SIHS KT LIMITES DE LA LIBERTÉ
bord pour sa production. L'acte de volonté qui prée ce mouvement, implique à son tour cet organisme, s lequel on ne voit point qu*il puisse élre manifesté, supposant par là même l'ensemble des lois mécaniîs et physiques, exige en outre pour son appui proune suite antécédente de pensées, dos faits d*imaation et de mémoire^ et toutes les lois intellectuelles Missionnelles qui président au développement de la sonne. Sous ces divers points de vue, le détermime est partout, et voilà comment existe un ordre unisel dont pas un phénomène ne souffre être soustrait, cependant si l'acte de volonté çst libre, son existence indéterminée à priori, et avec elle l'existence de tes les conséquences qu'il peut avoir. Les modes lister sont préordonnés et nécessaires ; tout possible en un mot nécessaire à l'égard d'une multitude de nés de sa réalisation, s'il se réalise : mais Vexizter même n'est point préordonné, et des possibles peu* t ne se point réaliser. 11 n'y a là nulle contradiction, 'on voit que l'ordre et la plus entière détermination choses qui sont, telles qu'elles sont, se concilient 0 l'indétermination pure de certaines données de enir.
^armi les événements de tout ordre, internes ou ^rnes, que l'aulomotivité humaine appelle dans le mp des réalités, il n'en est donc point que dans la se la plus franche de la liberté nous puissions );onîrer comme nouveaux, c'est-à-dire d'une essence îoioie et imprévoyable, ou qui n'aient leur racine dans onds commun des lois du monde, ainsi que dans le
468 SBN8 BT LIMITES DE LA LIDJSRTt.
fonds personnel de Texpérience, de rimagination et 4 la mémoire : tous ont des rapports préexistants et de tous côtés , c'est en cela même qu'ils sont possiMei; mais il en survient de nouveaux, auparavant indéfin et parfaitement imprévoyables quant à l'être, à YHn donné; c'est-à-dire que, un choix libre ayant lieu eotn tous les possibles qui s'offrent pour l'avenir immé(U dans un cas particulier présent, tous, à l'exception d'n seul , deviennent impossibles à l'instant, et ce derniff passe de la possibilité à l'être, h la nécessité, et prol rang dans l'ordre des choses avec la suite prolongée à ses conséquences, les unes dès-lors nécessaires, Ift autres simplement possibles comme elles étaient avaÉL Une comparaison empruntée à l'ordre mathémaliqN me semble tout à fait frappante dans cette matière. Sù^ posons une fonction donnée entre tant de variables qu'M voudra, et représentative d'un ordre concret. CertaiM de ces variables recevront des valeurs possibles quelconques , déterminées arbitrairement : on les nomme indépendantes; l'arbitraire ne saurait aller pourtasl jusqu'à adopter des déterminations autres que celto qui affectent la forme de nombre , de quantité , et q« de plus ont le sens voulu par la nature de la queslioii et leur place marquée nécessairement dans cerlainee séries. Toutes les fois que les valeurs des variables indépendantes seront fixées à volonté, et qu'on tiendil compte en outre des quantités constantes primitivemeri données, la valeur de la fonction sera elle-même dé* terminée et nécessaire. Imaginons d'ailleurs qu'il s'a^ gisse, non d'une fonction continue et indéfinie à laquelle
MM KT LIMITES DE LÀ LIBKRTJk 463
upe de phénomènes serait soumis (le mouvement orps céleste, ^ar exemple], mais d'une loi qui lie inomène attendu à un phénomène posé, tous deux létiques (la chute d'un grave, abandonné d'une le hauteur}; il est clair qu une relation nécessaire (sera pas d'exister et de faire partie de Tordre uniapriorique, bien que les variables indépendantes i, hauteur, etc.) puissent n'être pas prédélermile valeur, ou que même il n'y ait peut-élre pas m fait, à appliquer la loi, faute d'une déterminabre dans une certaine conscience. Pour achever ^mparaison mathématique, nous assimilerions la monde, dans la thèse de la liberté, à une fonction clions très complexe, les unes continues, les autres itinues. Ces dernières, bien que déterminées, auce privilège que certaines de leurs variables indéntes pourraient, h un même instant donné, prenjne quelconques de plusieurs valeurs également des, dont aucune n'est ou ne devient nécessaire moment et par le fait de sa position issue d'une voyable volonté. La fonction , la loi totale déterive des faits quelconques par rapport au temps, rimerait donc que le monde possible , ou plutôt arait le système gigantesque des mondes purement lies, assujétis à des conditions générales commu* La trajectoire apriorique des événements se corneût d'un nombre incalculable de trajectoires hypo* ues, se croisant en mille manières, toutes douées ands caractères communs, de propriétés coms. La trajectoire effective ne saurait jamais être
464 8BHS £T LIMITES DE LA LIBBRTt.
