‹ Essais de critique générale (volume 4)Chapitre 30 sur 193 · IDENTITÉ PERSONNELLE · texte numérisé non relu

IDENTITÉ PERSONNELLE

pliquer la mémoire par un double point de vue de Y&r prit, qui envisagerait, dans les traces formant portrait de l'objet, tantôt Timage seule et tantôt le portrait de quelque chose, c'est résoudre la question par la queitipn : il resterait totijours à savoir comment ce douUi point de vue est possible. On ne voit pas noa plu pourquoi, nous trompant quelquefois, il ne nous tromperait pas toujours, ou ne nous laisserait pas dans le doute.

Il est très probable que la mémoire des perceptioni et des pensées est liée à la prolongation ou à de ce^, tains effets persistants des fonctions organiqueset phy» ques qui accompagnent Tactualité de ces mêmes phénemènes. La question des traces , ainsi généralisée, etf du ressort de la physiologie qui ne l'a point résoluib Mais les lois de cet ordre qui pourraient être décov^ vertes no jetteraient pas plus de lumière sur la mimoire, comme fonction de la conscience, que la thô(H rie la mieux établie de la physique des nerfs ne ferail sur la sensation elle-même et comme telle.

La mémoire et la prévision sont inséparables dell conscience. Que serait une perception instantanée^ sans la représentation d'aucune autre qui eût précédj ou qui dût suivre? Le plus simple phénomène, si nom ne l'imaginons conservé pendant un certain laps é temps si petit soit-il , nous échappe et fuit la pensée comme celte limite même de durée que nous voudriM saisir indépendamment de tout intervalle. La consciem sans durée n'est donc rien qu'une pure abstraction ^

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Âence; et^^d'un autre côté, la durée sans la I n*est rien pour la conscience : en effet, celle-ci rait être dite durer lorsqu'elle se décomposerait infinité de fractions instantanées qu'elle ne se Itérait pas comme successives et nennes. Ce des énoncés positifs de la loi que les doctrines ialistes appellent identité personnelle et per- 0 du moi. Cette loi est la représentation même, (ue divisée, unie et ordonnée selon la durée. nt juger maintenant de la profondeur de ces ihes, et ce ne sont pas les plus amis du merveild ont fait de la mémoire un mystère, ou même Btion tout à fait iniutelligible. Le mystère n'est re que celui de Texistence de phénomènes sous quelconques. Cependant, Reid a été si loin que enir qu'il ne serait pas plus étonnant que tel fût un objet qui n'est pas encore , et que rien rmine, qu'il ne l'est que l'homme connaisse un d n'est plus. C'est regarder comme logiquement » les phénomènes dont on prétend rechercher Yoilà à quelles aberrations se prête une psye purement descriptive et qui ne suit aucun printyyant éviter les à priori, parce qu'elle n'en fait jgb constant que sans les reconnaître, i les animaux doivent avoir quelque conscience ps , quoi qu'en dise Aristote , puisque tous ont )étits et un lien plus ou moins obscur entre leurs accessifs. Ils ont donc aussi quelque mémoire, doit pas être surpris que les animaux supérieurs la manifestent seuls, puisqu'ils ont seuls avec

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nous do vi!*ri tables rapports , et que d'ailleurs les relations où cette fonction doit intervenir sont, chez eui> plus multipliées et plus complexes. Au reste, une mémoire sans reconnaissance réQcchie est si éloignée de la nôtre, qpje nous pouvons difficilement nous en faire une id<îe ; cl les déterminations animales accompagna de nnîmoiro sont assez constantes et quasi automatiques pour qu'on ait pu les réduire au pur mécanisme, sans s'exposer à une autre réfutation que celle qui ressort de Tanalogie et des croyances communes.

Ainsi que Timagi nation, la mémoire reçoit de Tu* sage , un sens plus étendu que ne le comporte sa définition rigoureuse. Il n'entre pas dans mon plan de pousser jusqu'au bout des analyses qui abondent ailleurs : les linéaments principaux me suffisent. Je remarquerai seulement que la mémoire appliquée à l'enchaînement des idées et des mots se confond en grande partie avec la fonction connue sous le nom d'associor tion des idées et que j'exposerai bientôt.

A la mémoire se joint réflexivement la conscience de la mémoire comme telle, ce qui est autre chose encore que la conscience des phénomènes en tant que passés. En ce sens, la fonction est propre à l'homme, qui se représente, là comme ailleurs, sa propre représentation; elle serait sans suite et sans objet pour un être dont les volitions ne s'emploient pas à travailler sur ses états donnés de conscience , afin de passer à de nouveaux actes, et en vue d'un but proposé librement. U en est de la prévision comme de la mémoire. C'est donc à la présence d'une volonté libre qu'il faut

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rapporler ce nouveau df^cloppcment do la conscience, a&Q^ que je l'ai dit en général à propos de la réflexion. Mais il y a là des questions réservées quant à présent.

