‹ Essais de critique générale (volume 4)Chapitre 161 sur 193 · RÉCAPITULATION DBS PREUVES DE LA LIBERTÉ. G · texte numérisé non relu

RÉCAPITULATION DBS PREUVES DE LA LIBERTÉ. G

oyances, dans les mouvements oscillatoires de la pene, dans les aflirmations délibérées, s'expliquent mieux ur la supposition d*un principe d ambiguité des déterinations, que sous la donnée d^une loi qui, embrasinl le faux et le vrai au môme titre de nécessité , les islifierait également et, pour ainsi dire, les vérifierait.

ô"" Les conséquences morales de Thypothëse de la écessité, dans la vie humaine, ne sont point de nature être appliquées et pratiquées, quoi qu'on fasse. Elles mèneraient une perturbation complète de la conscience tde ses rapports. Au contraire, Thypothèse de la lilerlé est la règle constante de la pratique , et les conéquences morales qui lui sont propres n'excluent point elles qu'on peut tirer de la considération des occasions tdes causes, attendu qu'on ne laisse pas de reconnalre, et les nombreuses lois nécessaires, et les influences xiissantes, éléments partiels des actes moraux les plus Àâdément libres.

?• Lorsque l'homme délibère et doit opter entre des

blutions contraires qui intéressent d'autres per-

3nnes, ou seulement la sienne propre ; lorsque des

iens de nature diverse le sollicitent en sens opposés ;

ue les notions de droit et de devoir, de justice, et les

Bntiments nobles qui les accompagnent, entrent en

itte avec des passions dont l'enlrainement est tout au-

"e, la loi morale se fait entendre. Elle commande l'option

our celui des biens possibles, dont la conscience peut

sgarder la réalisation comme conforme à un principe

e législation générale. Or, ce commandement oblige et

^nécessite point, selon le jugement de la conscience,

610 RÉCAPITULATION DES PREUVES DE l.A LIBERTE.

qui revêt alors, et précisément pour cela, lo caractère sous lequel elle est connue dans Tacception de la langue vulgaire. Si, de deux actes rais en balance, un seul était possible en réalité , la loi morale qui , dès-lors, commanderait celui qui nécessairement sera, défendrait celui qui nécessairement n^ sera pas, ou commanderait celui qui ne sera pas et défendrait celui qui sera, sérail une injonction vaine, ridicule, bizarre, odieuse. La conscience, en ne pouvant se défendre de la poser sérieuse et grande entre les réalités les plus grandes, pose donc du môme coup la liberté réelle. Et elle confirme la foi naturelle dont elle est en quelque sorte possédée, par la signification qu^elle donne constamment à ces modes de la vie morale , illusoires ou dérisoires dans loule autre hypothèse: vœux , regrels , louanges, blâmes, conseils, jugements.

C'est ainsi que la réalité de la loi morale implique celle de la liberté, non que la loi morale soit indépendante deii phénomcncs, (ilqu\ine\o\onlv déterminée par cette loi, c'csl-à-dirc par la seule forme léfjislative de% maximes, comme dit Kant, soit par lA indépendance même, liberté absolue : ni la loi ni la volonté ne possèdent cette indépendance, qui ferait de la loi une abstraction, cl de la liberté dito absolue une sujette dn la loi; mais la croyance a Tambiguité des futurs est iini^ condition derexercice moral de la conscience; et celle-ci se représente à elle-même suspendue, dans sa di»prndance multiple, et a Tégard de la loi et dos aflections qui en sont inséparables, et i\ Tégard de tous les motifs ou mobiles qu'elle s attribue. Telle est la liberté positive.

DE l'immortalité QUANT AOX FINS, ETC. 6H

En résumé, l'usage pratique de la raison, les lois et les mouvements de la conscience morale, sont indissolublement liés à la représentation de la liberté. Si donc les principes de la raison pratique ont un fondement dans le monde, sont des réalités, non des apparences, faits particuliers de la conscience, qui pourraient se trouver en désaccord avec Tordre général, il en est de même de la liberté. Et on voit par là que l'aflirmalion que la conscience fait d'elle-même comme réellement libre est Taffirmation d'unç harmonie entre la conscience et le monde. L'immortalité, la divinité, sont des affirmations semblables. La liberté est la première de toutes, parce que, non-seulement elle conclut à une vérité capitale, et directement inabordable, au sujet des phénomènes et des hjis d'ordre interne ou externe, représentatifs ou représentés, en tant que modes volontaires de la conscience ou liés à ces modes, mais encore qu'elle fonde sur cette vérité môme la distinction logique, la dignité morale, et l'existence souveraine de la personne, l'existence au sens le plus profond et le plus radical. Nous verrons aussi que la liberté affirmée est un élément essentiel des autres affirmations de la foi rationnelle.

