‹ Essais de critique générale (volume 4)Chapitre 116 sur 193 · LB DOUTE ET LE BON SENS · texte numérisé non relu

LB DOUTE ET LE BON SENS

La relatiyité du vrai, telle que nous sommes conduits i Tentendre, n'a point le caractère d'une concession au leepticisme. Nous savons en effet, par la pratique, et tous déterminerons de plus près par l'étude, dans le âiamp des théories, que Thomme doit moralement [Nrendre parti sur de certaines vérités, tant de celles que j'ai classées comme formant un premier ordre de la certitade, que là même où des doutes sérieux sont possibles. Sur d'autres points, s'il est sage de s'abstenir, c'est encore une manière d'affirmer et de décider. Au reste, «n élément inévitable d'incertitude et de doute, à quelque faible degré que nous le réduisions quelquefois, est inhérent à l'humanité réfléchie. Le bon sens n'exige pas a essentiellemment, comme on l'a cru, certaines affirmations, qu'il n'exige un certain doute obscur, loin relégué, mais enfin possible à toute force, qui accompagne les faits réfléchis de conscience, comme une ombre, ordinairement inaperçue, toujours présente. Le commencement de la folie, puis son constant caractère Boral, est, nous l'avons vu, un excès de certitude, un triste anéantissement de la puissance de douter. Avec «Démesure quelconque de doute possible, et encore une fois cette mesure est à vous , amoindrissez-la tant que TOUS pourrez, ne la perdez jamais, nous avons la mie science , nous avons le bon sens , nous avons la ngesse, nous avons la tolérance, et grâce, en un mot, à eette apparente imperfection de l'humanité^ nous lommes humains. Dans la voie contraire, où le doute I trop bien écarté ne peut plus revenir, l'absolu invoqué

n'cDgendreque syslématistne, manie, folie, inlolénmce, fanalisme» inhumanité-

Le bon sens , dont la définition a dû élre soutent cherchée, toujours raanquce, implique une mesure jusu €t morale du doute, à p^^iï^^-jer dans les circonsUmces de Tordre pratique el aux ïslions situées d'une minière quelconque en dehor le la déductioa purenudi rationnelle. Aussi, est-ce à i de séparer, loin de loitf appareil scientifique, le c line des vérités affirflMO sans hésitation et qu'il appi ^ non douteuses (ledoult minimum conservé en Ihéor est un doute sensihlemenl nul dans la pratique ordinaire], de le séparer, divje. par tous les degrés convenahles, de celui des opinions el des passions où la liberté préside ostensiblemeat. Dans la sphère commune des pensées pratiques, desaf* firmatious pratiques, où les hommes se rencontrent tous et s'entendent [tous, excepté les fous, qui sont seuls), le bon sens est identique au sens communj selon Tacceplion naturelle de ce dernier mot. Mais Tidentité ne se retrouve pas dans la sphère des principes réfléchisel formulés, et des théories qui en dépendent. Le bonsm n'est plus là , ou n'est plus un sen$ commuyi : les philosophes semblent en etl'et se séparer de la masse des hommes, et ils se divisent entre eux. On connaît la puérilité des tentatives faites pour fonder la philosophie sur le bon sens comme sens commun à tous les hommes.** ou à peu près commun. C'est que le mot sens, trop métaphorique d'abord, ensuite beaucoup trop simple pour exprimer Tensemble des fonctions natives, et acquises,

LÀ LIBBRTt EN ELLB-MÊMI. i8t

f>erfectionnées qui forment le bon $eM, deTient tout ait intolérable quand on prétend l'appliquer à la spélalion d'un philosophe obligé de comparer doctrine loctrine et principe à principe, de lier rationnellement ; affirmations et de les discuter, enfin, non plus seuaent de prononcer sur un cas particulier, dans les constances de la pratique, mais encore d'embrasser système de vérités et de les formuler rigoureusement, milieu des principes qui s'opposent et des méthodes i se croisent, si la philosophie en acte soufire l'inter- Dtion du bon sens, c'est en agrandissant et s'approiant par une transformation convenable les éléments i le constituent. L'un de ces éléments est la disposin morale particulière, laquelle s'érige en raison pra- 116 générale; l'autre est ce principe du doute que je ms de définir, dont l'application à la recherche est or ainsi dire l'essence même de la recherche et de xamen (scepsis), et dont la présence, plus ou moins liûblie mais toujours virtuelle, au sein des affirmations des systèmes, est seule de nature à les affranchir de ut caractère de fanatisme ou de manie. Or, la philosode qui admet ce bon sens, et le pratique explicitement, iemment, ne saurait être que celle qui donne aux lestions de la certitude et de la liberté des solutions mfbrmes aux nôtres.

l'achèverai de définir la liberté , dont l'objet de ce

hapilre est de motiver la croyance, en la signalant

«BMDe l'essence véritable et la plus propre substance

l^la personne humaine , ou , pour continuer l'emploi

48S u uBurri m «tu-iiiw.

des termes scolastiques; oomme le piiûeiped'indî^ndvfttion de celte personno.

