‹ Essais de critique générale (volume 4)Chapitre 47 sur 193 · LES ANIMAUX QUANT X LA RAISON · texte numérisé non relu

LES ANIMAUX QUANT X LA RAISON

idérotion égoïste du dix-septième siècle. En la reje- Bt pour suivre Fanalogie et la croyance naturelle, lidmettrai ici que» partout où les objets de nos reprényations sont présents, l'animal , que nous voyons Iptcomme il le ferait en raison de ces représentations k notre point de vue, les possède aussi, non pas rélenvement sans doute, mais du même genre à la clarté fièi, et dans la mesure au moins que nons estimons Béeesnire. Il juge donc; il distingue, unit, détermine, foopare. Certains actes d'abstraction et de généralisation sont inséparables de ceux par lesquels un atlrihitest divisé d'avec un sujet et rapporté h plusieurs auin, quoique successivement : il abstrait donc et gé- Hnlise au degré nécessaire pour juger. Quel est ce

^ Nous pouvons nous en faire une idée en portant notre Itfeotion sur ceux de nos jugements irréfléchis , très prompts et presque instantanés, qui sont suivis d'une IKlion immédiate. Il est difficile de nous les représenkr après coup, par cela seul qu'étant formés sans ré- 1, la réflexion qui survient les altère; ils existent s, et si nous n'y supposions la présence impliîdes éléments de la raison, nous ne comprendrions qu'ils existassent.

Les animaux ne réfléchissent pas leurs jugements; ils \ composent et les décomposent pour en former d'aui-tres, mais ne les analysent pas ; ils employent les no- » générales et ne les considèrent pas ; c'est pourquoi n ils ne sauraient instituer des signes, et cependant b en ont.

\ZÎ LES AKIMAOX QUANT A LA RAISON. -

Les animaux signifient et parlent, ceux dû moins dont nous voyons les familles posséder des séries de sons et de mouvements, constants pour les mémei cas et correspondants aux états passionnels des indivis dus : d où résultent pour eux de véritables communications de conscience ; mais ces signes demeurent à pet près invariables et ne se scindent ui ne se combinenl' pour s'appliquer à des pensées plus restreintes ou plu vastes ; le symbole ne s'élève jamais à la pleine univer* salilé abstraite, le jugement n'étant pas lui-même réfléchi ; enfin la parole animale est naturelle dans chaque famille, et s'applique fixe à des groupes fixes d'imprei* sions; elle n'est ou ne devient artificielle en aucon' temps, ot c'est en cela qu'on doit dire que les animaux^ ne signifient pas et'ne parlent pas, bien que commuwf quant par signes et quelquefois capables physiqucmenl^j de produire des sons articulés.

Lus animaux raisonnent et ne raisonnent point, fool ' coinino ils parlent et ne parlent point. Si raisonner,*^ cVst-à-dire confclure par le principe de contradictions* par le syllogisme, c'est opposer clairement les membres* d'une allernalivc ou discorner les moyens termes d'une suite d'(îspèccs, il est plus que probable que le raison-* ner n'est pas où ne se produit ni progrès ni science.' Mais s'il s'agit seulement de l'intuition d'un contraire dont le conlraire est exclu de la conscience au moment même, ou de Tinluition d'objets qui s'enveloppent [c'est-à-dire sons forme imaginalive et non de comparaison réfléchie de jugements), ce raisonner qui n'c* esl proproninnt pas un , appartient an\ animaux : lf*t