déterminée de tous points, si ce n'est aprèi coup et lori' que la liberté aurait réalisé telles ou telles parties di cours d'une des trajectoires possibles, en laissant de côté ces parties de toutes les autres qui s'offraient pou un même intervalle de temps. Ce que cette comparaisoi ne précise pas suffisamment, ou simplifie à l'excès, iool mathématicien le voit. Telle qu'elle est pourtant, si je ne me trompe , elle éclaire beaucoup la question dei rapports de l'ordre avec la liberté.
Ainsi, toute la science justement supposabIe,h science accomplie , ne suffirait pas pour donner kl moyens de déduire, des états antérieurs du monde, l'état futur exact et complet après un temps quelconque. Il prévision n'est que partielle et approximative, là où eUi est certaine; ailleurs, elle est conjecturale et plusoi moins probable : je dis partielle, portant principalemert sur les phénomènes d'ordre général qui embrassent <l conditionnent tous les autres; je dis approximative, parce que môme ces grandes lois, où la part des actiow humaines et libres semble nulle, ne laissent pas d'admellre dans leurs efTels une intervention minime d'éléments imprévus et imprévoyables. Par exemple, lemoiO" dre déplacement volontaire d'un homme sur la surface du globe terrestre modifie , quoique dans des limite! singulièrement étroites, mais enfin modifie, et la marche do la planète, et celle du soleil, et l'application de la loi de la gravitation, aussi loin que son empire s'étend d'astre en astre dans Timmensité.
Si nous passons de la sphère du monde & la sphère de l'homme et de ses lois propres , les mêmes considé-
SENS ET LIMITES DE UL LIBEETt. 465
itioDS sont applicables. Seulement, la part de l'imprévu -andit beaucoup, et cela moins encore dans les faits ix-mémes que par Timportance du domaine créé en IX : la morale. Celui qui, pour apprécier la valeur de . liberté, n*aurait égard qu'à sa portée en quelque «rte matérielle, et n'envisagerait que les derniers réiltats des événements libres dans la marche de Thu- Anité, perdant de vue les personnes individuelles, les mps définis, les relations passagères, celui-là verrait principe de détermination effacer ou surmonter de lus en plus le principe des accidents. C'est que les :les produits de la volonté sont de direction variable de sens contraire les uns aux autres, vis-à-vis de l'acm constante et constamment dirigée des grandes lois lia passion, de l'instinct et de la raison. Opposés à ces 18, ils se détruisent mutuellement, quand on les condère en grand nombre et pour une période suflisammt prolongée, pour ne laisser paraître les résultats que » ceux qui leur sont conformes. Ainsi l'ordre domine la longue, et les faits désordonnés s'anéantissent à la I. Dans l'homme lui-même, et à l'instant présent, la irt des accidents et des désordres possibles, si grande, oralement parlant, est bien bornée relativement à la asse des conditions nécessaires imposées à ses actes I toute nature et dont nul ne s'affranchit. Formonstas une juste idée de tout ce qu'il entre de primitivement volontaire dans les éléments de nos déterminations : iture et jeu des organes, phénomènes extérieurs, lois il'entendement, séries naturelles et logiques des idées,
Bptilsion passionnelle, motifs moraux, faits antécé-
SO
dents qui ont imprime la conscience, hûbitude, eaiia, cette force mécanisante des élres vivants; pesons ces choses, et il nous semblera voir singulièrement se rétrécir le domaine d'une liberté dont la nécessité fournit toute la malièi " même temps, les lois de runivm bornent la puiss ice, r nenl Taclivité humaine eih fermée dans certaines Ties. L'acte libre en Ini-mêiw n'est jamais qu'un < lenli deux partis jt/eux au food 1 par la méthode de c tien] dont aucun n'est séparé-
ment nécessaire, il est pourlant nécessaire
que l'un des deux : é ?, Il est vrai que Timportance des effets de la liberté ne doit pas se juger surk peu de place que ses décisions propres occupent dans le monde : la nécessité ellc-m^îme se charge d*attacheri Tacte une fois suscité par le vouloir, d'y attacher im l'agent et hors de l'agent des suites d'une portée incalculable; mais ces suites-là sont surtout morales, elc'e*t moralement qu'elles sont grandes; or, au point de me moral même , l'agent capable des contraires ne laisse pas d'être circonscrit dans un ordre statique ou dynamique de rapports, où il va puisant nécessairemenl ses mobiles, et consacrant les lois dont il se fait le sujel.
