‹ Essais de critique générale (volume 4)Chapitre 156 sur 193 · LA DIVIMITË SELON LA RAISON PRATIQUE DB KART · texte numérisé non relu

LA DIVIMITË SELON LA RAISON PRATIQUE DB KART

loi morale n*a nul rapport à nos désirs ni à la oatore dont elle n'est pas cause. Elle a, au contraire, une relation étroite avec nos désirs, à cause de Tensemble des sentiments moraux et des affections nobles qui raccompagnent, et sans lesquels elle ne serait qu'une lettre morte que nul homme n'aurait lue et que nul moraliste n'étudierait. Dans son opposition à certaines de nos passions, elle en suppose d'autres et implique le principe de toutes. Il n'y a pas de loi morale sans la corscience d'une fin, point de fin sans la pensée du bien, point de bien sans une passion qui l'appète, point de passion sans des effets produits dans la nature. La loi morale est vraiment cause partielle de la nature dans l'ordre de l'expérience : observée ou violée, elle la modifie en donnant naissance à des faits sans nombre on ne peut plus matériels, et qui changent la face de la terre et des sociétés humaines. Elle la modifie encore dans l'agent , par les changements que les organes de celui-ci subissent à la suite de ses pensées, de ses affections, de ses résolutions et de ses habitudes. Enfin, ces changements vont si loin que l'organisme on éprouve des atteintes profondes, en reçoit la vie, en reçoit la mort, en lient des formes, des figures distinctes durant l'existence, et tout ce qu'on voudra supposer à la suite, dans l'hypothèse d une palingénésie naturelle.

L'intervention de la cause suprême est donc superflue pour garantir une harmonie que Ton peut concevoir sans elle, et, de plus, nuisible parce que l'on ne peut concevoir ni cette cause en soi, ni le monde comme son elfel. Kant démontre la nature personnelle de rélrc

LADlYliNITÉ SELON LA RAISON PRATIQUE DD KANT. (JO I

premier par un argumoiit lU'biileu.v ([u\, s'il rlail ccUiirci , ne pourrait manquer de se coni'ondrg avec Tun de ceux que la critique de la raison pure a renversés. Pourquoi &ut-il, en effet, que la cause suprême soit conforme à la loi morale, à l'idée de cette loi, à la moralité même ? Et si l'on objectait qu'elle doit être conforme à Tidée du mal, aux forces mécaniques , aux actions chimiques, attendu que ces choses-là se trouvent aussi parmi ses effets! Il faut répondre, et nous voici lancés à pleines voiles dans la métaphysique de l'esprit et de la matière, des causes transitives et immanentes, de la liberté comme don de Dieu ou incompatible avec Dieu... Est-ce encore là de la raison pratique? Mais ce n'est pas tout; telle est la perfidie de ces problèmes insolubles, que, chemin faisant , le philosophe dément la pensée Ihéo- Içgique, son guide et son appui : « Si Dieu n'existe pas, dit41 1 le monde n'existe pas moins pour cela et n'est pas moins soumis à des lois. » Ainsi nous pouvons, sans Dieu , nous représenter le monde, c'est-à-dire des lois, c'est-à-dire un ordre, une harmonie. Il ne manquerait à cette inunensilé de merveilles assurées qu'une merveille de plus, mais très logique : la garantie d*un accord complet entre la nature physique et la nature morale déjà liées par tant de rapports. Et notre intelligence refuserait d'aller jusque-là I Après avoir concédé au monde un peu d'ordre , beaucoup d'ordre , elle se troublerait à la pensée de lui supposer tout l'ordre possible ! Elle recourrait, pour l'en comprendre doué, à l'hypothèsc d'un ôtre que, dans le même temps, elle avouerait ne pas comprendre !

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