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plus simples observations nous le donnent à penser, sans tenir compte de celles que le vulgaire rapporte et rapporte mal, ou que des savants ont faites et n'ont pas interprétées rigoureusement. Il existe, même chez rhomme, une sorte de déduction par voie d'imagina* tion et de prévision : nous envisageons une suite d'actes qui mènent à un but, et, sans les enchaîner autrement que par leur représentation comme successifs, nous réalisons les premiers pour atteindre les autres. Il ne faut rien déplus pour expliquer les traits les plus remarquables d'industrie non instinctive qu'on a constatés chez certaines espèces, et particulièrement chez les quadrumanes. Ce même procédé de raisonnement intuitif rend suffisamment compte des variations que les animaux introduisent parfois dans l'ordre constant de leurs instincts, et dont on s'est prévalu abusivement pour nier ces instincts mêmes, ou la fixité qui les caractérise par opposition aux vues de l'intelligence. Ajoutons maintenant les effets de la mémoire, de l'imitation et de l'habitude, et s'il nous reste un sujet d*étonnenient, ce sera Fétat encore si obtus et si borné des animaux les plus développés. Hais l'imagination, quoique puissante chez quelques-uns, est très circonscrite chez tous et ne s'étend pas loin dans l'avenir.

On a dû songer souvent à comparer l'entendement de l'animal à celui de l'enfant. Hais l'enfant, dès les premiers efforts de la vie de relation, et bien avant que îes organes aient tous atteint l'état propre à leurs foncions définitives, manifeste une spontanéitc» d'un ordre

\ 3i l'£nfant quant a la raison.

nouveau : certaine impulsion le porte à affecter d'an

nom Tobjet ou la passion qui l'imprime, et c'est la rfr

son pour laquelle il se prête si bien à accepter et à le-

produirc avec conscience les signes communiqués. U

plupart de ces signes ont cessé d'être naturels ; il m

laisse donc conduire à des conventions, et contradi

pour les accepter, de cela seul qu'il comprend et qui

parle. L'usage des noms appellalifs suppose la repié*

senlation distincte de l'espèce, ou de ce que renfemmt

de commun des objets qu'on oublie quelquefois ébB

diiïérenls; aussi l'enfant généralise4-il beaucoup, d

bientôt vaillamment et sans réserve. Maître de la pt-

rôle, il réfléchit les jugements arrêtés dans sa mémoiit;

il les compare, il raisonne, et avec d'autant plus k

force et de liberté qu'il a moins d'habitudes forméeii

il se fait des principes, et toujours très rigoureux; enfti

ce n'est que peu à peu qu'il s'accoutume à voir un prt-

blême demeurer sans solution, à substituer àlairétitf

logique le dire convenu, au principe la maxime, U

jugement le préjugé, et au raisonnement la série àt

opinions acquises. Un très grand nombre d'hommâ

raisonnent plus et mieux à douze ans qu'à dfr

quanlc.

Tous les phénomènes de la raison se produisen donc chez l'homme, et avec la plus grande intensité HK^me avant l'âge qu'on appelle âge déraison. Ce det nier période dont les traits se forment graduellemeol est marqué dans la personne par l'établissement d'un somme d'expériences faites ou dont elle a profité, de plus par le point final d'attention et de réflexion^

RtSUMt DE MËTHODK, 135

chacun est capable d'atteindre ; c'est pourquoi l'entrée en est fixée, si tant est qu*elle puisse l'être, au moment où la vivacité et la mobilité des impressions venant à diminuer, l'homme arrête plus décidément ses objets et forme son caractère.

La faiblesse de l'attention, celle de la volonté, autrement que sous l'impulsion passionnelle, senties traits oommuns de l'animalité et de l'enfance humaine, mais à des (kgrés bien différents, puisque l'animal témoigne, ou d'une telle inertie, ou d'une telle mobilité dans ses représentations qu'il n'arrive jamais à la considération réfléchie de ses jugements; tandis que nous avons vu l'enfant atteindre tout d'abord à la fonction unificatrice età ses conséquences. Aussi la plus grande variabilité des mouvements représentatifs s'accorde chez l'un avec une réelle stabilité des modes d'appétit et de connaissance (voyez le singe, par exemple), là où cette fixité que l'attention seule impose aux phénomènes conduit l'autre à modifier ses actes et finalement sa nature même. Je m'efforcerai, en traitant de la volonté, de pénétrer jusqu'à la racine du développement de conscience que j'ai résumé jusqu'ici dans le mot réflexion.

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