Je reviens maintenant aux difllcullés que j'opposais à la liberté ; Tordre du monde violé ou même anéanti, l'homme suspendu sans appui, sa conscience livrée i tous les scrupules et à toutes les terreurs. Pouvons-nous opposer équitablement au monomone nécessitaire.donl la fiction a dû nous donner une idée des conséquences du déterminisme, un autre monomane possédé de M
SENS Kt LIMITES DE LA LIBBRTK. 467
conscience permanente, continue, d'un libre arbitre ou tremblant ou féroce, toujours en érection? Le croyant pratique parfait de la liberté serait-il ainsi un pauvre malade n'osant se mouvoir de peur de tomber, redoutant d'agir, presque de penser, et s'arrêtant pour sofider twrtout des abîmes? ou peut-être un homme trop bien portant et trop vivant, dévoré de la fièvre de l'activité, n'apercevant guère de bornes à son pouvoir ni d'obstacles à sa volonté, dans l'exercice de laquelle il se complairait sans scrupule, enfin toujours prêt à bouleverser le monde par son caprice? Non, malgré la spécieuse sjmétrie de ces conséquences avec celles qui se tirent de la nécessité, elles ne sont point justes.
Le inonomane nécessitaire est le véritable homme pratique de la nécessité, parce que la nécessité, si elle est, est absolue, est au-dessus de l'exagération ; et celui iqni la croit, si elle est vraie, ne peut embrasser trop ni îKnrrer de trop près sa conviction. Mais le monomane de liberté ne serait pas l'homme pratique de la croyance dont il se ferait une idée monstrueuse en supprimant <m amoindrissant à l'excès la part des déterminations anticipées dans le cours du monde. En doctrine, il mettrait à néant toutes les lois,^ même les plus sensibles, et eelles sans lesquelles aucun ordre ne se conçoit. En aorale, il n'admettrait donc ni solidarité, ni influences réelles, efficaces. A ses yeux , point de milieu entre la diose, entre l'être inerte ou esclave, et l'homme que luimême penserait être, œuvre intégrale de soi, maître de tout. De là les conséquences les plus inhumaines en tout genre, et jusqu'aux plus impossibles ; aussi l'obser-
468 ERRIDR ET TtRITÉ DANS LS ST8TÈIIK FATALISTE.
fation nous offre- t-elle beaucoup moins de types ap* proches de ce dernier monomane que du prender. Il est plus malaisé de se croire mettre et tyran de runi?en, avec la pleine responsabilité d*une volonté créatrice, que* de s'imaginer, en créant de la force et des acte!» être un chaînon de Tacte universel, un produit de h force qui fait tout. Presque tous les grandi hommes, lei hommes de volonté mêmes, ont été des fatalistes. Taot rhumanilé a de peine à se dégager de ses entraves et à se faire une juste idée de son autonomie ! Le fantôme de la nécessité pèse sur la nuit de l'histoire; la liberté est une aurore.
Ainsi les considérations morales disposent noin croyance h affirmer cette liberté qui ne nie point Tordri du monde, et qui, dans cet ordre même, est le fonde ment et l'essence d'une loi spécialement humaine, de II loi morale. Pour achever de déterminer notre affirmation, plaçons-nous maintenant à un autre point de vue, celui de l'erreur et de la vérité.
