PROBLÈME DES ORIGINES ORGANIQUES
aulre rapport elles sont plus particulières que les lois physiques qui se trouvent libres à leur origine et se retrouvent libres à leur terme, après avoir été subal* ternisées par elles pendant leur durée. Les touts organiques sont d'ailleurs formés de certains autres touls hétérogènes, c'est-à-dire constitués eux-mêmes par des relations très différentes de celles qu'ils ont entre eux ou avec le groupe total. L'organe existe et fonctionne pour une fin donnée dans Tensemble. La structure de l'organisation est aussi quelque chose de propre et d'adapté à ses fins ; la forme cellulaire en est le premier élément, et les corps inorganisés ne la présentent point, au moins jusqu'à la dernière limite de division où nos moyens d'observation peuvent les suivre. Enfin, la composition chimique obéit à des lois autres et plus complexes sous l'influence des fonctions organiques ; une preuve suffisante de ce fait résulte des altérations spontanées et de la transformation totale des éléments du corps qui cesse de vivre, c'est-à-dire qui retombe sous l'empire des lois générales.
Les rapports d'existence et de coordination des fonctions physiques avec celles qui s'établissent dans l'organisation sont une grande partie de l'objet de la physiologie et des sciences accessoires. On y joint des rapports d'espèce et de causalité. C'est le point qui nous intéresse particulièrement ici. Nous l'avons touché d'une manière générale à propos des systèmes avancés pour Texplication du monde; il convient d'y revenir en abordant le problème do l'homme.
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t^ première question qui se présente est de savoir si le chimiste, à l'aide des moyens artificiels dont il dis-* pose, serait en état de fabriquer de toutes pièces des composés organiques avec les éléments communs. Jusqu'ici l'expérience répond négativement, car je ne compte pas des sels^ des sécrétions dont le rôle dans l'économie animale n'est point à comparer à celui d'une partie vraiment organisée. Je suppose pourtant que la chimie pût effectuer la synthèse des cellules végétales^ ou celle du sang, ou de la matière médullaire, etc., il y aurait loin de là à constituer un organe et un organisme, et à les faire fonctionner. Mais ayons de l'audace et mettons que le problème soit résolu radicalement : la science, alors, semblerait accomplie et l'égale de la nature que son art imiterait et reproduirait. Qu'aurait-on obtenu pour la connaissance d'une loi première et fondamentale? Essayons d'apporter quelque raison dans l'exposition de cette hypothèse, extravagante sans doute. On ne pourrait pas dire que l'artiste, auteur d'un organisme viable et vivant, ou seulement d'nn simple organe, n'a fait pour les produire autre chose qu'appliquer les lois pures et générales des métamorphoses chimiques, et que déterminer les réactions ordinaires : en effet, nous avons déjà remarqué que ces lois et ces réactions sont ou suspendues ou diversement modifiées dans les touts organiques. Il faudrait penser que cet artiste aurait mis en œuvre de tels éléments d'un côté, et, de l'autre, préparé de telles circonstances que l'organisme végétal ou animal, suscité spontanément, aurait commencé à intervenir dans les phénomènes. Qui
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nous assurerait alors que tout Tart de Topérateur ne s'est pas borné à produire, ou plutôt à rencontrer* par un heureux hasard, les conditions propres à réclosion et au développement de quelque très petit germe mêlé et inaperçu parmi les éléments employés? Mais comme à toute chose il faut une origine, et afin d'éviter le progrès à rinûni des germes, on pourrait encore supposer sans absurdité que l'organisme produit a fait sa première apparition sous la forme donnée dans l'expé^ rience présente. Laissons-nous encore aller à cette extrémité, puisque tout ceci n'a rien de commun avec les faits, que conclurons-nous enfin ? Que nous possé* dons dans les lois physiques , et les éléments de comr position et les causes adéquates à leurs effets des phénomènes organiques coordonnés dans un être vivant? Que les espèces organisées sont identiques au fond à celles qui les précèdent et qu'elles supposent, et dont les fonctions sont plus simples et plus générales? Non» mais seulement que l'organisation et ses conséquences apparaissent sous certaines conclitions , nécessaires peut-être, mais où elles n'étaient pas d'abord conte^ nues. Et nous n'aurons rien appris, rien de ce que nous cherchions du moins, car il faut bien que chaque chose commence.
