‹ Essais de critique générale (volume 4)Chapitre 181 sur 193 · CONDITIONS RATIONNELLES D*DNE PERSONNE DIVINE. G · texte numérisé non relu

CONDITIONS RATIONNELLES D*DNE PERSONNE DIVINE. G

mettent les sciences. En un mot, il nous semble possible de croire à la réalité externe du bien, à la destinée pro* gressive des êtres , à la subordination de la masse des phénomènes que nous connaissons et qui nous intéres-* sent, vis-à-vis d*une loi de finalité dont ils sont eux* mômes, et dans leurs rapports nécessaires, à la fois la matière et la forme, sans qu'il soit besoin pour cela de nous forger la chimère de Tuniversalilé métaphysiqut» et absolue des fins, au sein d'une personnalité sans li« mites qui s'en donnerait la représentation éternelle.

Les difficultés insurmontables, c'est-à-dire les contradictions que rencontre l'hypothèse de l'unité inté» grale des fins, dépendent exclusivement du caractère d'absolu sous lequel on ne manque jamais de l'étoufier {Premier essai, § l). S'il s'agissait seulement de poser une conscience générale correspondante à la généralité que l'on peut considérer dans les fins, bornée comme le serait cette synthèse, et ne dépassant point la connaissance possible, alors il y aurait vraiment question. Le problème de la personnalité de Dieu serait limité, intelligible. C'est ainsi que nous l'envisagerons main-tenant.

Nous n'avons plus, pour nous guider et nous déterminer, l'argument qui prétendait prouver la personne de Dieu par les fins de l'univers, expliquer celles-ci par celle-là ; au contraire, nous nous représentons une telle personne comme assujétie elle-même aux lois dont l'origine première et l'essence intégrale sont insondables, et la finalité est une de ces lois. Nous lui refusons les

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attributs infinis de tout genre, et l'éternité antérieure, et l'universalité sans bornes, et la prescience accomplie de rindéfinité des possibles. Nous. limitons ses facultés eu égard à elle-même, afin de pouvoir la comprendre comme intelligence et volonté, comme être fini, parfait ( teleios, non apeiros , nous n'en concevons pas d'autres], dont les fonctions satisfont à des conditions de nombre, de temps, d'espace, etc. Nous les limitons en* core eu égard à nous, parce que notre liberté, que nous croyons réelle, est une borne à son pouvoir et à son entendement; parce que la création qui lui soumellrait cette liberté , quant à l'origine du moins , est une sorte d'imagination abstraite et chimérique indigne d'arrêter un philosophe. Enfin nous avouons franchement ce Dieu, s'il est, pour le premier des êtres, être comme eui. Il aura la perfection de moralité, bonté, justice (n'est-ce déjà assez?), et celle-là n'implique point contradiction. Il jouira de sa vie, possédera ses puissances, projettera ses actes avec une portée d'expérience et d'intelligence extrêmement plus vaste que nous, aussi supérieure à tout ce qui est de nous qu'on voudra le concevoir et qu'il sera possible de le définir, mais pourtant renfermée dans ce qu'il faut de bornes pour que, à force d'abstraction et de généralisation abusives, ses facultés ne disparaissent pas devant les nôtres, tandis que nous penserions anéantir les nôtres devant les siennes. El il disposera des causes et des fins de notre monde, autant que le permettent la liberté et l'individualité des personnes qui ne sont pas lui, et les lois générales sous lesquelles il se représente sa propre existence enveloppée.

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