Dans le système de la nécessité, l'erreur est nécessaire ; dans le système de la liberté, elle dépend de jugements dont nous pouv(»ns toujours suspendre l'arrêt, et ainsi n'a rien de fatal. Il suit de là que la nécessité n'accorde point de moyens sûrs de discerner le vrai du faux : chacun de nous pense et juge comme il doit penser et juger; les erreurs, comme les maux, sont partie intégrante de l'ordre éternel ; enfin, à cet égard, toute erreur est aussi une vérité. Le nécessilaire conséquent regardera donc comme un fait inéluctable, établi de
THSORIS FATALISTE DU PROGRtS. 469
toute la force de C6^ qui est et doit être , le partage de rhumaoité entre des masses vouées h la damnation de riilusion et du mensonge» et un petit nombre d'élus de la science et de la vérité. C'est la doctrine que nous foyons régner le plus ordinairement dans le passé. Or, ifaut bien avouer que Télu n'a pour lui, et pour s'asmrer de son élection, que sa propre affirmation, sa foi Il celle de quelques autres hommes, la science prétenloe ne produisant point un critérium reconnaissable an dehors de lui et de ces quelques hommes. Aux yeux ies autres, à nos yeux, cette science est illusion pure, cette illusion science réelle. L'erreur, déjà vraie en De sens qu'elle est inévitable, essentiellement liée à l'orire du monde, pourrait même n'être l'erreur en aucun MDS, et être la vérité véritable. En effet, qui décidera» Ml milieu des contradictions croisées, dans le flux et leAox des affirmations et des doctrines, quand chacun léfléchit en sa pensée, et cela nécessairement, un cerlain ordre apparent pour lui , qui décidera de la conformité de cet ordre avec les lois réelles, qui, ne se maniiBittnt pas k nous d'une autre manière, sont soustraites pir le fait k toute vérification commune?
Le fataliste qui s'attribue le don si mal partagé de la lérilé, cet élu du milieu des divagations humaines, est incroyant, et, déplus, un mystique, dans quelque àiperie de science qu'il essaye de s'envelopper. Mais de M jours le système nécessitaire revêt une forme histottjiie, plus douce et plus spécieuse : on acclame le ftogrès des idées et des mœurs, écrit dans l'histoire, et
I7ê TBfiORIS FATALISTE DO PROGURS.
Toa dit que la vérité est progressive. Tout est bien jusque-là. S'il s'agit de ces connaissances qui, d'abord refusées à rhomme, se découvrent par sa constaole r^ cherche ou cèdent à ses efforts combinés, le progrès est la science mê voie de formalion, dans toute so-
ciété où rétud( 1 imf )ssible : mtiiti pertram*
buntet augeb ia; humanité e^t comme um
jeu/ homme ijui t iours et apprend continfêetier-
ment. Dans To % investigations, la v^\à
6rt progressive, qu travail dévoile des iails,
des lois cachée iis en ce que le faux de la veille
puisse être le vrai du lendemain, et réciproquemcrU. Laissons se prf^valoir des variations des sciences c^ui qui en ignorent les méthodes, confondant Thypothèst et la preuve, l'observation fautive et Tcxpérience qui rectifie. Si nous parlons des mœurs et des idées morales, des doctrines métaphysiques, théologiques, cosmofoniques, de ces questions qui forment le champ ordinaire des contradictions de Thomme, et dont la méthode même ne s* est point constituée régulitrement, le progrès de l'humanité se conçoit encore sans supposer que l* vérité varie. Pourquoi ne pas dire : L'être humain parvient graduellement à envisager le vrai unique, doDtil porte en soi la virtualité, et dont il peut à toute force, eQ tout temps, atteindre les éléments essentiels» en doutant où il faut, en affirmant dans la mesure autorisée par ses connaissances positives et observée dons la \mte\e de son cœur et dans la liberté de son esprit? Il y pîu^ vient, tout autant qu'il peut dégager sa conscience, et des puagqs que rignorance amoncelé, et des fausses clarté
théouil: fataliste du progrès. 471
que la passion rayonne, et de la niasse des pn-ju^és dont Tobsèdent les affections communes, consacrées et transmises dans Fétal social. L'œuvre est difiicile ; fùtelle impossible effectivement, idéalement c'est autre diose. Mais le progrès est plutôt social et moyen que sensible par Tobservation des individus quelconques, plus apparent dans la marche des sociétés humaines que par la comparaison des personnes d*élite à des époques diverses. Il se comprend, cherché dans la personne elle-même, principalement en ce que les voies du ?rai unique vont se désobstruant devant elle, grâce aux efforts et aux succès relatifs de celles qui Vont précédée, aux découvertes , aux luttes , aux erreurs mêmes des chercheurs et de tous les gens de bien, et à l'amélioratien que leurs travaux et leurs exemples ont apportée au fonds commun des consciences.