Ici se présente une seconde face de la question : -la génération spontanée. Nous venons d'imaginer, une science capable de donner à un art nouveau les moyens de construire à volonté des organes et des êtres. Une longue série d'expériences heureuses et de découvertes
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inespérées préparerait cette époque de la création rendue possible à Thomme. On se demande plus modeste* ment si un corps inorganique, sous des influences purement physiques, peut se disposer de telle manière que des organes quelconques y prennent spontanément naissance. On se pose le même problème, et plus volontiers, en prenant pour matrice un corps organisé ou d'origine organique. L'expérience a été souvent consultée et interprétée en sens divers. Il est difficile d'affirmer, parce que la nature des germes est imparfaitement connue, aussi bien que les voies qu'ils peuvent suivre pour s'introduire dans un appareil artificiel ou naturel ; et il est diflicile de nier, à raison du peu de portée des observations négatives en tout genre. Mais, ni la génération spontanée, si elle est admise, et cela dans le sens le plus large, ni la préexistence constante des germes, s'il était possible de la démontrer, ne me paraissent renfermer les conséquences qu'on voudrait tirer. La question est toute du ressort de la physiologie qui doit peser les probabilités pour et contre d'après les faits ; elle n'est d'aucun intérêt pour la science première, et celle-ci ne saurait non plus y apporter le moindre éclaircissement.
En effet, supposé que la présence d'un germe fût reconnue nécessaire pour l'avènement d'un être organisé quelconque, il ne serait pas prouvé par là que la môme loi dût s'étendre à tous les temps et à toutes les circonstances possibles, ou même à celles que l'homme pourra produire. Il y a plus; le système des préexistences, trop généralisé, nous conduirait à poser une infinité effective
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de phénomèDes écoulés, ce qui implique contradiction. Des raisons par lesquelles on croirait démontrer que l'être vivant donné a été précédé d'un germe établiraient éga*^ lement que le germe donné a été précédé d'un être vi-* vaut. Pour s'arrêter quelque part dans la suite régres-^ sive des faits, en niant toute spontanéité originelle, il faudrait recourir à quelqu'une des hypothèses cosmogoniques que nous avons vu ailleurs n'être pas des se* lutions devant la critique. Ainsi, il n'y a aucune conséquence générale à tirer de ce fait que dans l'état actuel des choses aucun être vivant ne serait produit sans germe et sans parents.
On regarde généralement la thèse de la génération spontanée comme favorable à la cosmogonie dite matérialiste, et certains arguments plus ou moins accrédités sont prêts à s'élancer sur cette proie métaphysique. Ce* pendant ce mot même de spontanéité, sur lequel on n'a peut-être pas assez réfléchi, devrait inspirer d^autres vues. Pour tirer parti du fait, que je suppose acquis dans toute sa portée, il faudrait prouver Tune de ces deux choses : ou que le corps qui de l'état simplement physique passe à l'état organique, et de lui-même s'animalise, par exemple, ne fait en cela que changer de mode et parcourir deux phases d'une existence unique (je comprends sous ce nom de corps, et le corps particulier qui évolue, et les influences extérieures du même ordre assemblées en lui); ou qu'il existe un rapport étroit de cause à cflet entre le sujet inorganisé joint à toutes les lois physiques et le sujet organique vivant
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ivec ses lois propres. Mais comment administrer la preuve si on ne commence pas par établir une théorie de la substance, une théorie de la cause? Au défaut de ces théories on ne s'entendra point; avec elles, on établira des entités, des idoles, comme toujours, cariés rapports de qualité et de causalité scrutés suivant une saine méthode et appliqués analytiquemenl ne permettent ni la thèse de substance ou chose en soi, ni celle de cause séparée et substantielle.
