‹ Essais de critique générale (volume 4)Chapitre 170 sur 193 · DB LA DÉFINITION DE DIEU COMMK LOI GÉNÉRALE · texte numérisé non relu

DB LA DÉFINITION DE DIEU COMMK LOI GÉNÉRALE

rinconvénient très grave d'offrir, au lieu d'un ordre vraiment défini par des phénomènes de moralité et de vie, et dans l'harmonie des uns avec les autres, une loi abstraite universelle, ou une certaine totalité de fonctions inconnaissables. De plus, ils repoussent, dans la pensée de ceux qui les acceptent, ce même caractère moral que je considère dans le monde, que j'y crois prédominant et qui m'y touche seul, le seul clair, en effel, et dont toute conscience puisse se rendre compte. Nous sommes dans la plus entière ignorance du système des lois physiques, aussi bien que d'un grand nombre d'entre elles ; si elles forment une certaine unité, autrement que de fait et dans leur conflit actuel ; d'où elles procèdent primitivement, et comment elles sesubordonnent à des fins, nous ne le saurons jamais. Appeler Dieu la loi des lois ou Tensemble des lois, d'un nom qui convient indifféremment à tant de doctrines, atomistiques, matérialistes, panthéistes, d'un nom que repoussent les partisans d'une personnalité suprême, el qui ne dit rien aux autres, n'exprime rien, n'apprend rien, si ce n'est la tendance du philosophe à résoudre nominalement les multiples dans Tun, ce serait adopter un théisme vague, honteux de lui-même et dont Tinlérêt est nul pour la conscience, une autre forme de l'athéisme, en un mot. Mais laisser le Tout et TUn, dont la conception réelle est impossible, la définition illusoire, et, quelle que soit la fonction totale des lois de l'univers, s'attacher par la croyance à l'existence d'un ordre de bonté qui sauve la personne et assure la victoire au juste, c'est aflirmer Dieu, sans autre chose en connaître.

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Ainsi toute ma croyance émane de mon désir et de ma liberté. Mon désir en fixe Tobjet, ma liberté Taflirme après que ma raison en a pesé les motifs. La fin suprême du désir est le progrès dans le bien, la vie durable et ascendante^ l'immortalité, Dieu enfin, assurance externe des lois que la loi de la conscience exige. L'ancien procédé théologique est renversé. Nous partons de nous-mêmes, et de nos passions et de notre loi morale, et nous posons ce qui doit y correspondre au sein de l'univers, afin que l'harmonie soit. Il faut tirer gloire de ce renversement de la méthode qui déduisait la conscience et le monde d'un Dieu antérieurement défîniy mais dont tous les éléments se tiraient des éléments dissimulés de la conscience et du monde. Descaries commença la réforme en jprenant origine dans la pensée personnelle. Puis il fit brusquement volte-face, et prétendit atteindre par la conscience un Dieu où rien de la conscience n'est plus : Spinoza le prouva, et de nouveau régna cette théologie, synonyme de l'athéisme, Kanl chercha Dieu et l'immortalité dans les postulats de la loi morale. Ses successeurs et lui-môme ne se défendirent pas de l'attrait de l'absolu, malgré l'esprit de la méthode nouvelle. Aujourd'hui nous devons avouer hautement la marche inductionnellede nos connaissances et de notre foi, la suprématie des principes pratiques et moraux de la conscience humaine, et enfin l'impossibilité de dépasser* les données de son domaine propre, en spéculant surlemondequi la contient. L'immortalité et Dieu se trouvant alors posés sur un fondement pratique, définis avec la généralité qui peut le plus ex-

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dure rarbitraire, el limités au slrictinlelligiblc, que le veut une concoplioii vraiment morale, ëlrangètt aux pRHendues sublirailL^s du dogme, il n'y a plus qu une seule objectiou possible. C'est cell*^ qui s'attaque iU méthode, non pour rétablir les aprioris de TancienDc métaphysique, mais dans Tiuleution de réduire l'esprit humain a lempirisnteleplus grossier. En fondant Timmortalité sur le désir, nous dira la nouvelle écule hégélienne, vous donnez comme ixai ce que vous désirez td, et pour cela seul; et en réclaniûut la perpétuité de la vie pour vos progrès personnels, dontle inonde n'acure» vous substituez la satisfaction d'une passion à Tordre éternel de la nature. Ici la loi morale et sa grandeur, les harmonies qu'elle entraine sont oubliées, liais supposons que tout roule en effet sur une passion humaine: j'ai répondu d'avance à Tobjeclion, en établissant la signification et les conséquences des faits de finalité dont la nature est pleine, ou plutôt qui sont la nature même et les seuls points connus de son ordre éternel dans le règne de la vie. Avouons donc le raisonnement : nous afiirmons ce que nous désirons, parce que nous le désirons. Faudrait-il plutôt désirer ce que nous affirmerions, chaque fois qu'il nous aurait plu de faire un système? Mais les passions ne s'imposent point, et delà vient précisénaent qu'en leur qualité de faits naturels incoercibles, elles font parler la nature et révèlent ses vues. Nous connaissons nos fins et l'avenir par nos passions, parce que ce sont les passions qui mènent les ^tres à leurs fins, et du passé tirent l'avenir. Toute l'histoire des animaux n'est qu'une application de celle

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^ande loi. Nous qui joignons à Tinstinct de la vie et de ses œuvres, la passion du bien, Tamour de la liberté et de la justice, le besoin d'un progrès qui n'ait de fin que celte perfection que nous n'atteignons jamais, nous voulons aller à la vie immortelle; et parce que nous voulons y aller, nous y croyons et nous y allons. Et en allant à l'immortalité, nous allons à Dieu, qui est le nom du bien dans le monde où se prolonge notre destinée.

Après avoir posé la plus universelle possible des formules de la divinité qui n'impliquent point contradiction, ni ne se réduisent à des idées purement négatives et à une connaissance illusoire, je dois chercber si la notion que je me forme de Dieu permet une interprétation anlhropomorphique, ou l'exige ou l'interdit. Dans le cas où la loi morale et l'ordre de finalité seraient donnés éminemment dans l'univers, en la personne d'un ou de plusieurs êtres supérieurs à tous ceux que nous connaissons, et dont la durée, l'intelligence, le pouvoir, la sagesse, rendraient à la fois suffisantes et assurées les actions productives ou ordonnatrices, l'idée de Dieu deviendrait plus déterminée, conforme aux images que nous sommes portés à modeler d'après l'ex- )érience, accesssible enfin aux esprits que les plus lautes généralisations ne touchent point. Ce déveloplement des croyances humaines, dont l'histoire consite une sorte de nécessité, est-il rationnellement néessaire aussi, ou est-il impossible, ou enfin sous quelles onditiqns le jugeons-nous légitime ?

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