‹ Essais de critique générale (volume 4)Chapitre 139 sur 193 · DÉFINITION ET GENRES DE LÀ PROBABILITÉ MOBILB · texte numérisé non relu

DÉFINITION ET GENRES DE LÀ PROBABILITÉ MOBILB

rautorité jouent dans quelques sciences, et des éléments d'opposition qu'elles peuvent rencontrer, pour n'attribuer à leurs conquêtes qu'une valeur de probabilité morale, il faudrait remarquer du moins que cette haute probabilité est de celles qui se transforment graduellement en certitude acquise pour tous les hommes libres.

Au reste, on doit se rappeler ce qui a été dit de la certitude, de la possibilité extrême du doute, et du principe moral inhérent à toute affirmation quelconque.

La probabilité morale, ou la crédibilité que je nomme ainsi, porte sur deux classes de faits : les faits humains, objets de l'histoire et des tribunaux, les faits d'ordre universel ou cosmique, qui surmontent l'exploration régulière des sciences, mais sur lesquels il est impossible à l'homme de ne point spéculer, quand sa desli-' née entière y est engagée, quand l'idée même qu'il se forme du but de son existence présente en dépend essentiellement.

Il n'entre pas dans mon plan d'étudier les probabilités historiques, non plus que celles des témoignages et des jugements. On a des traili^s mulhémaliques sur ces matières, très imparfaits, il est vrai, pour l'analyse dos élémenls moraux, mais que l'on ne peut songer h compléter que par l'élude approfondie de la philosophie de l'histoire, et de la morale, et de la politique, en un mot des questions mêmes où ces élémenls liennenl la première place. Je remarque seulement, quant à l'histoire, que le calcul fait de la probabilité des cas les plus probables (avérés comme tels) ne saurait jamais représenter leur crédibilité réollo tout erilièrc. Ainsi la plu-

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part des grands faits historiques, rexpédition d'Alexandre, par exemple, se prësenlonl à nous avec un degré de force que nous qualifions do certitude, et qui surpasse en effet la valeur numérique de leur probabilité proprement dite, quelque élevée qu'on Tassigne. C'est que 1& ob nul motif de doute ne vient ébranler sensiblement la volonté, la conscience est affectée d'une disposition nécessaire à la croyance entière et sans réserve. Au contraire, une réserve quelconque serait impliquée dans le consentement de celui qui accepterait pour mesure de sa croyance une valeur de probabilité, si rapprochée qu'elle fût de l'unité, mesure de la certitude.

J'inclinerais à faire une remarque inverse au sujet de la probabilité des décisions de justice. Il s'agit ici d'appréciations toutes particulières, fondées sur des témoignages trop souvent contradictoires, sur des indices qui ont plus d'une fois trompé l'accusateur et le juge. Plus l'homme s'éclaire, c'est-à-dire devient capable de réfléchir et de concevoir plus de possibilités diverses, plus il se montre réservé dans l'affirmation des faits que la prévention, Timagination passionnée, l'ignorance altèrent ou obscurcissent de mille manières. L'histoire a ses fondements sur des suites concordantes de faits très étendus, que des milliers de témoins ont plus ou moins immédialemonl touchés ou ressentis, puis contrôlés, puis transmis par une multitude de filièros diverses, et dont la probabilité a dû se multiplier par le consentement de tous et par l'cxamon d'un grand nombre. Mais les faits très particuliers ou individuels dont la constatation est dévolue à quelques personnes, et qui

SGi DËPIMtrON ET GKKRBS OB t ritOBAIIILITt HOUll.

de leur nature ne marquent point de Iraoes sur général des choses, exigent une analyse délicate «I précautions minutieuses pour atteindre dans tant soit peu complexes, au milieu du trouble causé Tintérêl, la passion ou le préjugé, une 'lucidité et la pleine satisfaction de la conscience. Ce degcié créance, que le monde appelle Tolonliers certitude florale, passerait plus souvent pour une incertitude r^ si d'une part les booimes étaient plus scrupuleux» jijik l'autre ils n'éprouvaient une véritable uécessilé pitique et sociale de croire en leur pouroir de démSsik vrai.

L'autre partie de la probabilité morale est essenlid lement de mon sujet. Je veux parler des spécutatto» sur le monde cl sur Thomme, sur Tordre des causes d desGns» sur les destinées des êtres» mais de ûelles^tàsatlement dont le cbamp reste ouvert après que nousafODs banni la fausse certitude, réfuté les chimères ontologiques et lu métaphysique des inFinis, L'c^iude des fonctions humaines et Paualyse abstraite des fondemenlsde ratTirmalion nous ont préparé les éléments d'une philosophie des probables. J'ai donné de cette philosopitie et de sa méthode un premier aperçu, en traitant deli liberté, quejetrouvms impliquée dans la question de 11 œrtitude« et, avant, dans la critique même des fonclioi» de la volonté. J'essaierai maintenant de la mettre a œuvre» en m'enfermanl strictement dans les Hmiles è la raison générale, et appelant à mou aide les iodP^ tions convenables tirées de la nature humaine et du prio* cipede moralité qui on osNe premier moteur

TUOISIÈME PARTIE.

us PRODABILITËS TOUCHANT l'oRDRB MORAL DU MONDE.

l'immortalitë, la liberté, la divinité.

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