‹ Essais de critique générale (volume 4)Chapitre 14 sur 193 · ANIMISME · texte numérisé non relu

ANIMISME

fonctions passionnelles et des fondions volontaires, en un mot de la loi de personnalité; mais nous observerons qu'entre les deux séries de phénomènes qui y sont reçues, il n'y a pas place pour les fonctions vitales. On les range parmi les modes mécaniques. De là, la théorie des animaux pures machines et de l'homme machine, raison à part. Sans doute ce serait œuvre de science que de découvrir les lois de figure et de mouvement . étroitement liées aux lois de l'organisme dans toutes ses modifications, puisqu'elles sont les plus simples, les mieux connues et les seules susceptibles de mesure. Mais, de ce qu'on assignerait le mécanisme correspondant à chaque fonction (progrès immense), on n'aurait pas réduit cette fonction à ce mécanisme ; et on ne l'espère point sans absurdité, c'est-à-dire sans confondre des faits manifestement hétérogènes. Descartes n'a eu cette prétention que parce qu'il plaçait au-delà des phénomènes, dans la substance première, un principe de ce qu'il y a d'intentionnel ou d'ordonné pour une fin dans les développements organiques. D'ailleurs, on ignorait de son temps un grand nombre de faits qui motlent en évidence l'antagonisme des lois vitales et des lois physico-chimiques, et l'hypothèse des tourbillons était très commode pour tout expliquer, quand on se permettait d'en imaginer autant de nouveaux qu'il le fallait sans consulter l'expérience.

Stahl, auteur de l'animisme, prit un parti contraire. Beaucoup de philosophes et de savants croyaient encore à l'existence d'une substance, l'âme raisonnable, entiè-

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remenl différente du corps, capable d'exercer des actions sur lui comme d'en recevoir. Au regard de la doctrine anciennement reçue, la thèse de Stahl ne présentait rien de bien étrange, et elle avait du moins ce mérite de ne point ajouter d'entités à celles qui étaient déjà autorisées. Puisque l'âme est une cause efficiente et un principe de finalité, puisqu'elle est en rapport avec le corps pour le mouvoir en vertu d'un but, et pour subir elle-même des modifications par l'effet des mouvements communiqués du dehors, pourquoi ne posséderait-elle pas en outre une faculté plastique antérieure et dominante? Et que trouve-t-on de plus absurde dans celte hypothèse que dans l'autre? ta môme âme qui sent, pense et veut, selon Stahl, existe primitivement dans le germe du corps qui a la vie en puissance et le fait être ce qu'il est, dirige ses évolutions vers l'organisme qui doit être, le gouverne et le conserve une fois formé. Il est vrai que la conscience, présente aux fonctions de l'intelligence et de la sensibilité, est étrangère à celles de la vie organique. Ces lois s'ignorent mutuellement, quoique les premières soient la connaissance môme, et que leur principe soit un. Mais là môme est la différence des fonctions, et Stahl n'entreprend pas de la nier. S'il devait s'ensuivre une diversité originelle des causes, leur communauté résulterait tout aussi bien de ce qu'il y a d'identique des deux parts, je veux dire de cet élément de finalité qui parait dans les deux ordres de phénomènes. L'instinct des animaux est une sorte de conscience, et aussi une sorte de disposition organique constante et infaillible;

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on peut y voir la (ransilion des fails de la finalité organisatrice aveugle, à ceux de la finalité intellectuelle et raisonnée. Le partisan des substances et des causes substantielles, qui se fonde sur la nature hétérogène de la constructivité plastique et de la représentation raisonnée, pour les attribuer à des causes diverses, n'aurait pas moins de motifs d'introduire une cause propre de la passion, une de la volonté, et forganisme se scin< derait de son côté comme fentendement du sien. L'antiquité a souvent procédé de cette manière. Ainsi la ré* futation de fanimisme demande d'autres principes que ceux des écoles idologiques.

La faute de Stabl est d'avoir spéculé dans une voie désormais impossible, faute excusable en présence de la direction vicieuse que les cartésiens donnaient à la physiologie, au travers de l'arbitraire de leurs hypothèses mécaniques. Mais tandis que le cartésianisme» après tout, retranchait plus ou moins explicitement les substances et les causes du milieu des phénomènes dont les savants devaient se proposer d'étudier les séries, l'animisme revenait à l'hypothèse paresseuse 'des forces plastiques, en les identifiant avec les âmes. Au talent près, dans la mise en œuvre, et sauf quelque simplification apporU^e à l'ancien système, il s'agit toujours d'une méthode dont l'esprit consiste à expliquer chaque phénomène par une cause substantielle placée dessous et tout exprès. C'est ainsi que certaines religions mettent sous chaque élément un dieu.

