NATURE ET PHASES DU CONTRAT SOCIAL
distingue, réunit, abstrait, généralise, classe, forme d'un tout des parties et des parties un tout ; il définit et affirme ; puis, se fiant au langage, dont ses travaux ne peuvent manquer d'étro solidaires, il croit communiquer à tous, au moyen de cet organe imparfait, des vérités dont la Nature a dû, pense-t-il, déposer dans tous une identique puissance. Il ne s'avoue pas encore que le savoir qu'il veut communiquer dépend en grande partie d'un pacte personnel de vérité et de légitimité, fixé par un concert de son intelligence, de ses affections et de sa volonté. Il ne sait pas que la question, dès-lors, est moins d'enseigner didactiquement que de faire en sorte que ce pacte deviennç, s'il se peut, celui de tout homme avec soi-même. Mais l'expérience ne tarde pas à montrer que le contrat de la raison a, comme les produits instinctifs du sentiment, ses phases et ses révolutions.
Les cités se fondent sur les premiers éléments d'un contrat de morale et de religion. Ce même esprit, qui fait qu'un peuple existe, engendre pour lui des coutumes et des lois, que la tradition consacre et perpétue autant qu'il est possible. Quelquefois'le pacte primitif prendra la figure d'une alliance conclue entre une nation et le Dieu de sa foi, par l'entremise de ses prophètes et de ses prêtres. Mais dans le cours de l'histoire, le nœud se relAchera en faveur de Id liberté des personnes et de leurs croyances, et le lien social deviendra principalement humain. Les plus fortes nations sont précisément celles qui donnent ce grand exemple à toutes les autres.
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encore enveloppées dam les t&nges d*tifie ihéoenril^ ëloufliinte (I). Oa Voit alors 1^ mtoyens chen:her, r^* lis», sous des rites divers, par les tnystèreSt dans les ë^ses, des modes libres et variés d^associatioa reKgiense, au sein de la loi commuDe qui ne devraH ni fer exclure ni les imposer. "*
Les familles , les cités, les peuples sont les tomi^' vivantes du contrat; la propriété, substance de Wk^ mille, les institutions, les lois en sont la matîfere qoe rhomme travaille, et dont lui-même derientle prodA Le contrat fait la coutume et , par elle » nous entoore avant le berceau, et nous eiichalne de nulle mamèrek pendant la vie. Après Tavoir subi d'abord sans le con* naître, enfants, nous en pressentons instinctivement les lois essentielles, et notre raison les affirme en se formant. Nous reconnaissons et nous assurons son empire tout entier par l'acceptation des biens qu'il nous donne; nous en professons la vérité dans toute la suite de nos jugements et de nos actes, que l'habitude et l'exemple déterminent. EnGn , devenus hommes (coin-
(1) Une Dation fait exception à cette loi : la nation juive, cdb entre toutes qui a le plus explicitement adopté la forme d*UDe illiance entre le Peuple et Dieu, et dont l'énergique titalîtè a eependait égalé ÙL cerlaina égards l'œufre sociale des races les plus émancipées. Mais ce qui saufa la Judée, ce qui fit sa grandeur, c'est d'abord qoe sa loi religieuse Tut elle-même une loi humaine, nullement couçoe et ▼ue d'une autre destinée que la destinée terrestre. Ces! ensuite qaa son principe théocratique n'aboutit point à la constitution d'un a* cerdoce investi de grands pouvoirs. Cette double particularité est h clé de tout ce qui saisit d'admiration rhistorien impartial en préseace dn monde hébreu.
l'autorité, la liberté. 551
bien ne franchissent jamais ce passage 1 ] , nous pouvons et devons dominer, posséder, ce qui nous dominait et nous possédait. Le précieux dépôt reçu de nos pères, et que nous devons transmettre à nos fils, sera, si nous voulons, en notre puissance. A nous de Taccroitre ou de le transformer, sous notre responsabilité personnelle, dans la mesure où il est donné à un de modifier les relations et les destinées de tous.
