LES SIGNES EN GENÉBAL
J'ai décrit ailleurs le passage de la distinction àTab» traction, de l'identification à la généralisation, etmoft tré comment s'opère la détermination spécifique. (Pw^ mier essai, § xxxiii). Il me reste à parler des signes, ri moyen desquels les objets de ces fonctions se fixmtil s*encbainent pour la conscience.
La signification est l'attribution faite à chaque terni défini d'un certain objet sensible correspondant, (M tiné à occuper l'imagination et la mémoire, ou, s'fl'l peut, la sensation directement, tandis que la ra pose le terme même. Cet objet est le signe de la peu Dans les communications entre les hommes, le sig s'adresse à la sensation ; et la pensée à laquelle il ( affecté frappe aussitôt la conscience. Une assodatid très étroite s'établit entre la pensée déterminée etj signe constant. Dès-lors l'homme qui pense en chissant suit une série de signes combinés qui tiennent ses pensées, en représentent les rapportai les changements , et le placent vis-à-vis de lui-mé dans l'état où il serait avec un interlocuteur. Dès aussi les termes que la conscience aborde successif ment semblent ne pouvoir subsister ou persister qa'l vec l'appui de leurs signes : et, en effet, quand h\ gniûcation vient à défaillir, tout se trouble ; non pensée actuelle manque par là de vivacité ou de fondeur, quand son objet est simple; mais la cou raison et la réflexion des complexes n'ayant plns^ base dans l'imagination et pour la mémoire, les tincts retombent à chaque instant dans la confuMl
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On voit que le pouvoir des signes est celui d'unir les fonctions diverses de la conscience : et si le jeu de la raison en réclame l'emploi^ c'est que celte fonction ne se développe point sans intéresser les autres.
Le signe est à la fois un objet de la sensibilité ou de l'imagination, et une espèce : c'est-à-dire que la raison, à peine posé, l'envisage comme exprimant tous les particuliers d'une classe, et compris lui-même sous une signification plus étendue qui est celle du genre. Des signes propres et rien que propres ne seraient de rien à la conscience , ne permettraient seulement pas les premiers linéaments du langage et n'auraient plus de raison d'être. Dès que le signe exprime l'espèce, il a la valeur d'un terme général et abstrait. A ce titre, il s'introduit dans toutes les catégories. Les lois de nombre, d'étendue, de durée, de changement, etc., tous les phénomènes de quelque généralité, les êtres et leurs rapports, sont représentés par des signes spéciaux, dont la combinaison doit correspondre à celle des espèces ellesmêmes, au moyen d'un système convenable. Ainsi se produisent le langage et l'écriture, premiers instruments des sciences.
Deux sortes de qualités sensibles s'offraient pour être .des signes, et toutes deux, presque également utiles, ont été employées : les sons et les figures. Les sensations de l'odorat et du goût ne possèdent pas un assez grand nombre de variétés suffisamment distinctes, et faciles à produire et à reproduire à volonté. Le loucher seul supplée jusqu'à un certain point la vue, et c'est en s*appliquanl aux mêmes objets qu'elle, aux formes de
LA PAUOLK; rÉGRÎTCHK.
r<5lcndue. Les pressions et les chocs ont servît dans quelques cas rares, pour comniuni<iuer avec des a\eugles-sourds-muels de naissance. Mais ou coiupreud que si un ordre quelconque de qualités sensibles, dt-peii* dan les de la yolontis pput servir de base à un système désignes, d'unb la dilUculté du premier
t^tablissenient s a ii lus grande que, demandant plus d'art, ï s; ipliquerait déjà l'emploi dos signes pour \ et cela entre des «îtres qu on supposerait u Das encore de convenus. L'existence d'une st élicate et varit^e, jointe i\ une imagination propi * eu rappeler les objets, est donc chose essentielle aux développernents de la raison.
Un système de signes, foudi! sur certaines suites de sons» est la parole; un système fondé sur des suites de figures est l'écriture. L'homme produit à volonLé les unes et les autres; il peut doue les employer également h Pexpressioii de ses pensées pour Tiniagination et les sens, vis -à-visdautrui, vis-à-vis de soi-même. L'une des méthodes parait d*abord plus essentielle h l'humanilé, mais l'autre Test davantage à la civilisation.
Selon ces définitions générales, la mimique, ou langage du gesle, est une écriture, quoique fugitive, surtout si les signes figurés par le mouvement du corps (de kl main, par exemple) sont constants, précis, el plus artiticiels et abstraits que naturels et iraitatifs ou même allégoriques. Les sourds-nauets se servent ainsi d'une écriture gesticulée ; et il faut se rappeler que les mots tracés sur uu tableau, ensuite par leurs doigts.
LA PAROLE ; I/ÉCRITURK. 99
rttre par lettre, dans l'espace, sont pour (mjx les signos dMraits des choses, nullement les signes des sons qifils ne sauraient connaître.
De même, le chant serait une véritable parole, encore fi'obtenu sur un instrument étranger au corps hu- ■ain, et par des exécutants qui n'auraient (|ue Touie, omsTusage de la voix. Il se prêterait sans peine h la ngnification de la pensée, des séries de notes musicales sur différents tons formant des mots et des classes de
IBOb.