Considérons d'abord l'hypothèse de l'immortalité par rapport aux fins de la nature humaine, abstraction faite de la liberté. Nous avons vu d'après quelles inductions d'ordre universel on peut penser que les êtres doués de natures individuelles, disposés pour des fins individuelles, ont aussi une destinée propre où celte indivi-

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dualité se conserve el se développe. La preuve morale est tout autrement forte et précise quand il r'agil de l'homme.

. L'homme n'a pas seulement comme les animaux on instinct de conservation borné à l'enceinte d'un moi presque tout actuel et irréfléchi. Son imagination, sa mémoire, sa raison projettent sa conscience indinduelle dans les régions du temps ; et un sentiment très puissant, le sentiment même de la vie, l'oblige à se représenter la pérennité de celte conscience. Il bâtit sur Unstinct de conservation , ainsi agrandi et raisonné, des systèmes plus ou moins grossiers , et qui restent tels malgré les efforts d'une métaphysique raffinée, pour se rendre compte de son essence pérenne au moyen de ce qu'il appelle un souffle, un esprit, une âme, et delà séparation de cette âme d'avec le corps, et de ses voyages à travers la matière. De là les doctrines de métempsycose et les mylhologies qui s'y rattachent. De là les théories do spiritualité pure el les hypothèses d'élhéricilé physique. Le m^îme sentiment détermine la plupart de ceux qui ne philosophent point, et quelques-uns de ceux qui ne permettent pas à la spéculation de mépriser les conditions matérielles de la vie, à faire fonds sur quelque puissance maîtresse de la nature pour assurer la résurrection miraculeuse des corps. Laissons les opinions et les dogmes, mais constatons le sentiment qui en est le mobile.

Tandis que Thommc , dans le sentiment de la vie, possède sa conscience spontanément et comme àprinn, indépendafiiinent de Tesparo et du temps 'puisqu'il ne

QUANT AUX FINS NATURELLES DE l'hOMME. 613

saurait se la représenter sous l'espèce d'aucun autre phénomène), ce n'est qu'à posteriori qu'il apprend à connaître la mort; et dès qu'il la connaît, il en a l'horreur. L'expérience est d'ailleurs longue à se former : chez l'enfant, elle n'ouvre pas l'intelligence, tant la pensée de ne pas être est étrangère à cet être qui se sent. A l'Age des grandes aspirations du cœur, le transport des passions nobles est accompagné d'une conviction d'immortalité, pleine de mépris pour la nature caduque et ses tristes accidents. C'est la vie à son apogée, plus individuelle, plus personnelle que jamais, qui proteste, en 'Vertu d'elle-même, au nom des profondeurs de sa puiss(\nce encore plus que de l'actualité de son énergie, contre toute menace d'anéantissement. C'est l'indomp* table élan de la pensée à l'heure de sa suprême éclosion, lorsque , concentrée dans un cœur humain , elle s'affirme réfléchie, puis se projette en embrassant le temps. C'est la liberté, la création de soi témoignée à soi, serrée dans siis limites, non élouflee, non pas même at^ teinte et diminuée dans ce qu'elle est, s'élevant à l'espérance d'une victoire future (si au fond il n'y avait paix et non combat] sur les phénomènes ennemis au travers desquels elle a su naître. C'est enfin l'amour plus fort que la mort, l'amour, c'est-à-dire la nature arrivée à la conscience de la passion par laquelle elle est, et s'assurant par cette passion mémo de pouvoir surmonter toutes ses défaillances, elle qui a bien surmonté, pour être, le néant des temps où elle n'était pas. Qu'importe qu'un affaiblissement sensible de l'amour, du la volonté, de la pensée, attende souvent ThoniR". h