Le propre de tout contrat $ocial, en tant que prindpe de coutumes , de traditions et de lois , confiées à l'honneur et à la vertu , défendues au besoin par la crainte, parait être de constituer une autorité. L'autorité, telle est bien la plus haute notion que nous puissions nous en former, indépendamment des pouvoirs accessoires et de nature variable dont certains peuvent être investis pour la soutenir. Mais, vis-à-vis d'elle, appuyé sur le contrat personnel qu'il s'est fait, et qui souvent sera contraire à celui qui régit le peuple, tout homme peut poser la liberté en sa personne. Ici se trouve, dans la liberté de jugement et de croyance, l'origine profonde de la liberté civile et politique. Le contrat -social, quelque fortement établi qu'on le suppose, ne saurait jamais emprunter sa légitimité que du consentement actuel dés membres de la famille humaine. Donc tout contrat de ce genre est une synthèse de l'autorité et de la liberté , ou cesse d'être strictement obligatoire.
L'autorité est un principe de religion, qui suppose les hommes liés et les envisage comme Un. Cet Un est une
totalité, rhutnamté méine, fîcliveaient réunie malj 868 divisions, fictiTQment étendue à tous les temps, put» opposée à chacun de ces hommes individuels, unités Téritableset concrètes, Eâsenliellemenl abstraite, quaod on la prend dans sa rigueur, Tautorilé ne saurait £tre uo pouvoir efTectif* ni produire des eûets de coniraictf& Pour lui donner pouvoir et sanction^ les hommei i*m haute antiquité (cet esprit ancien a Gonserré de Mi racines dans le monde) imaginent un type onirendlA; conscience et de vérité, divin par rorigine, humain p«r les effets, car ils le feignent représenté par une # plusieurs personnes appelées à commander aux aoMl L'autorité est alors loi vivante, et se communique ou « transmet par ceux en qui elle réside, La liberté de quequesuns assume en soi la monstrueuse représentatîoa de Tautorité, son contraire logique, 11 peut arriver aussi en tout temps que les divisions nées de Texercice delà liberté naturelle obligent les hommes i l'abdiquer de gré ou de force, pour se placer sous le joug commun d'une volonté unique. Religieuse ou politique dans son principe, et de quelques noms qu'on la décore, cette fiction de l'autorité en vient rapidement à n'être que ta force pure, vis-à-vis de ceux qui, l'ayant sondée, refiisent de s'y soumettre. Ainsi, l'autorité vraie n'étant pas réalisable, parce que de fait l'unité n'est point donnée en face de l'individu, parce que l'unanimité est une chimère et la majorité un témoignage de la division, parce que l'homme type n'existe nulle part et que les dienx ont des hommes pour truchements , on intronise l'autorité fausse, qui n'est que la fiction grossière d'une fio»
l'autoritë, la liberté. âô3
tîon ; la religion se fait contraignante et exlernoiinatricG, . en attendant d*ôtre contrainte ou exterminée , et l'état ï social est une guerre sourde qu'il est enjoint aux vaincus i de reconnaître et de bénir comme l'éternelle paix. La liberté est un principe de scission. Elle consiste d'une manière générale dans le droit de tout homme de , donner ou de refuser son consentement « selon ses lujnières et le sentiment qu'il porte en lui , à l'ordre de Téritës et de pratiques qu'une autorité quelconque lui propose. Ce droit est réel, inévitable, même vis-à-vis de raulorîté vraie et en tant que celle-ci se révèle, car il iautbien que la personne adhère, consente, veuille. Cest elle qui veut, c'est donc toujours elle qui prononce CD dernier ressort. Et c'est encore elle, d'un autre côté, qui fait la dignité et l'essence môme de l'autorité , laquelle ne serait rien si elle n'avait son siège dans une certaine conscience. Mais un homme ne peut se prendre pour le type unique et invariable de la moralité. N'est-il pas fonction partielle de l'ordre social où son existence est enveloppée? Ne tient-il pas toujours compte de Tesprit et des croyances d'autrui? Et ne pense-t-il pas se déterminer conformément aux lois générales de la conscience, c'est-à-dire sur le critère deJ'autorité uni- Terselle, alors mémo qu'il résiste à l'autorité prétendue? fofio, tant que la liberté divise, et elle divise nécessai- \ lement ou sur un point ou sur un autre, elle est réduite \ i porter sur ses plus solides résolutions une certaine ombre de doute, aussi légère qu'on voudra selon les cas, mais réelle, puisque la fin dernière des, cœurs et des iotelligences suppose le bien un, la vérité une.
