AU FOR DE LA CONSCIENCE
savent pas môme cela. Il est vrai que s'ils convenaient d'une langue, c'est que déjà ils se seraient entendus.
Mais si les disputes cessaient, la pensée philosophique se trouvant satisfaite et d'accord avec elle-même, on pourrait encore se dire , et l'on s'est dit en effet : 4L L'intelligence est une sorte de milieu humain, inévitable, infranchissable, un fait auquel nulle liberté n'échappe ; mais la raison ne saurait prouver par raison que la raison est juste. Nous avons nos apparences, les choses ont leur réalité ; qui nous assure de l'harmonie des unes avec les autres? L'apparence? tout son fait est de paraître; la chose? elle n'est saisissable pour nous que dans l'apparence. Nul moyen de voir, quand nous voyons, que nous voyons bien. Mais l'image est la même, commune à tous, la raison invariable? Soit. Nous tenons peut-être la communauté et l'invariabilité du faux; et c'est cela que nous appelons le vrai. »
Des philosophes ont voulu vaincre par la science une difficulté inhérente à l'idée même de la science. Pour supprimer dans l'objet toute limite au savoir, ils ont confondu le savoir et l'objet, la connaissance et la nature ; et afin que l'intelligence pût se démontrer sa propre exactitude, il leur a plu de poser la chose et l'idée adéquates, puis identiques. Mais alors au nom de qui dogmatisaient-ils? Au nom de cette^même intelligence, impuissante à se priver de la donnée de la chose empirique extérieure à elle et indépendante d'elle, aussi bien qu'inhabile à en affirmer la nature propre avec certitude; de celte intelligence qui n'embrasse seulement pas tout ce que nous sommes , qui , de l'un à l'autre