‹ Essais de critique générale (volume 4)Chapitre 37 sur 193 · CONDITIONS ORIGINAIRES DU LANGAGE · texte numérisé non relu

CONDITIONS ORIGINAIRES DU LANGAGE

que par tradition. Et d*abord ce n'est pas tant la parole

qn'un système quelconque de signes qui est nécessaire fowpenser, et la pensée, à son tour, n'est pas moins înfi^iensable pour l'invention des signes, ou seulement pour leur intelligence. On résout aisément cette con- ImKction en distinguant entre la pensée im; licite et oonftise et la pensée claire, développée, expliquée. L'aistence de la pensée à l'état confus dans la cou* sfâence est incontestable : chacun peut s'en assurer en portant son attention sur ce quelque chose qui est en hi avant qu'il ne parle, et dont il voudrait réussir à rendre un compte exact. Cela posé, les signes et la yottée se trouvant simultanément en puissance chez Homme yis-à-vis de l'homme, celle-ci déterminable et

^âgnifiable, ceux-là d'abord naturels, ensuite artificiels riarbitraitement éiigibles, les deux pouvoirs se dévcbppenl en acte, graduellement, l'un portant Tautre et

i l'aidant.

I Au reste, on énumércra sans peine les conditions ijcessaires de l'établissement d'un système de signes pour servir aux a)mmunicalions des hommes. Je boure:

I* L'existence des sens, au défaut destjuels il ne mit possible ni de produire le signe ni de le perceur; d'un coté donr, le mouvement ou la voix, de Futre, la vue ou l'ouïe ; S* L'imitation, à la fois comme disposition organique deumoie peuchant de la conscience ;

î** La siguificîilion, c est-à-dirc cette pensée de rel^uire eu manière de signes les quuhtés seusibles

104 COiNDlTiOiNSOiUtiLN AIRES DU LANGAGE.

naturellement jointes a nos affections ou aux choses* et l'abstraction par laquelle un signe devient générique, et enfin la volonté, qui permet les convenlioni proprement dites, et substitue les signes arbitraires aux signes naturels.

Ces conditions, ellfîs-mémes analysées, se trouveraient impliquer toutes les catégories et toutes les (onùr tions de la conscience. Elles sont nécessaires pour . l'institution de la parole, et elles sont suflisantes aussi: suffisantes pour Tinventer et l'organiser pas à pai,. comme pour la recevoir transmise. Tout se développe; ensemble. Il est absurde de séparer certaines des doiH nées premières qui composent l'homme, et de se de^' mander comment les unes pourraient provenir dei autres. Plus les signes sont indispensables à la raison,-' plus il est clair que la raison n'a pas dû exister sani la signification. Supprimons cette dernière puissance, et l'homnit* qui reste n'est pas plus capable d'apprendre à parler par enseignement que par invention.

D'ailleurs, nous avons vu que si la parole s'est établie h l'origine, et de préférence A toute autre espèce de signes, ce n'est pas qu'elle ne put être suppléée logi- <iuement ; mais sa facilité relative et les condilions organiques humaines lui donnaient des avantages Irèf grands, et penl-étrn, en fait, nécessaires.

11 existe une preuve hisl^rique de l'invention dcf' langues. Knln» les variétés qu'elles présentent, il y et a deux dont la diversité est radicale. On pouvait suivrai en effet, doux modes d'exjïression des rapports par left niuls, n.Mix-i:i devanl désign<'r, soit des suj^'ls. soilde*

NATURE DES PREMIERS SlGiNES. 105

aitributs, actes ou étals de ces sujets ; et on n'en pouvait suivre que deux : ou les mots eux-mêmes prenaient différentes formes vocales, par voie d'inflexion ou de groupement, pour affecter ces relations , ou ils restaient invariables, et alors leurs rôles n'étaient déterminés que par la loi de leurs positions respectives. La première méthode réunit les langues à flexions et les langues dites agglutinantes; la seconde apparlient à la tradition chinoise. Or on trouvera en y réfléchissant, que le choix entre ces deux systèmes est inhérent aux premiers pas et aux conventions les plus élémentaires de la parole ; il n'est pas possible d'imaginer qu'on ait parlé sans en adopter un, et ils sont tellement tranchés que ce n'est que fort arbitrairement qu'on supposerait un passage de l'un à l'autre chez certains peuples : des révolutions spontanées de la grammaire traditionnelle, surtout graves et radicales à ce point, sont contraires aux faits constamqfient observés. Il n'est donc guère permis de douter que la parole n'ait été constituée par l'homme, au moins deux fois, avec une indépendance entière.

Il faut distinguer dans les premiers signes convenus du langage (comme de l'écriture d'ailleurs) l'image ou symbole naturel de la chose signifiée, et la convention elle-même qui seule, une fois réfléchie, peut constituer les éléments logiques d'une langue. Le symbolisme a d'abord fait les frais de l'invention. On a dû choisir, parmi les sons vocaux et articulés, ceux que produisait l'imitation instinctive de certains bruits liés

106 NATURE uns PUEÎMIEKS SICNKS.

aux objets fie la pens^ie, ou que suggérait les premiers quelque loinlaine analogie : il est certain, en effet, que les assimilations les plus vagues entre des choses de genre très différent s'enjparent de Tiniagination, et d'autant plus que la raison est moins cultivfc ; on croit reconnaître aux sons des caractères semblables à ceui qu'on prête aux autres sensations, force, douceur, Diollessfî, aspérité, grandeur, petitesse, profondeur, rapidité, lenteur, éclat, obscurité et beaucoup d'autres; ces mêmes caractères s'appliquent aux objets de la conscience, quoique non sensibles, el à ses étals pro* près, à rinlelligencet à la passion, à la volonté; d'ailleurs on ne se pique pas d'exactitude, et c'est par ta poésiequerhommecommence. Ainsi deschosesquelconques ont pu être qualiiiées au moyeJi des sons, et, par suite, rappelées et désignées- Le symbole du geste veniiit en aide à celui de la piirule jusqu'à ce qw la répélilion el ThabiLudu établisisent des conventions.

Les mots portés k ce premier vocabulaire étaient des noms de sujets représentés par leurs attributs (et comment en trouver d'autres, même pour les personnes? i ou des noms d'attributs considérés comme tels, lorsqut: leur séparation d'avec le sujet s'offrait naturellement, nu enfin, des noms d'allribuls actifs ou d'étals de ce même sujet. Ces noms, noms véritables malgré les disliaclions introduites par les grammairiens, étaient donc le substantif, l'adjectif el la forme indéflnie du verbe attributif. Mais, outre le sujet et Tattribut, la proposition implique un troisième élément, la thèse de leur rapport. Ce moyen terme, ou copule, toujours el uécessai-

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