DÉFAUT DR MÉMOIRE CHEZ LES VIVANTS. G
Il faut prévoir une objection à l'hypothèse des deux vies intermittentes : pourquoi n'avons-nous pas souvenir de notre vie antérieure?^ Je réponds : Il se pourrait que la mémoire fût réservée à celle-là et à ses retours, de même que les intermittences de la veille et du sommeil, dans la vie présente, ne permettent une pleine conscience qu'aux périodes de veille. Mais on peut faire une réponse plus péremptoire : rien ne prouve que la conscience, comme nous la possédons, n'est pas pour nous tous à sa première période. L'hypothèse à laquelle nous soumettons l'avenir n'embrasse pas nécessaire^ ment le passé. Certains philosophes ont un intérêt spéculatif à envisager une suite de vies antécédentesg et y sont même contraints. Ce sont ceux qui croient que rien ne commence, et qui, pour toute solution de la question des origines, vont se perdre résolument dans la contradiction du progrès à Nnfini et de la perpétuité éternelle des phénomènes à parte ante. Nous, dans notre ignorance avouée des origines premières, nous les posons cependant en vertu d'une nécessité logique, et, nous trouvant impuissants à fixer le début des phénomènes personnels, nous ne voyons aucun moyen de prouver que leur série remonte plus haut que la vie ac^ tuelle. Au contraire , nous voyons des motifs moraux pour la prolonger, et cela indéfiniment ; et c'est de la question la seule partie qui nous occupe.
La périodicité de la vie de conscience, transportée dans les temps écoulés, ne serait jamais qu'une solu^ lion illusoire du problème de l'existence personnelle, car il faut toujours s'arrêter quelque part et commencer
058 AUTRES nvroTiiÈSEs.
à quelque raomenL Placée dans les temps Tuturs, développée à dater de nos propres phénomènes, comme origine positive, cette môme périodicité satisfait à celles des conditions de Timmortalité dont nous avons connaissance. Aucune impossibilité physique n'y fait obstacle, s'il est vrai que, ne sachant point à priori comment notre organisme correspond à nos fonctions de conscience, nous ne savons pas davantage pourquoi un organisme tout différent n'y correspondrait pas de même, et pourquoi pas deux alternativeoient, ou successivement un plus grand nombre.
J'ai présenté Thypothèse de rallernative^n forçant le plus possible ma pensée pour la mieux faire comprendre. Quand je supposais la compénélration de corps entièrement indépendants et étrangers les uns aux autres, de manière à donner une môme habitation à deux organismes, je cherchais à porter Timagination, pour ainsi dire, à la dernière extrémité du possible, plutôt que je n'avais Tintention de m'arrôter au plus vraisemblable. Mais rien ne s'oppose à ce que le sentiment de Tiinmorlalité se fixe de préférence, en donnant aux deux termes organiciues de ralternative vitale deux théâtres différents dans Tespace, deux globes, par exemple. Cette tendance est aujourd'hui assez commune. Çnfin, au lieu d'une simple alternation, très compatible avec le progrès constant de la personne (et qui, d'ailleurs, pourrait n'avoir qu'un temps selon l'ordre du monde, et faire place à d'autres transformations), on serait en général plus porté a croire à une succession de formes