Voici maintenant en face du médecin philosophe le

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philosophe généralisateur, celui-ci de la ligne cartésienne, Leibniz. Il se pose la question capitale de la communication des substances, demeurée sans solution et pour laquelle il n'en est pas de possible. Il la supprime. Au lieu de celte vaine imagination de la cause substantielle et transitive que Tidologie voyait d'abord partout, et que la métaphysique ramenait toute à Dieu^ faute de l'entendre en la plaçant quelque part dans le monde, Leibniz suppose une harmonie primitivement donnée entre des êtres primitifs. J*écarte la théologie, ce qui est facile dans cette doctrine. L'harmonie et les lois sont termes synonymes. Ce sont donc enfin des lois que nous envisageons dans le monde. Mais que sont les ôlres essentiels et primitifs ? Ils ne sont point matière : la matière comme substance est éliminée. Ils ne sont point des dnies, car l'acception vulgaire et môme philosophique de ce mot s'évanouit dès qu'on n'admet point des choses qu'il faille animer. Les monades sont de véritables êtres ; on les conçoit à l'image de. ceux qu'il est le mieux donné d'observer et comme composés des mêmes éléments que ceux-ci, mais à divers degrés d'atténuation ou d'intensité : une certaine force, une certaine perception, un certain appétit. Ces êtres sont en un mot des centres de représentation. Il est vrai que Leibniz les nomme encore des substances, il les qualifie de simples, et sur celte simplicité il raisonne. C'est la dette payée aux idoles, et ce n'est pas la seule. Mais enfin la nature apparaît sous un nou^ veau jour plus conforme h la raison, aux probabilités, aux cinp'r*.'*îî^'^- ''■^rî*'*'»!f>w

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Les difficultés pour la doctrine de Leibniz sont de deux ordres : difficultés générales ou de principe, elles roulent toutes sur les notions anciennes de cause et de mbstance, d'esprit et de matière, et le philosophe n'aurait pas eu de peine à s'y soustraire, si lui-même n'avait admis ces notions, ou paru les admettre en les modifiant, et tenté d'ériger sa conception probable du monde en une démonstration à priori des essences pures, simples, absolues, hors de toute condition d'espace; difficultés physiques, il fallait assigner les rapports effectifs des monades dans la série des phénomènes et frayer le passage d*une métaphysique absliaite aux réalités mécaniques et physiologiques. Ici rembarras est grand. Les monades, points viétaphysifiiet, atomes de substance, n'ont aucune étendue indinduellement; cependant Leibniz demande que leur assemblage total forme le plein et qu'elles existent en nombre infini. Le plein est un mot obscur pour qui définit Tespace, un ordre des coexistants ; le nombre infini, contradictoire en lui-même, étonne beaucoup plus delà part du géomètre qui regardait le tout infini actuel comme un labyrinthe inextricable où les mathématiques ne devaient pas s'engager. Mais sans le nombre infini, le plein de monades n'était pas possible, et itns le plein de monades il semblait qu'on n'eut plus ai matière liée, ni contact, ni effets de mouvement, plus iemécanique. Boscovich, habile mathématicien, pennréminent, voulut corriger ce vice choquant du sysline. 11 considéra, pour cela, les monades leibniziennés comme des forces pures données on des points ma-

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thémaliques, situées dans le vide, et animées par les vertus attractives et répulsives de l'école de Newton. C'était là précisément interdire à la science Tancien point de vue mécanique des phénomènes. Nous reviendrons ailleurs sur cette intéressante hypothèse.

Le passage de la monadologie à la physiologie n'était guère plus facile pour Leibniz. Les monades se hiérarchisent; il en est de dominante$ qui ont des corp$, c'est-à-dire auxquelles sont adaptées d'une manière particulière des masses d'autres monades variables dont elles possèdent plus expressément la représentation. De là les êtres vivants. Ces corps sont des composés organiques, des machines naturelles, et cela jusqu'à leurs moindres parties quelconques ( par oppo* sition aux machines artificielles dont les parties hétérogènes ne sont elles-mêmes formées que de parties homogènes). Lorsque la monade centrale est une simple entéléchie ou perfectihabie, douée de perception et d'appétit, mais confus, l'être est simplement vivant; lorsqu'elle est âme, douée de conscience distincte et de mémoire, l'être est ce qu'on nomme animal. Les âmes, enfin, agissent selon des lois téléologiques, par voÎ6 d'appélitions, de fins et de moyens, tandis que les corpfl organiques suivent les lois des causes efficientes, on des mouvements; et ces deux règnes de la causalité sont harmoniques entre eux, sans influx,^ans activité transitive des âmes sur les corps et des corps sur leç âmes. On chercherait vainement à se rendre compte par cotte théorie de ce que les fonctions organiques oiH de particulier, et des modifications qu'elles apporteni

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aux lois physieo-chimiques. La nulrilion, la circulalion, non plus que la forme propre aux corps organisés, ne s'y trouvent éclaircies. La domination d'une monade sur la masse affectée à son corps n'est pas définie nettement; et Ton ignore comment il se fait, dans la nutrition, que des monades quelconques passent sous la loi organique, et que d'autres, un petit nombre d'élues , dans la conception , traversent Tétat sensitif animal, pour s'élever jusqu'à la représentation rationnelle. Sans doute c'est à l'observation qu*il faut demander la connaissance de ces lois, ou de ce qu'il est donné d'en obtenir, et on ne saurait prétendre que la série entière des phénomènes doive se déduire d'une Tue générale des êtres. Mais il est permis d'exiger que le philosophe ne laisse pas un abîme infranchissable entre le domaine universel et le domaine physiologique. Cet abîme existe tant que les monades se conçoivent simples, sans étendue, sans parties dans l'espace, et que les composés sont au contraire soumis à toutes les conditions de l'existence sensible. D'un c^té, 5*est la prétendue essence, que nulle représentation l'atteint; de l'autre, c'est l'infini de composition, conradictoire. Dans l'essence siègent l'appélition et la force, mais sans action sur le dehors, ni du dehors sur iWe; et les mouvements, les modifications passives inelconques, s'expliquent non comme des rapports de ^usalité dont il suffirait de constater la vraie nature )ar l'analyse, mais comme des a(?tes disposés primitirement en une seule fois par cetlo autre unité simple, flernelle, absolue et cause de loules les aulres, en qui

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