Si je me suis fait comprendre jusqu'ici , op sut ^ le point d'applic«UoD de la croyance ^ la liberté b*cs( pas une faculté mystérieuse déposée dans une âioB d^ individualisée, un atlribulmis dans un ÊuiUraUmÊi hoc. Affirmer la liberté, c'^t assurer que rauU»Dolnilé représentative est réelle dans les actes réfléchis eldttbérés, et que ces actes, qui s'enchaînent tous à poiforiori, ne sont point liés par une chaîne préexistante. Il n*y a là ni mystère ni entité; il y a un iait que ira croyons, un fait au-dessus de toutes les lois, parloolut il paraît: ce fait méme^ que toutes les lois données et nécessaires de Tuûivers sont en partie subordonnées i celle qui n'est pas, mais qui se fait actuellement par rhomme, et qu*ainsi Tordre du monde, en celte partie, n'est qu'un ordre en voie de formation.

La liberté n'est doue pas (lan$ une suhlance, allribut d'une subsLance ou allribut d'un atlribut ; elle est ikoi l'homme, propriété de ce groupe de lois et de phénomènes qui est l'homme ; clley est» en tant que rhomme actuel détermine, et rhomme futur el divers autres faits de sa dépendance, sans que lui-même dépende entièrement de rhomme passe ni des autres faits antécédents quelconques.

La liberté, comme aptitude de l'homme à réfléchir, à déhbérer, à vouloir, à créer par la volonté, au lieu de céder au vertige de la repri^sentation, celle disposition dont la puissance est eu lui pour primer les auW fonctions, est elle-même une donnée, et elle-même n'ésl

pas cause d'elle-même, j'entends d'une manière générale et comme fait de l'univers. Au passage de la nature animaKà la nature humaine, nous la voyons s'établir, et, dans celle ci, nous la voyons varier depuis l'extrême limite de Tidiotisme jusqu'à cette possession supérieure de soi dont la limite n'est pas connue, dont le développement appartient à l'avenir des êtres. Qu'est-ce maintenant que cette donnée? Pouvons-nous l'expliquer? Devons-nous en chercher l'origine, la cause ?

Si nous disons qu'elle reconnaît pour causes les antécédents qu'elle a et que nous constatons par expérience, et qu'ainsi elle est nécessaire à la manière de tout efiet dont la cause est posée, nous ne professons rien d'intelligible, car les produits de la liberté ont ce caractère essentiel d'échapper à toute cause antérieure, et de n'admettre de cause suffisante que dans Thomme où ils sont, et au moment où ils sont. Les cas particuliers de la liberté ne pouvant pas s'expliquer par causalité prédéterminante, comment comprendrions-nous que cette même liberté , prise généralement , comportât l'explication qu'elle exclut sitôt qu'elle arrive à une existence déterminée? En d'autres termes, la liberté est ce qui sort de l'ordre des antécédents, pour n'entrer que dans l'ordre des conséquents, qui la suivent elle-même et qu'elle produit en partie, ordre nouveau et mobile, dont l'élément propre est précisément ce qui fait être le nouveau; il n'est donc pas possible qu'elle ait ses antécédents pour causes : autrement, ceux-ci seraient causes du fait général des choses qui leur échappent en tant qu'effets, et cela est inintelligible.

