n'est que sensation, St Berkeley et Hume venaient fermer le cycle au point où l'avaient ouvert les premières pages du Discours de b méthode^ dans l'idéalisme et dans le scepticisme.
An milieu de cette confusion, des professeurs bien intentionnés, je ne sais s'il faut dire des philosophes, lentèrentde ramener la certitude au sens commun. C'est nie idée que les anciens n'avaient pas eue, parce qu'ils Usaient leur métier de chercher la vérité lia vérité scientifique, la science), et non l'édification et la paix. Le bon sens est la chose du monde la mieux partagée , a fit Descartes. Hais il est de fait que, hors du cercle de b pratique, ses oracles varient. Sans doute les hommes l'entendent aussi pour affirmer un certain nombre de férités générales, saisies naturellemenl et de prime abord , «l, si c'est là le sens commun, on peut en effet s'y accorder... à condition de ne pas s'expliquer. Aussitôt qu'on entreprend de définir, de formuler, de limiter les notons ainsi recueillies, et comment faire autrement? on passe à la philosophie, et on a cessé de s'entendre. Il nireméme, chose étrange, que plus on procède rigou-
iOi CRITÈRE DU SENS COMMUN.
reusement, et plus profondément Ton creuse, plus on semble s'éloigner de ce sens commun prétendu, jusqu'à le contredire, jusqu'à le mépriser. Du moins les philosophes se voient souvent accuser d'être dépourvus de ce don si bien partagé. £st-il présumable que les plus puissants esprits soient privés du bon sens, ou que la réflexion et l'étude ne puissent qu'ébranler ou obscurcir ce qui sans elles eût été parfaitement clair et assuréf Ne devons-nous pas plutôt penser que les questions résolues par le sens commun ne sont point celles qui o^ eu peut la science?
Mais qu'est-ce que le sens commun? Et qui répondn à cette question même : Qu'est-ce que le sens commun? La division s'établit sur ce premier point, ce qui est curieux , mais ce qui devait être. Si le sens commun n'est que l'ensemble des données par lesquelles les honunes se conduisent dans la vie, et qui les distinguentdes idiots (formule de Reid], on n'en tirera ni théories ni connaissances précises, pas plus que si Ton disait : la philosophie est dans l'homme ; il ne reste qu'à l'en extraire. Si le sens commun est simplement la raison [opinion de Dugald Stewarl) , il n'est pas propre à faire disparaîlreles contradictions où l'usage de la raison a permis aux philosophes de s'engager les uns contre les autres. Si le sens commun est une disposition des hommes, ou de la plupart d'entre eux, à porter un jugement commun et uniforme, d'ailleurs primitif, sur des objets différents du sens intime de leur propre perception (définition de Bufiierj, cette vraisemblance au suprême degré, celte évidence, qui n'est pas du genre suprême d'évidence,