FORMULAIRE DO PREMIER ESSAI. TU
choses de rexpérience. Geô choses dépendent des catégories, qui en sont des règles et des conditions générales; mais, d*une autre part, comme données particulièrement, elles ne dépendent pas des catégories. Il s'agit de faire l'analyse et de former les synthèses de ces choses, et d'établir les lois qui se découvrent en elles.
Les sciences se proposent de déterminer ces lois dans les ordres spéciaux de phénomènes donnés : la science généralise tout d'abord la recherche, et vise à la plus haute synthèse possible à priori; mieux^ à la synthèse universelle.
Il y a deux cas supposables, dont la réalité rendrait chimérique le projet de la science accomplie^ ou du moins réduirait cette science à priori à ne consister qu'en la critique d'ellemême et des éléments et principes^ généraux qui entraînent sa négation. /
Un premier cas se présenterait, si la tentative de la science aboutissait à instituer des antinomies^ c>st-à-dirc des lois contradictoires, des propositions contradictoires appelées au même titre à exprimer la réalité.
Mais les catégories, par elles-mêmes, ne conduisent point à Tantinomie, quoique leurs termes synthétiques résultent toujours du rapprochement de deux termes contraires. En effet, ces termes contraires sont abstraits et corrélatifs, et ne s'appliquent séparément, dans la rigueur de leur signification pure , à aucune autre représentation que celle d'eux-mêmes. Par exemple, aucune chose n'est une^ abstraction faite de toute multiplicité; aucune n'est multiple ^ abstraction faite de toute unité ; mais toute chose est représentée comme un tout. Donc, l'application directe des catégories ne conduit pas à des pro^ positions contradictoires.
D'autres antinomies semblent résulter de la tentative de dé-
Vlil FORHULAIRK DU PREMIER ESSAI.
terminatioQ de la chose en général, quant à ses limites d'éleodue et de durée, quant à sa composition, quant à son conditionnement. Mais elles ne subsistent que parce qu*on se refuse à borner la science à la considération des relatirs. Elles sont précisément le produit de rcfibrt qui se fait pour instituer, sous les noms d'infini, d'absolu, d'inconditionné, de chose en soi, Tobjet dont toute représentation est impossible.
L'autre cas, où le projet de la science accomplie est et reste chimérique , est celui où Ton prouverait que la science est bornée. Il est vrai qu'alors, à notre point de vue, la science existe d'une autre manière, et aussi parfaite que possible en ses premiers principes. Ce cas est très réel.
En effet, 'la chose en général ne peut point être déterminée par la science; la synthèse totale des phénomènes ne peut point être constituée. Elle ne peut Pètre :
1 ° A regard de la relation , universellement parlant : car la relation composant la synthèse totale, ou le tout du monde, existe toute entre ses propres éléments , cela par définition ^ le monde n'est donc pas l'un des termes d'un rapport; il n'est donc pas assignable, comme d'autres objets le sont, par l'établissement ou par les conséquences des rapports qui les enveloppent. La même raison rejette le monde hors de la série de Texpérience. L'ensemble des phénomènes, objets de rexpérience possible, surpasse l'expérience possible ;
2* A l'égard de la totalité , expressément : les phénomènes compris dans le monde donné (actuels» passés ou prédéterminés) , forment un tout et un nombre. Mais cette fonction du multiple et de Tun ne peut se découvrir à prtort^ ni expérimentalement^
FOIMULAIRK DU PRKMI» SSSÂI. IX
ni 86 fonder sor la conoaissaoce d'ane foodion autre oa supé* rieure qui est exclue par définitioD }
3* A l'égard de Yéiendue et de la durée : tons les phénomènes sont rdatifs à des fondions de ce genre; mais la fonction do monde ne permet pas plus qu'on l'assigne sous ce rapport que sous le rapport du nombre. Sans doute , le monde est défini intrinsèqu^nent eu égard à une unité quelconque, prise de son conteou; mais la mesure, quoique réelle, est inexécutable. La thèse de Tinfinité est contradictoire. La seule raîs<m spécieuse sur laquelle on s'appuye pour la soutenir consiste i remarquer que la représentation pose nécessairement , au-deli de toute étendue et de toute durée limitées^ et de tout nombre déterminé, une étendue enveloppante, une durée antérieure, un nombre plus grand ; on ne réfléchit pas que Tindéfinité de la représentation possible, ou uni?erselle, ne saurait conférer l'existence à d'autres rapports particuliers que ceux qui sont eOectiTement compris dans les phénomènes donnés, et que retendue qu'on imagine au-delà de Tétendoe du monde, la durée avant la durée, le nombre au-delà du nombre, ne diffèrent en rien de la représentation de l'étendue en général , de la durée en général , do nombre en général. Le monde est limité intérieurement, c'est-à dire mesuré; il n'est pas limité extérieurement, puisque, par définition , il ne laisse hors de lui de rap- * ports effectifs d'aucune espèce. Mais ce monde mesuré n'est pas mesurable en foit pour les êtres qui en font partie^ lesquels n'atteignent, soit rationnellerocot , soit expérimentalement, que des rapports subordonnés à d'autres rapports.
Les mêmes considérations qui s*appliquent à l'addition progressive des phénomènes du monde , portent sor la division qu'on en fait, en envisageant r^ressivement leors parties, leurs étendoes et leurs dorées de plos en plos petites ;
X FORMULAIRE DO PRE&flBR ESSAI.
4"* A regard de la quatité : le inonde ne saurait être défini spécifiquement. La preuve se donne par la réfutation des systèmes philosophiques, qui tous essaient de déterminer Tespèce du monde^ et ne s*accordent pas entre eux. Mais elle résulte surtout de ce que la synthèse du monde enveloppe tous les genres et toutes les différences, tandis que les philosophes Ti* deniifient à quelqu'une de ces différences ou à quelqu'un de ces genres, et ne sauraient faire autrement pour le spécifier;
5** A l'égard du devenir : Le monde devient, car des phéno* mènes deviennent ; mais nous ne pouvons comparer le monde au monde, i deux moments successifs, ni par conséquent déterminer son changement, quoique réel. Le monde est aussi devenu ou venu primitivement. Nous devons poser en fait le premier commencement, parce qu'une suite indéfinie et effiective de phénomènes antérieurs est contradictoire; mais il ne nous est pas possible d'embrasser et d'expliquer cette limite. La série finie de l'expérience est une donnée dont on ne de-» mandera pas compte, si Ton réfléchit à la nécessité d'une donnée préalable pour rendre compte de quelque chose;
6" A regard de la causalité : La cause du monde ne doit pas être cherchée hors du monde, puisque par définition le monde comprend la synthèse de tous les phénomènes. Mais le principe de contradiction oblige à admettre une ou plusieurs causes pre- « mières qui terminent la suite ascendante des événements. Toutefois nous ne pouvons nous fixer logiquement, ni sur leur condition d'unité ou de pluralité, ni sur les époques où elles apparaissent, ni sur la question de savoir si elles prédéterminent ou non , sans exception , les phénomènes possibles après elles. Nous ne pouvons pas assujétir ces causes elles-mêmes au principe de causalité^ ce qui serait contredire l'hypothèse de