La réduction des lois de la vie aux lois physiques sous le rapport de spécificité n'est pas tolérable. Si la génération spontanée existe, il y a donc avènement d'une fonction nouvelle, ou que les anciennes ne contiennent pas. Quoi de commun entre ces choses envisagées directement : d'un côté la molécule, c'est-à-dire étendue, masse, résistance, affinités déterminées, lois calori<fiques, électriques, etc.: de l'autre, l'organisme individuel et centralisé dont le principe et la fin ne sont dans les parties que relativement au tout? Mais la molécule et les lois premières qui la font être et s'agglomérer supposent aussi le principe appétitif et final? En ce cas les fonctions organiques diffèrent encore de celles qui les précèdent. En elles apparaît un genre nouveau, nouveau par la nature et les propriétés de leurs fins et de leurs effets. C'est au point qu'un antagonisme s'établit» et que, sous certaines conditions, les fonctions les plus récentes gouvernent. Je ne dis rien ici de l'hypothèse d'une substance, et d'une substance unique, siège de tous les phénomènes, car ce serait rentrer dans le domaine des cosmogonies (Premier cami, ^ xîv, xi.vfi, li).
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Supposons maintenanl que la succession constante des phénomènes des deux ordres étant reconnue, et toujours dans le même sens, il y eut lieu de placer entre eux un rapport de cause à effet également constant et unique, il est vrai que le fait de la génération spontanée n'autoriserait pas cette conclusion, avec quelque généralité qu'il se trouvât constaté : on continuerait d'ignorer la nature des êtres primitifs, originels, et par suite le rôle qui leur appartient dans l'état actuel des choses ; et ce n'est même que témérairement qu'on nierait l'intervention latente possible de causes inconnues. Mais passons outre. On semble croire qu'un fait est expliqué aussitôt que rapporté à un autre fait comme à sa cause. Ceci n'est pas même vrai dans l'homme, où la conscience aborde en partie directement ce qu'elle oe fait ailleurs que supposer ; le mouvement voulu d'un muscle s'explique-t-il de ce que nous en connaissonB un facteur, la volonté, un autre facteur, le groupe des propriétés obscures des nerfs? La connaissance des causes, telle qu'on peut l'atteindre, est sans valeur pour la philosophie. Le rapport positif de causalité ne se* pare pas la cause de l'effet, comme une substance d'une autre substance. Toute illusion do ce genre écartée, ce rapport dépend des deux termes qu'il lie, et ne permet pas qu'on déduise l'un de l'autre logiquement. Ainsi la loi de cause, une force supposée entre des phénomènes, n'ajoute rien à ce que nous apprend la loi de succession, révélée premièrement par l'expérience. Aucune autre loi ne s'ensuit d'elle, et on ne fait pas de la science ou la nommant. Mais celui qui, prenant la cause dans
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le sens vulgaire et idologique du mot, construit une théorie dont tout le sens est en un mot que Tauteur de la vie est une chose qui n'a point vie, en quoi se trouvel-il plus avancé» que sait-il, que dit-il? Lefaitest que, la non vie étant, la vie commence. Un devenir dont l'antécédent diffère à ce point du conséquent ressemble beaucoup à une pure manifestation spontanée. La cause assignée peut figurer comme fondement nécessaire (cause matériel te d*Aristole) ; mais en qualité de cause dite efficiente elle n'apporte rien au savoir et n'a rien d'intelligible en elle-même.
Au surplus la spontanéité pure, quoiqu'en dise une fausse science encore trop métaphysique à son insu, n'est nullement absurde. Elle ne se comprend pas, mais il est de l'essence de ce qui est premier do n'être point compris ; elle n'est pas pour cela contradictoire ; loin de là, il y aurait contradiction à ce que rien n'eût spontanément commencé d'être, car alors on admettrait une série de phénomènes infinie et cependant donnée. {Premier ettai, § vu, xxxvii, xlix.)
Après les systèmes qui ramènent les fonctions vitales à l'unité de la fonction physique ou mécanique, les doctrines dualistes se présentent. Une des plus anciennes qui aient dû séduire la raison est celle des forces plastiques. On imaginait certains principes, forces, formes, idées, prototypes, infus dans la matière éternellement et naturellement, ou par l'acte d'une intelligence ordonnatrice. Cette matière sans force ni vie était malaisée à entendre et à définir* Ces éléments forma-