‹ Essais de critique générale (volume 4)Chapitre 158 sur 193 · RÉSUMÉ DE LA DISCUSSION. 6U · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ DE LA DISCUSSION. 6U

:hache des lois, et rien de plus, la liberté a sa place narquée et toute naturelle, pour la croyance qui la lui roodra faire, dès qu'il n'est point prouvé que les phénomènes soient tous enchaînés par prédétermination. Elle est le principe, elle est le nom des faits de conscience non prédéterminés. Nous ne remontons pas audelà. Mais dans l'hypothèse théologique, il en est autrement. La supposition d'Un Être, dont la puissance et laconnaissance enveloppent tous les phénomènes, exclut la liberté des êtres, et dans l'origine de celle-ci , qu'il iiQt alors concevoir et que l'on ne conçoit pas, et dans tOD existence actuelle qui devient illusoire. La loi momie est donc alors fort compromise. Il se trouve qu'on s'est appuyé sur elle pour s'élever à une hypothèse qui la dément.

En résumé, la doctrine dé Kant nous conduit à cette situation, d'expliquer des phénomènes compris, ou du moins compréhensibles, par des noumènes qui ne le sont point; de poser, pour fondements de la raison pratique, des données d'un usage proprement pratique, dit-il, ou qui n'apportent rien à la théorie, et qui cependant ne sont autre chose que l'existence en soi, et l'unité, et Téternité, et l'infinité, et l'immutabilité, et la causalité première et transcendante d'un principe en même temps personnel, doué d'intelligence et de volonté. Si ce n'est pas là de la théorie, les .théologiens scolastîques n'en firent jamais I II est vrai que la critique de la raison pure a cru respecter la possibilité de cette substance et de cette cause qu'elle rejetait du domaine

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de la connaissance. Mais comment? à la condilion de résoudre les antinomies; et pour solution, elle a pris le parti de réserver la réalité à ce qui ett en soi, au purinconnaissable, et de nier Tuniversalité rationnelle des lob représentatives des phénomènes, auxquelles seules elle avait eu foi jusque-là. Ainsi la raison théorique a préparé le terrain de la raison pratique en formulant, soos le prétexte d'idéalisme transcendantal, un dogme nihiliste à la manière des éléates (I}. Une préparation bien placée eût été le rétablissement, (ùtrce des entités transcendantes, c'est-à-dire des âmes, des corps ou des monades, mais beaucoup mieux la définition positive des individus réels et naturels, des êtres phénoménaux, qoi sont les objets indispensables de la pratique. Les uns au défaut des autres, les substances finies, si ce n'est les êtres positifs sous les lois qui les composent, sodI les personnages nécessaires de la morale, plus encore que de toute autre science. Au lieu de cela, Kant efface de la réalité le monde fini et les lois de l'expérience, comme n'élant rien en soi, et restaure ces choses on soi (que la pratique ignore) pour les destiner à l'emploi de pierres angulaires dans l'édifice de la pratique. Puis le grand rationaliste défend à la raison de s'occuper davantage de ces choses qu'elle ne saurait entendre; il lui en confie la seule surveillance , avec ordre d'en écarter au besoin Y anthropomorphisme (2), c'esl-à-dirc justement tout ce que la pratique pourrait être tenltnî

(i) Y" pour rexamen des anlînomies kanlienncs, mou Premm essai, app. X, p. 596.

(2) Kani. Critique de la raison pratique, I II, r. 2, S 7.

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Vj chercher et dont il a eu soin d'y introduire le prinnpe* Ces singularités, ces hésitations trop visibles, sont [es indices d'un grave éblouissement éprouvé par le philosophe dans la découverte et dans le premier essai ^exécution de la méthode positive.

Maintenant je néglige les vices du système, je laisse les dogmes que Kant a le tort d'accepter des mains des théologiens, j'oublie le démenti que se donne la critique de la raison pure, ainsi que la prétention de la raison pratique à se fonder sans emprunter d'éléments au sentiment ni à Texpérience : il reste encore assez de vérités à mes yeux dans le kantisme, pour que je le déclare la doctrine la moins fausse de celles qui ont paru avant son auteur, et depuis à ma connaissance. Celui qui se nomma lui-même le Copernic de la philosophie méritera toujours aussi d'en être appelé le Colomb. La correction unique exigée par cette première formule du criticisme, du moins toutes les autres s'ensuivent, consiste à borner rigoureusement la spéculation à l'étude de la représentation et de ses lois , sous les conditions deTexpérience possible. Or ce n'est là rien de plus pour le criticisme que de demeurer fidèle à lui-même.

Lorsque j'envisage les lois de l'exercice légitime de la raison pratique, les données et les conséquences du fiiit de moralité dans la conscience, je trouve avec Kant que la loi morale (quelle qu'en soit la formule] implique la liberté. Mais il faut que la liberté, quoique ne comportant pas une démonstration empirique, soit conçue par nous dans le monde des phénomènes, et définie positivement, non comme une qualité occullo de

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