LOGIQUE FORMELLE
tÎTe, et sous les lois de la déduction et de l'induction syllogistiqucs : d'où la démonstration logique pour toutes les sciences possibles. Le fond de ces relations n'est autre, en effet, que l'établissement d'un ordre des choses quelconques qui tombent sous la représentation, en tant qu'elles sont sujets ou attributs, sujets de sujets, attributs d'attributs les unes des autres. Cet ordre, les lois dent il se compose, forment une vraie science qu'on désigne depuis longtemps et avec juste raison sous le nom tout spécial de Logique. [Premier e$sai, § xxxiii et suivants.]
Si l'existence, la recherche, la connaissance des lois suffisent pour déterminer la matière et la forme d'une science (et qu'est-ce donc, si ce n'est cela?), la logique proprement dite est bien une vraie science. Mais elle est
* tellement aisée dans la plupart de ses applications, que, F frappé des abus de son formalisme à une certaine épo- - " que, on a pu travailler à l'exclure des études, et on l'en ^ a effectivement bannie sans trop de dommage. Elle a
cependant ses difficultés, son importance, et quoi qu'on fesse, sa suprématie. Sa portée s'étend des sciences lo- ^ giques sans exception, auxquelles elle impose d'inévi- ^, tables règles (la méthode des mathématiques est en par- 1 ^ tie expressément logique, non mathématique), jusqu'aux ^'^ sdences physiques, où elle préside à l'usage, à la direc- !*• fion et aux conclusions de l'expérience, et jusqu'aux plus simples combinaisons de la parole et de la pensée.
* ri M n'en saurait être autrement parce que les relations de s*^ fmlité interviennent pour une part dans toutes les reifc^ lations possibles.
500 SCIENCES NON CONSTITUÉES : CRITIQUK GtNtIULB.
Les catégories de causalité et de finalité ne donnent pas lieu à des sciences logiques spéciales.
En effet, d*une part, les rapports qui sont la matite de ces catégories apparaissent dans le monde de l'eipérience ; l'observation de la consécution constante de certains phénomènes dans un certain ordre est nécessaire pour déterminer que là est une cause, ou là une fin : sous cet aspect, la causalité et la finalité n^engeodrent point de spéculation logique. D*une autre part, les rapports de cause à effet et de moyen à fin, considérés d'une manière générale et en eux-mêmes, sont des lois de la représentation (loi de force, loi de pu* sion), lesquelles prêtent bien à l'analyse et aux théories, mais n'offrent pas cette complexité, ces ordres longuement et savamment développables des objets abstraits de la géométrie et de la dynamique. Les recherches et les systèmes appartiennent donc ici à l'analyse générale de la représentation, à la critique générale, en uo mot à la science , science première , plutôt qu'à use classe particulière d'investigations scientifiques. C'est ce qu'on appelle philosophie. Quand cette partie des spéculations des philosophes qui a trait aux deux cat^ ries dont nous parlons aura atteint toute sa rigueur, se sera fixée dans son assiette définitive, et je voudrais travailler moi-môme à ce résultat en chassant de l'étude abstraite des rapports de cause et de fin les chimères objectives, d'ailleurs si étrangères à l'établissement des lois représentatives des phénomènes, alors on pourra regarder l'analyse de la causalité, l'analysa de la finalité , comme deux sections distinctes de la
RËSUMË. 501
leîence logique ; mais des sciences spéciales , selon le langage ordinaire^ exigeraient toujours des objets moins ■impies et plus féconds en applications. (V'. Premier enai, § xxxvii et xxxix.)
Restent maintenant les deux catégories qui enyeloppent les autres aux deux points de yue extrêmes, la relation^la personnalité. Considérées généralement aussi, fSùes rentrent dans la matière de la critique générale, B'wt-à-dire de l'analyse des éléments universels de la connaissance. Sous leurs aspects particuliers, elles se rapportent, tantôt aux catégories déjà parcourues, tantôt encore aux différentes sciences de Tordre de Texpézîence. Elles ne sauraient donc proprement donner lieu i des sciences spéciales.