484 Ll LIDRRTË EUf ELLE-MÊME.

Si nous disons, pour déterminer l'hypothèse précédente et la rendre plus accessible à Timagination , que la liberté ne résulte pas , il est vrai , causalement de Tordre non libre qu'elle a pour antécédent, mais qu'elle est produite par création et par la volonté d'un être antérieur, libre lui-même et non créé, alors nous rencontrons les difficultés attachées à l'idée de création ; nous les heurtons de front, et nous y trouvons enfin une impossibilité rationnelle d autant plus marquée que l'acte créateur nous apparaît dans sa plus haute étrangeté. Il s'agirait de concevoir que ce qui est par soi et se modifie librement fit que quelque autre chose fût, et fit que ce quelque autre chose se modifiât avec pleine liberté, et ainsi se rencontrât être par soi à cet égard, tout en étant par autrui. Non-seulement nous nous placerions au-delà et bien loin des rapports possibles selon l'expérience , et de tous ceux dont la raison compose les notions et les règles, non-seulement nous admellrions que l'acte créateur produit son œuvre hors de son être et de tout être prédonné, mais encore nous voudrions qu'il créât un pouvoir de créer (il n'importe entre quelles limites). C'est plus que la création, c'est la «création de la création. Aucune autre hypothèse n'est si radicalement étrangère à ce que nous pouvons connaître des phénomènes et de leurs lois. Résoudrionsnous de la sorte le problème , si fantastique que la solution en dût paraître? Nullement; car nous n'expliquerions la liberté que par la liberté, ou mieux (redoublement de ténèbres) par la liberté de créer des êtres libres. (V. Premier essai, § li.)

Si nous disons, par une tentative désespérée de généralisation des idées d'ordre et de causalité, que la liberté est nécessaire, nécessaire en vertu de Tordre du monde dont elle est une dérogation ordonnée, et comme partie et moment de la loi universelle du développement des êtres, nous ne disons rien, nous ne nous apprenons rien, si ce n*est qu'elle est et qu'elle soutient des rapports généraux et profonds avec l'ensemble des conditions de l'existence. Mais ces rapports , nous ne saurions les déduire à priori; et cet ordre, qui embrasse en un sens la liberté, laquelle, en un autre sens, lui échappe, nous n'en avons aucune autre connaissance que celle qui résulte de l'expérience, à posteriori, dans le déroulement successif des faits de l'univers. Ainsi nous avouons notre ignorance, ou du moins la formule à l'aide de laquelle nous cherchons à nous la déguiser est une formule vague, où il est témoigné de notre désir de ramener la liberté à l'ordre et de l'y enfermer, mais où ce désir n'est point satisfait. La nécessité dont nous parlons est une nécessité de fait , que nous nommons telle après coup, mais qui, envisagée en elle-même et dans l'origine indépendante exigée par la nature de la question, est identique à la spontanéité première et sou- Teraine. Et cela ne pouvait être autrement, parce que la véritable doctrine de la liberté nous fait considérer le monde comme*un ordre qui devient et se fait, non comme un ordre préétabli qui n'a qu'à se dérouler dans fc temps.

Sommes-nous donc réduits à dire que l'origine de la puissance libre est un mystère? Oui et non, selon le

sens attribué à ce dernier mot. Mystère, en ce que nous connaifrions et formulerions cette origine sans comprendre notre propre formule, et au vrai, sans rien connaître ni formuler, non ; la science repousse le mystérieux mystique et toutes les vaines tentatives qui se font pour expliquer les choses en paroles inexplicables, et imposer les formes de la raison à des énoncés irrationnels. Mystère, à la manière de toute donnée primitive, au-delà de laquelle on ne va point, et parce quetont sujet soumis à la ratiocination comme à l'expérience exige, en chaque genre, une première donnée qui leur échappe , oui ; la puissance libre est une donnée irréductible : on peut déterminer sa place et ses rapports de fait avec les phénomènes antérieurs ou postérieurs, et avec toutes les lois connues du monde ; on ne peut point la ramener à des termes dont elle soit la consé^ quence logique ou la conséquence par causalité.

Quand même nous admettrions, contre la raison que j'ai fait valoir, que la puissance libre a pour cause la série de ses antécédents de tous genres, lesquels constituent Thomme physique, sensible, intellectuel, passionnel , rationnel ( et efTecliveraent quiconque croit en la liberté ne saurait nier qu'elle ne soit une suite constante de cette série pleinement développée), encore alors il faudrait reconnaître entre les antécédents et le conséquent, ce saut, cet hiatus logique déjà reconnu au passage des fonctions physiques aux fonctions organiques, de colles-ci aux fonctions sensibles, puis aux autres fonctions supérieures. La causalité, je l'ai plusieurs fois n^pété, n'explique point l'eCTet par la cause sans que la

nature propre de Teffet eatre dans la définition de la force, et, par suite, de la cause même en tant que telle, ce qui confond l'explication prétendue. Mais de plus, quand c'est au règne de la liberté que nous youlons passer, la force qui la réunirait aux règnes antérieurs ne nous est plus représentée en aucune manière. Le produit nouveau de la causalité serait dans ce cas ce qui a la puissance d'échapper à la causalité, et le saut des fonctions successives serait incomparablement plus grand et doublement insondable.