5S4 CONFLIT DE L*AUTOniTË ET DE LA LIBERTE.
La vie d'un homme, élevé au-dessus de Tempiib im habitudes, présente un balancement continuel des principes d'autorité et de liberté. Examiner, critiquer, admettre , rejeter, proposer, sanctionner, sont des fimo^ tions essentielles de l'existence morale. Toute consdenee ] est pour elle-même le théâtre de luttes semblables <iiii, h plus forte raison, doivent éclater entre des consden» t diverses. L'histoire de l'humanité offre donc à son toor une série d'oscillations de l'autorité à la liberté, ov. pour mieux dire, entre des groupes inégaux de libertés^ I déterminées en divers sens. De là naît la loi des nugo-^ rites, moins barbare que celle de la force pure, et iptti n'en est pourtant qu'une sorte d'application padfiqii&!)! Une première synthèse de l'autorité et de la liberté s'A-'j bauche au moyen de cette loi, mais combien grossière-* ment , et au prix de quelles erreurs et de quels sacrifices, on peut en juger par le fait seul des vicissitudes historiques des opinions victorieuses ou vaincues, en« suite par l'inaptitude ou la corruption de certaines majorités trop peu libres, et par le triste recours à la force de certaines minorités opprimées.
La loi des majorités ne peut s'organiser dans un état, sans que le contrat qui lie les citoyens devienne en grande partie explicite et formel. La reconnaissance de la liberté dans une certaine mesure en est nécessairement la suite, et la véritable essence de l'autorité tend à se fçire jour. Sans doute il y a loin de ce système informe et souvent rebutant, où telles questions de raison et d'obligation morale se tranchent brutalement par le nombre des voix, tandis que l'aveugle coutume et des
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I dominants continuent de soustraire à l'action berté beaucoup de faits sociaux qui seraient de isort; il y a loin jusqu'à l'établissement d'un con-
l'autorité et la liberté ne se feraient que leurs us tes et nécessaires. Mais du moins un usage gé de la discussion et du vote, joint à l'élévation ssive des esprits de ceux qui y prennent part,
devoir conduire à la fin les hommes à la reconice de cette première des vérités sociales : que ité imposée ne doit point s'étendre au-delà des I universellement avoués par les consciences lit que tout le reste appartient à la liberté, c'est-à- I doit s'ériger en autorité dans ces mêmes conss que moralement et sans aucune espèce de nte (4).
les contrats historiques, dans leur passage de et à la raison, et des temps de l'habitude et de la lure à ceux où dominent la discussion et la loi plus tard à travers les développements de Tintel-
et des affections humaines qui les modifient, \ simples essais d'un contrat définitif idéal, dont 3sance confuse est donnée primitivement dans ïe, et dont l'acte plein ne saurait se trouver qu'au me de ses lents progrès vers la perfection de sa . Il est donc inévitable que le contrat, quel qu'il !gle des points de droit et de devoir étrangers à
i chaque mot soalè?e des questions graves et délicates, que MIS même à indiquer en traitant de la certitude, mais qui se iront dans mon Essai sur la morale.