Ainsi, nous sommes conduits à la division suivante des sciences logiques :
1^ La critique générale, tronc commun de toutes ces idences, car elle comprend rétablissement de leurs lois les plus universelles, lois dont Tétude est interdite à ces mêmes sciences qui les prennent pour données. Les fiat^ories de relation et de personnalité, puis celles de causalité et de finalité, sont plus expressément les suj^ de la critique générale , et ne produisent point , [nsquMci du moins, des branches distinctes d'une spécotation abstraite qui aient un domaine et des applicalioQs propres. Ajoutons que l'expérience elle-même, sa nature, ses lois et ses conditions ressortissent à la critique.
Dans l'état actuel des choses, la critique générale
502 RfiSUMS.
doit élre séparée des sciences qu^elle domine, et placée hors de son rang, comme si elle constituait une sphère spéciale des connaissances humaines. Nous en verrons plus loin les raisons.
Malheureusement le criticisme ne fait que de natln, et on sait ce que vaut, ce que peut, comme science, la philosophie, entre les mystères transcendants des uof, Tempirisme grossier des autres et les hypothèses de tous, obsédée par les dogmalismes anciens, toujoun prêts à reparaître et à recommencer leurs cycles ;
2* La logique, dont l*acception la plus générale reproduirait la critique toute entière, mais qui, prise particulièrement, se borne à rétablissement des relations de qualité, considérées d*une manière abstraite, et des lois de leurs combinaisons.
Ajoutons à la logique la grammaire générale. La pure grammaire aurait pour objet l'établissement des lois et des signes des combinaisons de la pensée, ramenée à ses formes abstraites, c'est-à-dire aux catégories, et régie notamment par la catégorie de qualité qui se subordonne ici toutes les autres. Celte science est loin d'être fixée comme la logique, ou plutôt elle est encore dans l'enfance (V. ci-dessus, § v.) ;
3® La mathématique pure {arithmétique, algèbre, analyse mathématique), consacrée à la construction cl à la recherche du nombre ou quantité pure et de ses lois;
4^ La géométrie qui, s'appliquant aux relations de position el les liant u celles de nombre, a pour objet la
aciKNCES PHYSIQUES : obsbrtàtion rt abstraction. 503
quantité considérée dans l'étendue, et les lois de cette quantité ainsi que celles de la figure ;
5** La mécanique rationnelle (dynamique et statique) qui joint aux relations de position celles de succession et, par suite, de devenir dans retendue, et détermine par la comparaison de ces diverses quantités les conditions et les lois du mouvement, soit effectif, soit possible ;
6"" Les mathématiques proprement appliquées qui, sous d'autres rapports , se classent mieux parmi les sciences physiques. Là se rattachent, en effet, des branches quelconques de l'étude de la nature, lorsque partie de leurs objets sont déterminablés comme quantités^ avec assez de précision et une abstraction assez complète de leurs qualités spéciales, pour être assimilés aux données de la géométrie ou de la mécanique rationnelle. Cette transformation, acquise à certaines sciences naturelles, est un peu l'idéal de toutes. Elles ne sauraient pourtant changer la nature des éléments particuliers et complexes, d'origine purement expérimentale, qui les séparent profondément. Mais déjà la mécanique ne tire-t-elle pas de Texpérience une part des connaissances qu'elle met en œuvre, et la matière de la géométrie n'est-elle pas intimement liée aux faits delà sensibilité?
Les applications de la logique ne forment point une dasse séparée , car elles sont communes à toutes les sciences, et nécessaires au même degré dans chacune.
Les scienoes physiques prennent leurs objets dans !^ domaine de l'expérience; et leur méthode pure, en r?-
504 SCIENCES PHYSIQUES : OBSSRVITIOII KT AB8TIACTI0I.
teoaût point compte des mathématiques appliquées, se
compose de deux procédés : l'obseryation des faits seosibles, Texpérience systématique.