Le mystère de la liberté est la dernière et la plus haute forme de celui que nous avons atteint dans le fait du pur devenir actuel, dans celui du premier commencement, dans celui de Véttd. Le mystère des données primordiales est l'inévitable extrémité de la spéculation et des choses, car tout a commencé, le progrès antérieur à l'infini étant contradictoire. Mais l'être, c'est-àdire à proprement parler le phénomène, serait-il vraiment un mystère? Faut-il traiter de mystérieux ce qui est la lumière même, lumière de tout et lumière de soi? On voit où l'on arrive dans cette aberration de l'esprit, fruit de l'habitude, qui nous porte à vouloir expliquer œla même qui sert à expliquer tout, trouver l'origine et la cause de ce qui est premier, et la nature de ce qui est la nature

La liberté est le fait du commencement, partiellement indépendant, de certaines suites de phénomènes au sein des phénomènes antérieurs , des êtres antérieurs. Disons donc, si nous avons compris ce qui précède , disons que, abstraction faite des conditions environnantes ,

488 LÀ LIBBRTS.

elle est le commencement môme et l'être même, sans autre explication possible, et que, sous ces conditions, elle est ce même commencement qui se connaît et cet être qui, donné à soi pour une partie, pour une aulri partie, se fait et s'achève.

Lorsque la liberté fait son apparition dans un être donné, cet être lié par mille rapports aux autres êlrei, • et à ce que lui-même était, à toutes les lois qui le constituent en le liant à soi et au monde, cet être acquiert une existence incomparablement plus propre ; il se distinguait, il se sépare; il était lui, il devient par lui : dt là, une essence, ou, si Ton veut, une substance, dans le sens donné quelquefois à ces mots, un individu, et le plus individuel qui nous soit connu, l'individu humaio. la personne humaine. A la place d'un substrat chimérique, où les philosophes ont tant cherché une permanence non moins imaginaire de l'être, nous voyons le substrat réel, l'ensemble des phénomènes composants et de leurs conditions, substrat variable et toutpfois constant, car il ne varie que déterminé par des lois fixes; puis, par-dessus celui-ci, sa possession par la liberté. Et cette possession, cette puissance des futurs libres, clairement témoignée, unie à la prévision et à la mémoire, est le principe delà permanence sérieuse, de celle qui n'excluant pas le changement et le progrès, mais les enveloppant, résulte delà subordination des phénomènes personnels, passés, présents et futurs, à une seule et même conscience de pouvoir et de faire, d'où jaillit la source des actes moraux.

PRINCIPE D'iNDIVIDUATIOR ET DE •PERMANENCE 489

Ceux des phénomènes nécessaires e^ enchaînés nécessairementf qui composent Fhomrne dans le temps, posent sa permanence ou la suppriment, selon le point de Yue. La liberté à son tour fait la permanence de la personne, et aussi la rompt, puisque c'est à elle qu'il appartient de créer Y homme nouveau contre V homme ancien, et que ses produits sont impliqués dans les données antérieures, comme possibles seulement, non comme réels. Telle est donc la véritable permanence : id, une loi dans le changement; là, une conscience qui le domine. Toute autre serait incompatible avec les variations de la nature et de la personne humaines.

La liberté est enfin le principe suprême de Findividuation, autrefois vainement assigné dans les incom- L préhensibles essences de la forme ou de la matière. l Pour les règnes inférieurs à l'homme, la définition de i l'individu résulte de celle delà fonction, ou des ensem- I blés de fonctions qui se réunissent pour former des êtres, «don ce que nous en apprend l'expérience. Lorsque paraît la personne, quelle individuation plus profonde, plus décisive, que celle qui natt du pouvoir d'un être $ui jurit, et de la constitution d'un ordre qui se fait soimême, en se tranchant de tout ordre antérieurement donné, ou prévoyable avec une entière certitude I

La doctrine scientifique des phénomènes et des lois, quand nous croyons à la liberté , se présente à nous avec un caractère bien différent de ce que les philosophes imaginent communément. Ces principes d'indi- ^dualion et de permanence, qu'il leur plaît de demander i la iubstance et de fonder sur des chimères, nous les

490 DES FOSTOLITS US tOVÎS MlllKltn*

trouYons, on le Toit, dans la libOTté M dM4 tes M»^

l'univers. Les lois posent le constant dans le tvH«lli|

ce qui est bien la vérité d'expérience «t de raison,

de la vie et de son développement, et son «]

iibique; et la liberté nous donne le sens posi^le^

élevé de ce qu'on appelle une substance

sans préjudice des lois physiques ou autres,

ou inconnues, desquelles résulte et par lesqnellei pt

persévérer et s'accomplir de plus en platf riodîlîAMH

de Tétre, dansPordreinférieur des phébomënes. VtfiÊ-

terons-nous maintenant cette substance qui« daniMIfe

les philosophies du monde, n'a pu permettre de dîslit^

tion entre les êtres qu'avec la tendance fatale à les ctti-

fondre dans Tunité, et n'a semblé quelquefois établir l«

fondement de Tindividu que pour le ruiner aussitdl!

