L*I1III01TALIT£ SKLON LA RAISON PRATIQUE DE KANT. S
intelligible où la spéculalion n'a jamais placé que dioses incompréhensibles , lois dont tous les éléments échappent à Tentendement? Enfin , s*il n'est pas démontré , et il ne Test pas , et la possibilité contraire peut Tétre, quele lien du bonheur et de la vertu, garant du souverain bien, n*est nullement concevable dan$ le monde sensible et phénoménal , étendu autant qu'il le faut dans l'ordre latent et dans l'ordre futur de l'expérience possible, le moraliste qui nous leurre d'un ordre de choses différent ne va-t-il pas perdre la morale dans les chimères d'une métaphysique dont lui-même nous apprit jadis à sonder la vacuité profonde?
Kant raisonne encore ainsi, et le vice de quelques parties du sorite ne nous empêchera pas d'en reconnattre la force et la justesse, après eorrection ;
La pleine conformité des sentiments de l'être raison^ mble avec la loi morale est une condition du souverain bien ; cette perfection est un idéal, la sainteté, que nul de ces êtres n'atteint dans le monde sensible ; elle ne saurait donc se réaliser que par le progrès indéfini de ragent ; ce progrès n'est lui-même possible que par la continuation personnellement identique du même être niaonnable; donc le souverain bien ne peut se réaliser pratiquement que dans la supposition de Y immortalité ie Tâme qui est ainsi une hypothèse nécessaire de la raison pratique (t).
la correction est facile ; pour que Kanl ne l'aperçut pas le premier, lui qui unissait au plus solide rationa-
(i)Kaiil. Critique de la raison pratique, ibid.
596 LÀ pmifiTC sBLon Li luisoii putiqoi Btciitt.
lisme, un sentimeat plus profond qu'aucun de s» à vanders des coodilions empiriques de la oonnaiMW il ne fallait pas moins que raccumulation des pr^mh psycho-théologiques de taat de siècles» pendantlesq|iA la négation aveugle avait seule répondu & FaffiiMfiK éblouie. Remarquons donc que la conformité des nCments de Tétre raisonnable avec la lei morale i^«l point impossible dans te monde sensible en génML mais que le monde sensible où elle ne se reneoili point est plutôt le monde actuellement $enti, Mp minime portion de Tordre phénoménal , où il non est donné d'étendre présentement nos perceptions. B ajoutons : Vimmortalité de rame, condition nécessaiie de la raison pratique* n'a rien de commun arec Y4mi, essence purement intelligible cl en soi des mélaphj5h ciens. rien, que par reflet d*une hypothèse arbitraire, bizarre, grossière à sa façon, des abstracteurs de substances. Il faut se représenter rimmortalité comme donnée par le développement des phénomènes, sous Aeslà générales aujourd'hui inconnues. Et quoi qu'il en s«t de l'hypothèse physique, dont je m'attacherai bienlôli édaicir la nature, l^immortaUté, h laquelle concluent m» prémisses morales, doit d'abord s'énoncer de la manièff la plus large. Or la formule sera générale et i lato très nette , sans impliquer une vaine ontologie , quand elle exprimera le fait môme que Kanl a bien su dé(iiur> et ee fait seul : la continuation personnellement ide»tique du même Hre raisonnable.
IjR démonstration pratique de Vexisience deDieM,
LA DIVINITË SELON LA RAISOiN PRATIQUE DE KANT. 597
telle que la concoil Kanl, tombe devant une objection toute semblable, et est aussi de nature à se transformer par une semblable généralisation. £xposons-la brièvement :
La félicité d'un être raisonnable suppose l'harmonie de la nature avec le principe de la volonté de cet être et avec la totalité de ses fins : cette harmonie, dont la raison pratique impose la ncfcessité, ne résulte pas de la loi morale, qui n'a nul égard à nos désirs ni à la nature, et n'est point la cause de celle-ci ; pour la rendre possible, il faut donc la supposer garantie par une cause de l'univers distincte de la nature ; cette cause suprême doit donc être conforme à la loi morale, à l'idée de cette loi et à la moralité même ; elle doit donc avoir intelligence et volonté : elle doit être Dieu, auteur intelligent de la nature, bien souverain et primitif qui seul rend possible le souverain bien dérivé ou meilleur des mondes. L'existence de Dieu, dont la raison théorique n'admettait que la possibilité, est enfin un postulat nécessaire de la raison pralicjue, c'est-à-dire l'objet d'une foi nécessaire, mais d'une foi rationnelle pure (1).
L'emploi de la cause transcendante et bypermétaphysique, la machine de la création, si hétérogène àl'entendement, viennent s'ajouter à la supposition des êtres surnaturels et non sensibles, pour rendre toute cette argumentation bien étrange. J'admets l'harmonie de la nature avec les fins des êtres, et avec la loi morale, qui pose la plus essentielle de toutes pour les êtres raison-
(I) Kaui. Critique de la raison pratique, V 1, 1 II.
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nables. Cela fait, que peut exiger de plus la raison pn tique? Mais rexpéricnce, dira-t-on, semble contredir celte harmonie. Si elle la contredit en effet, et sans re tour, si nous le croyons ainsi, il n*est point d*hypothè» qui puisse nous sauver sans détruire cette nature enm mie. Hais voulons-nous suivre Eant jusqu^à établir, su l'inanité des êtres naturels et des lois naturelles, le règn des essences intelligibles et morales (1) 7 Si, au contraire jem^expliquehypothétiquement la désbarmonie coma» transitoire, et comme tendant elle-même à une fin bar monique, en vertu de lois qui règlent les phases lateota et futures du développement des êtres, et dont les efiM profonds ou éloignés m'échappent, quoique naturèL aussi, que puis-je espérer de plus de la raison pom autoriser ma croyance en une destinée bienheureuse des êtres moraux et en l'accord de leurs lois proprei avec les autres lois de l'univers î II y a deux méthodei qui étendent (je ne dis pas qui certifient) celle foi vraiment rationnelle : Tune que les religions trouvent sans peine quand elles embrassent des dogmes anthropomorphiques francs et avoués, nels de toute théologie quintessenciée par où la critique puisse les prendre; celle méthode est irréprochable dans sa sphère , mais peu à l'usage des philosophes, et les hiérophantes onl montré ne savoir pas mieux s'en contenter ; l'autre, qui flotte entre l'anthropomorphisme honteux et la préteo-
(I) C'est là qu'il se voit amené, pour trouver dans la critique 4 fa raison ptire une iolutiondes antinomies, s^ns laquelle il ne.se lait plus permis à la critique de la raison pratique de réublirpoui :on usage des options déiinitivement contradictoires