Loin de cette théorie, le fatalisme moderne prétend que chaque âge a sa vérité propre. Le progrès se place alors, non dans le dégagement de la vérité, mais dans la succession réglée de vérités démenties les unes après les autres, et pour une fin qu'il s'agit de connaître. Cette fin même, dans l'éternel mouvement du monde, nous apprendrait un certain vrai, non pas le vrai. Alors rien n*est vrai, rien n'est faux permanemment. Alors ce qui est vérité maintenant fut autrefois mensonge et redeviendra mensonge. Alors l'auteur d'une belle action dans l'antiquité, c'est-à-dire d'une action que nous jugeons belle aujourd'hui , fut un coupable selon la loi historique ; et ceux qui perpétrèrent des actes mons- Irueui furent dans la loi et dans le bien. Je ne quali-
473 'Iti£Olll£ FATALISTE DO PftOCR£S.
Oerai pas de telles conséquences* Ce qui importe à objet, c'est de savoir comment le système nécessitaire peut permeltre de discerner entre îe vrai d'uce époque et le faux de cette même époque, de manière à donner à la moralité un appui quelconque, au moins dans le moment présent, La contradiction règne ; les mûmes assertions, de souveraine portt^'e» se produisent et st combattent de siècle en siècle, depuis que rbumamié réfléchit et possède son liisU e. Qui donc a qualité pour faire entre le vrai et le fau: itre le bien et le mal qai en dépendent, un départ qui est toujours à recommencer. Vous qui tenez, fatalement, pour le vrai actod. qu'inventerez'Vous qui confonde mon erreur actuelle» dans laquelle je persiste fatalement? Sur la question même de la nécessité, qu'est-ce qui vous garantit, à vous qui afljrmez, la supériorité de vérité présente, sur moi qui nie? La vérité ne serait-elle pas variable ici comme ailleurs? Je suis, moi, pour la vérité h venir, pour la li^ berlé. Vous m'opposez le témoignage de votre conscience? elle est faussée; de vos coopinionaires? j*ai les miens, s'il en est besoin; enfin de votre loi historique, soloii voire formule? et je la nie aussi, je vous fois face, irréductible à vos arguments. J'ai vécu déjà d'aussi longs siècles que vous, et j'espère en vivre de plus longs. Je proteste pour la liberté, et ma protestation, si elle n'est à vos yeux que celle d'une fatalité qui se croit libre, c'est précisément alors qu'elle doit vous paraître invincible.
Dans la thèse de la nécessité, point de réponse à ces objections. Seulement, comme c'est à la liberté que la
ClITtRS DO TRII DAffS LA THÈSE DE LÀ LIBERTE. 473
progrès nous mène, il ne s*est pas trouvé dans le passé le philosophe capable de les faire yaloir avec pleine nesure et force entière. Au contraire, la doctrine néiessitaire, toujours plus puissante quand nous remon- ODS les Ages, reine des anciens temps, a, de longue late. épuisé ses ressources. .
Dans la thèse de la liberté , j'avouerai tout d'abord |ue nous ne possédons pas non plus un moyen sûr de liscemer levrai du faux, par un critère en quelque sorte natériel et de tous points inéluclable. Mais la liberté précisément le veut ainsi ; et le moyen n'existant pas et ne pouvant pas exister tout trouvé, du moins une méthode existe pour y suppléer. Cette méthode c'est la rétexion soutenue, la recherche constante, la saine critique, l'élimination des passions nuisibles, la satisfaction des justes instincts , l'équilibre observé entre la connaissance, qui souvent nous fuit, et la volonté prête à supposer ou à feindre la connaissance ; c'est en un mot le sage exercice de la liberté. Avec cela, nous n'évitons pis toujours Terreur, mais toujours nous pouvons Vé- «îter, ce qui est le grand point et le point moral, si bien confirmé en toute occasion par la raison pratique des bommes appelés à contrôler mutuellement leurs jugeleats. Chacun de nous est responsable de ses opinions comme il l'est de ses actes moraux, ou plutôt l'opinion ttême est ou doit être un acte moral. Nous faisons l'erïcuretla vérité en nous, nous mettant, après libre examen, en contradiction ou en accord avec des réalités c^eares dont l'affirmation ne s'impose pas nécessai-
474 C0>XLUS10N TOCCHiM lÀCRQÏANCK ^S LA UBUtr
rement k la conscience. Sommes-nous dans le &m! Nous pourrions iHre dans le vrai au même moment, en sachant douter, c'ost-à-dire examiner. Nous poQTou être au moins dans le vrai moral, st le doute n'est pu tenable et s il faut se prononcer, parce que la moralitt réside éminemment dans rinleolion, et dans cet emplui des forces que la conscience juge le plus légitime à cha^ que inslant.
