‹ Essais de critique générale (volume 4)Chapitre 147 sur 193 · SI LK8 ÊTRES ONT DES DESTINEES INDIYIDUELUS · texte numérisé non relu

SI LK8 ÊTRES ONT DES DESTINEES INDIYIDUELUS

maintien des espèces. Il est clair que cette dernière fin suppose en partie les fins individuelles, mais en se les subordonnant, et seulement jusqu'au point précis où Tindividu a vaqué dans une certaine mesure à ses fonctions génératives.

C'est ici le lieu de formuler dans les termes les plos universels possibles la question qui est l'objet principal de ce chapitre : Peut-on tirer une induction légitime, de la destinée connue et partielle de certains êtres tudividuels, à une destinée générale et indéfiniment pnh longée de ces mêmes êtres ? La légitimité dont je parie est une légitimité morale et pratique, la seule que nous puissions et devions reconnaître selon notre théorie de la certitude. Quant à la destinée générale que j'envisage, elle aurait, pour mériter ce nom, ce caractère d'é* tendre les fins propres des individus au-delà des phé^ nomènes actuellement sensibles, au-delà de la mort, qui semble les terminer en décomposant les formes individuelles elles-mêmes. Alors certains individus futurs, composés par des lois maintenant inconnues et dont Tappli^'ation même nous échappe, produits sous des conditions d'espace et de temps que nous ignorons, présenteraient à l'observateur possible une série de fonctions constituantes, qui seraient la suite et le dé* veloppement des fonctions jadis observées dans les individus détruits.

Contre toute induction de ce genre s'inscrit d'abord un préjugé puissant, l'adage si souvent répété: «La « Nature crée les individus, comme tels, pour les <t anéantir : elle prodigue les germes afin que de nou-

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« Veaux individus tout pareils « échappant aux causes « destructives , en suscitent d'autres à leur tour avant € de s'effacer ; ses préférences, ses fins, l'objet de sa € préoccupation uni^que sont les espèces, la perpétuité « des espèces. )> Hais qui nous prouve que les espèces sont perpétuelles et non pas simplement longèves? La terre en a vu périr. Nous en avons sous les yeux qui tendent à disparaître. Noire globe a subi des révolutions qui furent en même temps des phases de production et de destruction de nombreuses familles d'êtres. Une induction, cette fois très probable, on ne le contestera pas, doit nous porter à penser que les espèces actuelles auront leur jour de périr; et il n'importe guère ici que ce jour soit éloigné ou prochain. Avouons donc que si la Nature ne prend nul souci des individus, elle parait ne point porter aux espèces mêmes un intérêt suffisant. Ou, si le principe de ûnalilé, qui nous tient au cœur plus que bien des philosophes n'en conviennent, engage à croire que les espèces ne sont pas sacrifiées dans le plan définitif de l'univers, dans son ordre le plus profond, reconnaissons aussi qu'une certaine perpétuité des individus n'y messièrait pas.

A cette hauteur prétendue où certain panthéisme veut que notre esprit s'élève dans le mépris de l'individu, phénomène transitoire, et jusque de l'espèce, manifestation partielle , variable , emportée dans le flux éternel de la grande Vie , que reste-t-il qui puisse être un digne objet du sentiment de l'homme et un point fixe pour sa pensée? La Maïa brahmanique fil le désespoir des bouddhistes qui embrassèrent le néant pour leur

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