‹ Essais de critique générale (volume 4)Chapitre 110 sur 193 · QUESTIONS SUR LES SENSATIONS · texte numérisé non relu

QUESTIONS SUR LES SENSATIONS

:0U qui se forment gradudleineiit, s'il s'ngit, non plus des perceptions d'un aveugle-né, mais de la première éducation comparative de nos sens). Bientôt s'observent les lois du mouvement visible, les occultations, la décroissance des diamètres apparents et des intensités lumineuses, etc. A cela se joint le fait sensible des directions données aux axes optiques des deux yeux. Les distances en profondeur se symbolisent alors dans les phénomènes visuels : une habitude promptement acquise unit chaque jugement à chaque signe senti dont Texpérience raccompagne, et Tintuition, toujours présente et racine de tout, affecte des états particuliers, qui sont autant de formes de Talliance de Tordre de l'entendement avec l'ordre de la sensibilité.

L'animal et l'enfant viennent à la lumière avec l'intuition, identifiée à l'instinct. La profondeur n'est pas moins donnée en principe pour eux que les autres dimensions. A la suite de leurs sensations, des actes instinctifs, spontanés, qui n'impliquent ni raisonnement, ni comparaison réfléchie, ni mesure prise, adaptent en eux certains mouvements aux fins qu'ils se proposent dans rétendue. Dès la naissance, avant toute expérience possible, l'acte est souvent ce qu'il doit être, alors même qu'il est des plus complexes, comme chez quelques animaux qui naissent très formés. Il n'y a là rien de semblable à ces jugements d'une portée incomparablement plus grande, mais moins sûre, qui s'établissent chez ThoDune, à mesure que l'homme avance de l'instinct à ^ raison. Par ceux-ci se modifient et eet instinct et les sensations elles-mêmes, en se confondant avec des ap-

iii ' QUESTIONS SUR LES SENSATIONS.

précialions devenues habituelles, mais réfléchies à Torigine, puisqu'elles procèdent de rattenlion. Et ainsi se forment ces synthèses de l'imagination et de la sensibilité, sources de toutes les erreurs dites des sens, doot les animaux sont en général exempts, et dont nous trouvons le remède dans une application nouvelle et approfondie de cette même réflexion qui les rendit possibles. Autre chose est donc voir et agir on conséquence, comme font les animaux ; autre chose regarder, juger par la vue, estimer, mesurer sciemment les formes, les distances, les grandeurs. Ces dernières opérations, qui n'ont lieu que chez l'homme, deviennent inséparables pour lui des sensations proprement dites ; elles comportent l'exactitude plus ou moins approximative qu'il s'étudie à leur imprimer ; mais , dans leur application spontanée, se rencontrent des illusions inévitables fondées sur ce fait : que les signes des formes, des distances et des grandeurs , sensibles pour la vue , ne sont pas exclusivement appropriés, quoiqu'ils le soient ordinairement, aux formes, dislances et grandeurs appréciables et mesurables par le tact, à l'aide du mouvement. Les merveilles de la peinture dioramique consistent dans une imitation scrupuleuse de ces signes sur un plan coloré. Le rôle de l'imagination dans la sensation ne saurait mieux se prouver que par le succès qu'obtient la préparation de ces fausses perceptions. D'autres illusions se produisent quand la distance ou la grandeur d'un objet n'étant point connues, et ne pouvant que se supposer, réciproquement la grandeur ou la distance se concluent de cette supposition purement imaginaire;

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