Quelles sont m nant conclusions de la diseur sien que nous avons le 7 11 s'agissait de décider de notre croyance eu Ire deux hypothèses » et la considéntion approfondie de Terreur et d(3 la vérité, de leur possibilité, de leur nature, apporte de puissantes raisons en faveur de celle des deux qui explique le plus humainement ces choses.
Les conditions de Taffirmation et de la croyance sont du ressort de la liberté » ou réelle ou apparente. Apparente? cette apparence nécessaire est encore unélémeot de la cerlitude : je me crois libre sans Tétre; en cela nécessité, je suis donc dans le vrai ; la liberté medonm une explication nominale des faits humains , et €«ti* explication que nulle autorité suflisante ne démenl el ne démentira, s'il me plait de la croire véritable {nécessaire qu'elle est, invincible, fatale) est donc aussi plus que nominale, et participe à Téternclle réalité. Réelle, dans la plénitude du mot? naturellement, totalemeal, autant qu'humainement réelle? alors ma liberté prvh nonce sur cette sienne propre existence réelle ; ma cou- .science s^établit dans ce jugement fondamental, elje
CONCLUSION TOUCHANT Ll CROTÀNCB EN LÀ LIBIRTt. 475
tiens la base de ce second ordre de la certitude qui, embrassant tout le champ de la vérité, remonte même inévitablement dans le premier ordre, le confirme ou le frappe de nullité.
Nous avons reconnu d'une manière générale, et que b nécessité est indémontrable, et que la liberté, qui ne l'est pas moins , réunit de grandes probabilités en sa faveur, au point de vue analytique et postériorique des phénomènes. La liberté est essentiellement d'instinct humain et de raison pratique. La liberté est une condition de la moralité des actes, au jugement de l'agent. La liberté explique seule l'existence de l'erreur dans le monde, seule établit la possibilité morale d'atteindre le vrai par l'application assidue d'une conscience toujours en éveil. La liberté enfin, si je l'affirme, est la vie de ma personne , la vie de la science que je poursuis. En possession réfléchie de cette croyance, l'usage que j*en fais tout d'abord est de la confirmer en moi pour me connaître, me posséder et me diriger. Ma certitude Hiorale et pratique commence logiquement par la certi- Inde de ma liberté, de même que, en fait, ma liberté a dû toujours intervenir dans la constitution de ma certitude, depuis le moment où, en ma qualité de philosophe, j'ai nus spéculativement toutes choses en doute.
En droit, la liberté s'applique à toutes les affirmations possibles. En fait, elle ne saurait ne pas s'applipfm à un très grand nombre. Quand et comment pensons-nous, en effet, qu'un homme peut se tromper, et 91e nous sommes faillibles nous-mêmes ? N'est-ce pa3
47G CONCLUSION TOUCHANT U CKOTXACi E!f LA LlftCBtl.
à peu près dans loutes les questions qui sont pour nom du plus haut intérêt, elsur lesquelles rhutnanUé se divise? La liberté posi^e, que devient donc la cerlilude, affectée par Tapplicalion de la liberté?