Mais ce que la voix a de remarquable , et que cerliios animaux présentent seuls, c'est que, sans mesure ni rythme, sans différences tirées du degré d'élévation ou de gravité des sons, ou de leur intensité, ou de leur tsAve, quoique certains de ces caractères se trouvent iDui dans les langues parlées, elle admet des variétés, leiimes de voix proprement dite, les autres d'articutÊiùm, dont le nombre des combinaisons simples sur- Ittsetout ce que pourra jamais réclamer un système ie signes, quelque développé qu'on l'imagine. Cet instament si varié, si abondant, toujours à portée, facile i manier, facile à imiter, agréable aux sens, et qui J^, avant toutes conventions, exprimait plus d'un bâtiment naturel, a dû se présenter immédiatement à puissance signifîratrice de l'homme. Il est certes prolUe que le geste, accompagnant la voix, facilita l'étalement des premières conventions sur la valeur des %es braux : mais la mimographie, par elh^.néme, se Nnitmal prêtée à revêtir un caruclère abstrait; elle iMraU difficilement dépassé l'expression des senlimenls
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et des bosoijis individuels et présents. Si des sourdsrauels, vivant en société isoléfî des autres hommes, parvenaient à organiser de véritables communications intellectuelles» ce serait sans doute en commençant par l'usage des tracés symboliques; et lïcriture du gesl«, j'entends avec une valeur véritable de généralisatiou, pourrait suivre chez eux IVcriture propremcot dite, plutôt qu'elle ne la précéderait. On observe quelque chose de cela dans les conversalions de ces lettrés de la Chine, qui ligureut rapidement en Tair, du bout du doigt, les caractères dont ils ont besoin pour corriger, à l'aide du rappel de leurs signes écrits, l'insuffisance de leurs signes parlés,
AirtauL la voix et la parole ont d'importance pour les communications premières, i\ Torigine des sociétés, à celle delà vie de chacun de nous, et dans nos rapports journaliers ; autant remporte récriture des tracés, quand il s'agit de la conservation el de la tradition prolongée do la pensée et de la formation d'un savoir régulier. La civilisation nu commence qu'avec récriture. Mais ici nous devons distinguer deux ordres de tracés ; le mod-* direct et le mode alphabétique.
L'écriture établie en rapport direct avec la pensée (sans l'intermédiaire des sons) exprime les objets par des symboles ou par desimpies imitations, selon leur nature; elle tourne en allégories les relations qu'elle ne peut aborder autrement; et il ne paraît pas possible qu'elle forme de prime abord un système purement conventionnel et abstrait. 3Iais il peut arriver que les caractères el leurs groupes divers soient et demeurent
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.lératiques, c'csl-à-dîre fixes, et bornés à rcxpression fan ordre de conceptions à peu près immobile ; et c'est probablement le cas de l'ancienne Egypte ; ou qu'ils deviennent plus abstraits par Tusage , multi-. iSent leurs groupes et s'étendent peu à peu à la signification des pensées quelconques, si variables et complexes qu*elles soient. Ce développfiraent s'est prodût en Chine et dans les proportions les plus vastes, sans que pour cela il s'y soit établi un lien de correspondance autre qu'extérieure entre la langue écrite et la langue parlée : celle-ci est restée pauvre, équivoque, resserrée, tandis que l'autre s'élevait à une richesse inonie malheureusement embarrassante à cause du lice originel de sa méthode.
Ce système d'écriture a présidé partout aux origines ie la civilisation, et conduit les premiers pas de la ' sdence. Mais partout il a eu cet effet inévitable de créer, en môme temps que deux instruments de com- ■nnicalion, deux nations en une, le peuple et les let- Ws. D'ailleurs, quelque perfectionnement que reçoive »hsymbolisme primitif, il maintient une certaine im- Mbililé du savoir, en formant et consacrant l'étroite ttiion de la philosophie et de la morale avec les études 'kncographiques ordinairement regardées comme invariables.
La méthode alphabétique, qui nous semble aujourttui si naturelle, fut une véritable découverte, et très ificileà faire; elle réduisit à l'unité les instruments fc la pensée. Le but était. de fixer la parole par l'écritare en subordonnant l'écriture à la parole ; le moyen
iOÎ CONDITIONS ORIGINAIHBS DU LANGAGE.
fut Tanalyso des éléments de la voix, après quoi il devenait aisé de traduire les signes oraux par des signes écrits limités à un petit nombre. On ne sait si rînventeur crut mettre fin aux écritures symboliques, ou s'il ne songea qu'à travailler dans une sphère inférieure en offrant un procédé pour faciliter les relations populaires ou commerciales; mais, quoi qu'il eu soi(« l'alphabet eut toute la valeur d'une révolution sociale pour les peu|»les qui l'adoptèrent; l'écriture se trouvi vulgarisée, comme les écrits devaient l'être par l'iuiprimerie après plusieurs milliers d'années; l'étoile dei théocraties pâlit; la civilisation grecque fut possible: et ce fut la Grèce même qui mit le sceau à l'inveutioii phénicienne en poussant jusqu'aux lettres (consonnei et voyelles) la décomposition vocale qui s'était arrêtée aux syllabes. Cette analyse, quoique fort imparfaite eut des effets considérables. Nous sommes loin d'en posséder une meilloure.
11 est vrai que, dès ce moment, la langue des scien* ces, exposée aux variations et à tous les hasards de la parole, eut part aux anomalies de celle-ci, la suivil dans SOS désordres, et avant tout reçut et conserva l'empreinte de ses vices originaires. La possibilité d'un système vraiment logique des signes de la pensée put paraître avoir reculé.
11 y a plus de déclamation que do profondeur dans tout ce qui a été dit et répété sur la dépendance où le [>iînsé(î serait d'une parole |)réoxislanto, et sur l'im- ]u]issanco oii se Iruuverait rhonuuede parler autrciuea