Il s'agit de l'observation dans le sens propre de ce mot. €'est abus que de l'étendre, comme on a voulu le faire, à la constatation des faits représentatifs et de leurs lois : là , le prétendu observateur construit spontanément, ou suppose, ou applique une loi donnée en luimême et par sa nature , au moment où il Toudrait la reconnaître sans préjugé ni pétition de principe; il en possède la connaissance involontaire, a priori; d quoi de nouveau, d'imprévu pour la représentatim pourrait se trouver dans un ordre de phénomènes es* sentiels à la représentation? Si d'ailleurs on essaie de se mettre sérieusement en expérience vis-à-vis de soi, comme si l'on ignorait, comme si l'on cherchait, on est ienu tout à la fois de se modifier librement et de relever ses modifications , ce qui ne comporte ni la sûreté ni l'impartialité attachées à la détermination des phéno^ mènes d'origine externe et de forme sensible. Ici , au contraire, l'observateur véritable établit des faits et dé» môle des lois qu'il ne connaît point, qu'il ne prévoit pas, dont la production n'intéresse pas sa personne et n'implique aucune de ses modifications propres et volontaires.
Cela dit afin de réfuter brièvement l'erreur d'une école récente qui confondait toutes les méthodes, il est à peine utile de remarquer en quel sens, mais tout autre et extrêmement général , il est permis d'affirmer que tout phénomène s'observe , et que l'observation est un
imOIll MlTUaiLLE KT gClBNCES BXPtRIMBNTlLBS. 506
l88 noms d'une connaissance quelconque, au moment lù elle se produit en se témoignant à elle-même.
Les sciences physiques font usage de l'abstraction lussi nécessairement que les sciences logiques, mais 'abstraction n'est pas la même; Ces dernières abstraient mr concepts ou représentations générales, comme pour es catégories et pour les jugements subordonnés, mais Ustincts, qui s'y rattachent. Les autres séparent les aits selon l'expérience, et isolent parmi les phénonënes, même étroitement liés, ceux dont il faut obtenir me définition plus précise ou rechercher des rapports particuliers. Ainsi, la ligne pure, la surface pure, sont les abstractions logiques ; mais la considération distincte, dans un corps donné, du poids, de la chaleur, les propriétés communes ou spécifiques, des affinilés, etc., nécessite une suite d'abstractions physiques. L'art d'expérimenter consiste en grande partie à faire passer ces abstractions dans les faits, c'est-à-dire à annuler ou à séparer l'influence de tels phénomènes sur tds autres qu'on se propose d'étudier exclusivement. Enfin, c'est toujours une abstraction physique, et des plus nolentes, qui permet de ramener à des théories logiques des questions posées sur la nature : exemple, l'inertie supposée des corps réels dont on explique les mouTements par les lois de la mécanique rationnelle.
Une division vulgaire et déjà ancienne des sciences physiques conserve de la valeur à tous les points de ^, parce qu'elle porte à la fois sur l'objet et sur la nélhode. Quelque connexion qui existe, quelque étroite
306 HISTOIUK NlTVflïLLE ET 5eiï:fCES EIPÉRlHSÎTrim.
ÎDtimité qui de plus en plus s'établisse entre les deoi branches. Tune historique et descriptive, Taulre eiplicàlive, inquisitive, Ihëorique, il y aura toujours enïï« elles celte double division de fait ; division du IraTaii pendant le cours de ^*~-"lor~lion scientifique, Am%m d'exposition, attacbtSe à celk des sujets primitiTefflffll offerts à l'étude.
Vkùtoire naturelle, p lement uonwnée» se propose de dresser le tableau des êtres, de leur dislribotion dans l'espace et autant e possible dans le temps, el de leurs parties, organe: fonctions susceptibles à tomber sous lohservation \ ire. Les subdivisions de cette première branche des sciences physiques suiveoi Tordre le plus sensible des êtres, et le confirment, en s'attribuant les noms de minéralogie, botanique^ zoologie. Faisons-les précéder d'une cosmologie, comme description pure des corps uUra-atmosphériques et de leurs mouvements apparents. Comprenons dans la minéralogie, ou inorganologie terrestre, une géographie. une géolofjic, une météorologie, en retenant Tessorde ces dernières sciences aux phénomènes véritablement observables. Ajoutons à la botanique et à la zoologie, non-seulement Vanatomie végétale^ animale, humaine, simple et comparée, mais encoreldi physiologie avec ses sciences accessoires, au moi ns quant aux connaissances, résumées sous ce nom, que l'observation toute seule permet de recueillir- Ainsi Thisloire naturelle parcourt ta série immédiatement sensible des élres : le monde et le terre et leurs parties distinctes plus ou moins indiridualisées^ les astr^s^ les corps inorganiques « les anim^iu.