L'intervention directe de la volonté donne lieu à un acte particulier de mémoire pour laquelle le nom de réminiscence est consacré. Mais celui de remémoration ferait plus exact. 11 s'agit des souvenirs où nous nous lânlégrons par un certain eiïort, et h Taide dos données que nous possédons déjà. L*opéralion consiste à éélerminer des phénomènes inconnus (oubliés), au ■ojm de leurs rapports avec les phénomènes actuellelent représentés. Ceux-ci ne suffisant pas, nous en Mcilons toute une série, jusqu'à ce que nous parvek une relation dont Tun des termes est l'objet tàerché, et que la reconnaissance ail lieu. Quelquefois le souvenir est présent, mais l'époque n'est pas iînée : on suit alors pour la découvrir dos règles plus régulières et plus sures que je ne m'arrêterai pas décrire. Il y a deux points à marquer touchant la séque parcourt la conscience h la rochorcho d'un fait lié : d'abord l'attention constante do l'agent, sa vode produire des représentations successives qui Ides tâtonnemements,des règles de fausse position; le la loi d'enchaînement décos mêmes représen- Cetle loi se conforme h Y association des idées, de succession et de groupement dont les séries souvent habituelles ou machinales, et que la volonté aussi diriger.

Au reste, Aristote a décrit la réminiscence d'une

80 ïuusmsïs OE xa the«<hiik.

manière très remarquable, et beaucoup mieux qu 'aucun philosophe moderne. CVsl avec raison qu'il la signale comme tout à fait propre h Thomme, impliquant volonté et raisonnement*

La mémoire i is comme l'imaginaltoTi.

Nous distîngunn né d'avec les rapports de

temps dont il s'j f; et le rapprochement entre

l'époque et la ch^ , paraître incertain ; dans

ce cas la fonctû ice n'est déterminée net-

tement, ni comm nation, ni comme fait de

mémoire, et c'e: ^ . us exprimons en disant ignorer si, tandis que nous pensons telle chose, nous ne faisons que nous en souvenir. Il peut mt^me arriver, dans les rêves, que nous doutions si nous percevons actuellement ou si nous imaginons, et ensuite, dans la veille, mais plus rarement et fugitivement, si nous rêvons ou non. En présence du doute, il y a un travail à opérer, quelquefois prompt et quelquefois difficile, pour obtenir une conviction fondée sur la comparaison des phénomènes actuellement proposés à la conscience avec ceux dont nous regardons les rapports et les conditions comme bien connus. Ce travail est la recherche du réel. Mais lorsque l'affirmation antjcipe sur l'enquête, soit que le doute ne se prononce pas assez, soit qu'il se dissipe trop vite, la détermination du représenté quant au temps se pose arbitrairement, et c'est ce qu'il faut entendre quand on dit que l'imagination se prend pour un souvenir ou le souvenir pour une imagination.

PONCTION DR CHANGRMRNT. 81

Uerreur a lieu de même dans le cas où la fausse leoonnaissance et le prétendu souvenir se substituent iune sensation purement actuelle. Dans le cas inverse, celui où le souvenir est pris pour une sensation, il est dairque la mémoire n'étant pas réfléchie fonctionne à k manière de l'imagination, et j'ai déjà parlé de ces fortes d'illusions.

Taborderai ailleurs ce que ces questions ofTrent de dëlieat; mais je crois pouvoir avancer dès à présent que la réflexion et la volonté n'interviennent pour redresserles jugements que parce qu'elles ont pu avoir part i leur constitution première. De là vient que les animaux sont moins sujets aux illusions de Timagination al de la mémoire que ne le sont les hommes. Il me Testerait à parler ici des illusions de la prévision, phé* Bomènes d'un très haut intérêt et généralement peu connus. Mais comme ils impliquent encore d'autres imctions, je les remets à un autre chapitre.

'^ La mémoire avec la catégorie de durée, l'imagination avec la catégorie d'étendue, forment deux systèmes . lODt semblables et de même valeur ; l'un, h l'égard des . phénomènes en tant que représentatifs, qu'il rend pos- ^ribles et qu'il ordonne, l'autre, à l'égard des phénokaènes en tant que représentés. La première loi est es- LKDtielle à la synthèse propre de la conscience ; la se- Imide est essentielle à la synthèse du monde externe. [ Vailleurs, la durée Rapplique aux choses de l'espace, loumises à la conscience, et l'étendue aux choses du temps, que nous devons aussi généralement assujétir

Si FONCTION DE CHANGKMENT.

à un ordre de position. On voit que ces deux catégories et ces deux fonctions sont des formes également néce»* cessaires de Tentendement. Les fonctions de nuiné* ration et de comparaison décrites ci-dessus, y pr«h nent une part non moins indispensable et universelle. Nous avons à considérer maintenant la loi de changement.

J'ai expliqué ailleurs comment la catégorie de devenir est distincte de celle de durée et par quel jugemeid synthétique elles s'unissent (Pr^mt^r essai, § xxvi); mais, au point de vue des représentations réelles. Il synthèse estconstante, et les éléments qui la compoMOl ne se séparent que par une abstraction violente. Je veux dire que, en fait, des rapports de succession ne vieo- ; nent à la conscience que liés à des rapports de der i venir. L'entendement ne fonctionne que sous condilioii d'une expérience quelconque, et toute expérience est un changement.

Aucun nom particulier n'a été affecté à cette fonction de l'entendement qui attache une loi de devenir aux phénomènes successifs, et les unit sous ce rapport Cependant, et malgré l'inhérence de la représentation des limites et intervalles de durée à celle du change* ment, on ne saurait voir dans celle-ci une simple soe^ cossion de phénomènes dans la conscience, avec 000naissance de leur diversité . Il faut de plus un v($rîabUi et il n'y a de variable que ce qui demeure cons^ tant à quelques égards ; le même seul peut être Ht carier. Ce même se détermine par certains rapports comme fixes, par un ensemble de caractères tirés diA

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