Elle devient, ou plutôt elle est variable et relaliTO. Elle est en cela ce que le spectacle du monde témoigne bien qu'elle est, conire les vaincs prétentions d'un dog^ matisme aussi puéril qu'il veut paraître viril , toujoun troublé, haletant, à la poursuite d'une sagesse imperlurbable et d'une inébranlable science, dont la possession prétendue n'occupe que rarement toute la dmk d'une vie mortelle, et à la grande pitié des sages qui pensent autrement. Elle est relative ; non qu'elle varie avec les phases d'un progrès fatal , aujourd'hui vraie ou fausse, demain fausse ou vraie pour une seule et même afTirnialion; mais , immuable en puissance , immuable dans son objet, elle dépend, pour se constituer dans un homme donné, de Tétat actuel de cet homme, et de ses habitudes , et do la nature et de l'empire de ses passions, et de la force de ses fonctions réfléchies. Qu'elle s'impose à la conscience avec toute l'énergie possible, qu'elle s'organise en croyance plus ou moins universelle , encore dépendelle toujours de la liberté des esprits, de la rectitude des volontés ; et elle est soumise en chacun de nous à une double vérification ; la conscience d'aulrui, les faits de l'avenir. Enfin, le progrès n'est pas dans la vérité même, ou dans la matière de la certitude, mais uniquement dans la moralité de l'homme et des masses humaines qui en sont les vivants sujets.
eONCLUSIOIf TOUCHANT LÀ CERTITUDE. 177
et dans la connaissance positive des lois du monde, laquelle, en se développant, assure et facilite la tâche des affirmations demandées à la conscience.
Toute théorie de la certitude qui ne procède pas de l'illuminisme et de la mysticité, mais qui vise au rationnel, roule nécessairement dans un cercle vicieux, ou se réduit au fond , sans que Ton veuille en convenir, à celle que j'expose. En effet, le philosophe qui prétend que la certitude s'appuye sur elle-même, au lieu d'être simplement donnée en lui, et relativement à lui, à sa conscience et à sa liberté, comment peut-il être certain ittre certain, et de cette certitude-là? Quelque point fixe qu'il établisse (aliquid inconcussum], on lui demandera d'où il peut savoir que la fixité prétendue n'est pas relative à ses moyens propres et variables de la mettre à l'épreuve. Donc, afin d'éviter le progrès à Finfini où l'engagerait la question de la certitude de la certitude, il sera conduit à tirer de l'existence d'un premier critère celle d'un second, laquelle, à son tour, démontrera celle du premier. C'est ainsi que Descartes prenait la preuve de ce qu'il appelait Dieu dans ce qu'il appelait l'évidence de la pensée, puis s'assurait à l'aide de ce dieu que cette évidence ne pouvait le tromper. Beaucoup d'autres philosophes, surtout parmi les modernes, donnent leurs conclusions pour preuve de leurs prémisses. Ils croient qu'un système est boiteux, chancelant, tout le temps qu'il marche et va pour s'établir, nais que, une fois arrivé au but et arrangé dans son repos, ce même système se solidifie dans tine sorte d'in-
478 CONCLtJSlO» TOUCmWT Ll CKKTITCÏDK.
tégrité circulaire. On abuse ici d'une vérité de mélbotle: la connaissance fait cercle et le cercle déûnit laconniïisance; mais où est îa cerlilude? Que le cercle scntk cercle de Hegel, ou le cercle de Fichte, ou un autre plu* ancien, dès qu'il est propose^ comme en lier, unique, réel, une cerlaîne croya une certaine liberlé ml
appelées à le confirmer en asse, comme aussi h Yïïh Ornier en détail, et, que e réalité qu'il ail, s'il cnt, c'est pourtant de notre a fition qu'il en tionl ta certitude en nous.
La ihéorie de la certitude fondée sur la libellé ot donc la seule e^mpte de cercle vicieuî. Les? tfaéoriesl Tisée absolue sont condamnées au sophisme ou au misticisme. J'appelle mystique le philosophe qui se tarpJA d'une révélalion de nature quelconque pour se posff dans le complet, dans le définitif, dans l'immuable de la science; celui dont la conviction propre n'est pas seulement à ses yeux une croyance actuelle jointe i la croyance morale en la durée et en la perpétuité de celle même croyance, ce qui est légitime et bon, indispensable même, mais, bien plus que cela et toute aulif . chose, une incompréhensible certitude en soi, fniit d'une participation non moins obscure h un être en soi non moins mystérieux. En face d'une vérité pratique énorme et qui, je l'avoue, offense mon œil, ce phikh gophe détourne le sien : il ne veui pas savoir que louie doctrine varie, et dans le cours des âges, cl d*écolei école, et de disciple à disciple, et dans une seule et même conscience : dans la sienne.