HfOlUM NÀTOEBLLK RT SCIENCES EXPtRIMENTlLBS. 507
lomme, et ceux des éléments, fonctions ou rapports ces mêmes êtres qui n'exigent pour être constatés, ni éculation préalable, ni d'autre analyse que parles Qs ou par les instruments de l'observation pure. Seunent le témoignage et la tradition interviennent dans le certaine mesure, soit pour que les travaux des immes s'accumulent et s'associent, soit afin que l'obrvation s'étende aux faits distribués par une loi de mps. J'examinerai ailleurs le principe de cette internlion. Lorsque la tradition et le témoignage, de sul}liaires qu'ils étaient, deviennent les moyens essentiels lia connaissance, on passe de l'histoire naturelle à dstoire proprement dite , histoire des sociétés , des OBurs, des idées, des événements humains. Ce serait icore là de l'histoire naturelle, n'était le changement grave que subissent la méthode et la critique des ils.
Les sciences naturelles, ainsi déterminées et circonsites, circonscrites et bornées comme elles ne le sont is en réalité pour le savant, on le sait et on le conçoit 108 peine , formeraient un établissement préliminaire 3 celui des sciences expérimentales, d'ailleurs sans préidice de leur intérêt propre. Elles ne généraliseraient is trop les phénomènes, et ne considéreraient jamais sforces d'une manière abstraite. Les seules lois qu'elles i proposeraient d'atteindre se résumeraient dans les ibleaux mêmes des faits acquis, et consisteraient prinipalement en classifications. Les seules hypothèses a'elles se permettraient seraient ces séries artificielles, ides de la mémoire et du travail, qui précèdent, en
ê08 HISTOIRK XATURELLE ET SCIE^NCES KÏPEftinENTlUS-
tout genre, la recherche difficile des famillei iwfirelies. Encore même le caractère d'hypolhèsc esUl pen apparent dans une classiGcation arlîGcielle, qu'OQ De» dissimule pas n'être qu'une convention-
Toutefois les nalu] "' r e se font pas faute d^bjputhèses, et on doit ii que tous les genres d*élude ont leurs lui I éyîtables, utiles, plus qq moins probables» 1 1 ns vériflables. Il s'en pré-
sente spteialei ■ h uestions de formation et
d'origine, en | >gie, etc. Ce qu'il ne fau-
drait pas, et ce 1, c'est d'altérer la scien«
en mêlant les ; >osi e es faits, ce qui esl acquis avec ce qui ne Test pas et quelquefois ne saurait rètrc, Lô mal est plus grand lorsque Tambitioa de démonfm porte à déguiser sous l'appareil scientifique une supposition arbitraire. Par exemple, les zoologistes attacheront le caractère de l espèce à la faculté, constatée pour toutes les races ou variétés qui en font partie, de s'unir entre elles, et de donner des produits eux-méœes féconds. Voilà une définition irréprocbable sans doute. Mais, d'une autre part^ on est dans Thabitude de composer Yespèce de tous les individus ou races primitivement issus d'un seul et même couple. Cette définilîoa vulgaire est-elle identique à la première? On l'ignore* On ne prouve point qu'une espèce ou même une race n'ont pu faire leur première apparition en plusieurs couples, en plusieurs familles aussi bien qu'en uoe seule ; et il est à peu près sûr qu'on ne le prouvera ja* mais. C'est donc un vrai sophisme de conclure l'unité d'origine de l'espèce humaine de la définition coefose