C'est sous la domination de la doctrine de ta subslanca

qu'un homme dont le sentiment protestait contre les

théories qui enivraient son siècle, F, H, Jacobi,aditaT«

tant de raison : Toute philosophie est un spinozisœe

déguisé.

S ïVUl,

De 1* certltiul« dM Mlenec* et de leur ciaAsftSaittQm ratiottneUe.

Pour se fonder régulièrement et procéder à leur édification, les sciences ont dû toujours demander et demandent qu'on leur accorde :

Premièrement,.certaines thèses de riaiité, soit fm-

DBS POSTULATS DB TOUTB SCIBNCB. 491

eipéi, soit choses, qui sont ou des données de la conscience, ou des données de l'expérience, et qui impli- ^ent la conformité de ces deux ordres.

Secondement, un usage correct des sens et des règles Ae l'entendement, Texercice des fonctions intellectives il réfléchies, et l'exactitude des analyses et des synthèses partielles qui fondent la connaissance systématique.

Cette double concession forme un ensemble de vérités qui appartient,* comme on l'a vu, au premier ordre de tu certitude, mais sous une double réserve :

D'abord les thèses de réalité, soit principes, soit 0ko9e$, n'ont leur valeur de certitude entière, univer- ■dle, qu'autant qu'on les borne à des formes ou objets ^Fintelligence commune, exprimés avec des formules Vulgaires. En réclamant des énoncés définitifs, des ^fermes complètement définis, des synthèses telles que [^^ent seule les constituer une analyse préalable achevée, ^M exigerait que chaque science eût pour donnée pre- -.wAn la conclusion de quelque autre, ou la sienne pro- ^pre, nécessairement ignorée au début et dans le cours de la recherche. Par exemple, le physicien ne connaît |isde cette manière exacte la chaleur, la lumière, l'électricité, objets de ses expériences ; la réalité, son point fc départ, se compose de quelques séries de phénoiBènes sensibles où il entrevoit à peine des lois, où il ne ttisit des êtres déterminés que par une illusion qui peu i peu se dissipe. L'astronome ignore en commençant si fcs astres sont grands ou petits, éloignés ou proches, tenres ou météores ; et s'il croit percevoir leurs vrais Bttuvements, il se trompe. Le chimiste ne connaît guère

192 DES POSrULATS DE TOUTE SCIENCE.

mieux les éléments (éléments de prime-aspect, l'eau, li terre, etc. ) qui sont sa matière et qu'il admet comme réels à ce titre. Le physiologiste ne sait presque riendi cerveau, du cœur, des poumons, sans Tétude séculaire des fonctions de ces organes : l'homme vivant qu'il doit analyser n'a guère d'autres caractères réels à ses yea que ceux que découvrent les yeux d'un enfant. Et k géomètre, dont l'objet parait plus connu dès rorigine, étant plus abstrait, ne saurait pourtant décider si retendue et les parties ou lois de l'étendue ont telle oo telle réalité, tant débattue entre les philosophes.

Il en est de môme des thèses de principes, axiomei ou autres jugements immédiats qui font foi indispensablement dans toutes les sciences. Moins complexes qoe les thèses de choses, ils ne sont pas pour cela au-dessoe de la critique : leur établissement régulier, leur vto'tablesens, leur force probante, leur portée, sont aussi les objets d'une science possible , laquelle ici ne peut | être que la science même, la critique générale. Celle-d prime donc toutes les autres sous ce rapport, et pour toute question d'affirmation première et de méthode. Les principes n'appartiennent au premier ordre de la certitude que dans leur teneur spontanée et universelle.

Ensuite Tusage des fondions sensibles, intellectuelles et volontaires, considéré pratiquement dans rétablissement des sciences , comporte toujours la possibilité de Terreur, de l'erreur tantôt spontanée, tantôt suite de l'exercice de la réflexion et de la liberté. On nous dispensera de donner des exemples. De là l'inévitable introduction d'un élément d'incertitude qui n'est, ni ne

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