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la fin de sa carrière? que dans sa jeunesse même il puisse être atteint d'une sorte de désenchantement vital et d'un besoin de tout oublier et de ne rien sentir ?qu'il s'éprenne d'un goût raisonné pour le néant? plus que cela, qu'il se trouve capable de l'envisager en face, chose difficile et rare plus qu'on ne croit (inadmissible chez celui dont les sentiments seraient pleins de mollesse, les idées plutôt indirectes ou détournées), et qu'en le contemplant il l'appelle? Ni la passion lasse, ni la passion désespérée, ni les intermittences de la vie morale, ni sa décadence ne sont des objections contre l'instinct de l'immortalité. La lassitude conclut au sommeil, non pas au néant ; elle conclut à la mort quand les organes ruinés, le cœur trompé ou flétri, Tintelligence épuisée, la volonté vaincue par l'habitude et l'habitude ellemême odieuse frappent d'impuissance les instruments de la vie présente ; mais le néant qui s'offre alors sous les voiles de la mort n'est que la négation de choses connues et méprisées, non de tout désir et de loule conscience. L'envahissement journalier du sommeil n'iraplique-t-il pas un dcHachement analogue, avec Tespérance du réveil, et du retour des fonctions à leur franc exercice, et d'un heureux succès des événements, et d'une direction meilleure de la volonté ? Si donc l'espérance est au chevet, le dernier jour, telle à peu près qu'elle fut à l'expiration de chaque veille, l'instinct de rimmortalité s'y tient avec elle et la soutient. Si elle n'y est point, mais que le regret amer en occupe la place, ce même instinct se fait sentir, tout combattu qu'il puisse rire par une réflexion dont les motifs ne sont pas in-

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i'aillibles sans doute. S'il n'y a ni espérance ni rcgrel, uifiis paix, repos, inertie croissante, l'absence des passions est un sommeil anticipé qui ne prouve rien contre le réveil. Enfin, voulons-nous supposer la joye désespérée d'en finir, si peu commune chez les mourants et chez les suicides eux-mêmes (les sentiments contradictoires de ces derniers sont instructifs)? alors, de môme que la haine vient en témoignage de l'amour dont elle est la perversion, l'inslinct renversé démontre l'instinct.

A l'égard de tous ces phénomènes, comme de tant d'autres, l'interruption des fonctions est établie par les faits. Or la nature est pleine d'intermittences.et la suppression sans retour d'un ordre quelconque ne se conclut légitimement, ni de l'ignorance de certaines périodes, ni de l'isolement de certaines séries visibles, dont le lien est avec l'inconnu, dont la séparation apparente est un efi*et des limites de nos moyens de connaître.

Posons en fait l'instinct de l'im^morlalilé. Remarquons ensuite et généralisons l'harmonie visible des fins et des moyens de la nature, celle des passions qui dirigent le monde et de la matière des événements qui s'y produisent : nous sommes en droit d'admettre un but afTecté au désir de la vie immortelle. C'est ainsi que nous voyons les passion^ des animaux se rapporter aux fins appropriées à ces passions : la conservation et la reproduction.

En d'autres termes, les tendances de la nature humaine sont des données à priori, desquelles nous déduisons un prolongement quelconque de la personna-

6t6 DB l'immortalité qoant aux fins de la libbrtk.

lité au-delà de la mort, afin que ces tendances ne soient point des moyens dénués de fins, et inscrites en faux contre Tordre général de finalité et l'harmonie du monde. Ensuite des raisons apostérioriques viennent combattre cette conséquence, mais sans rinn de démonstratif : inductions précipitées, tirées de ia décomposition sensible de la fonction quifutThomme, et de notre ignorance de toui en qui résisterait, persisterait ou se recomposerait, au-dessous, au-<lelà, dans les régions futures. Cet argument pris du con connaître estd^une importance Imaginative et passionnelle incontestable, en ce qu'il oppose à un invisible hypothétique, à un futur supposé qui ne pèse rien sur la sensibilité, ces images dé mort, cet anéantissement apparent dont nous sommes très profondément affectés. Mais sa portée rationnelle est faible, car l'ignorance ne permet pas de conclusion, la réflexion ne mesure point l'étendue de Tordre et des fonctions de Tunivers sur le champ si étroit de, nos aperceplions actuelles. Enfin, sa valeur proprement dialectique est nulle aux yeux du logicien qui se rend compte de Tinconsîstanee des preuves négatives. Et ce rTest pas la fastueuse philosophie de Tidenlité qui, confondant le contenu actuel d'un esprit donnif avec l'ensemble des choses réelles ou possibles, pû^ viendra jamais à substituer son hypothèse gratuite à cette autre hypothèse appuyée d'un sentiment inJestruclible.

Considérons maintenant Thomrac avec sa hbcrlé, sims le régime de la loi morale. L'argument de l'iiu-

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