LES 1I&TH0DS5( ANCIENNES
La psychologie spiritualiste» dite rationnelle, fondée par Descaiies et Leibniz, systématisée par Wolff, admet 1 àme, la substance de la pensée, ou encore les monades inétendues. Mais ces choses n'étant pas connues en elles-mêmes, le philosophe est forcé de se réduire à l'analyse des fonctions intellectuelles et morales. Si donc on laisse de côté les démonstrations basées sur le principe de la substance, la psychologie, de rationnelle qu'elle se disait, devient empirique. C'est la marche suivie de Descartes à Locke , à Hume , à Eant et aux Ecossais. On n'est pas plus avancé que ne l'était Aristote, et on ne possède point d'instrument qu'il ne pos< sédâL Un autre défaut de cette méthode, et qu'Arfetote avait évité, c'est la séparation substantielle établie entre les fonctions physiques et les fonctions psychologiques, d'où résulte l'impossibilité de les unir comme le veut l'expérience. Il est vrai que le panthéisme n'encourt fês ce reproche; et le panthéisme est un dogme qu'on iroiive au bout de tous les dogmes : mais quelle valeur démontrée peut-on accorder encore à ce système, à ce aonstre fait en un seul bloc sur la donnée de la wb^ Hanee unique emportant celle de Y enchaînement unique des phénomènes?
La psychologie empirique croit pouvoir observer et dasser les faits internes. Mais il faut à l'observation , ou pour parler plus exactement ici , il faut un fil conducteur à l'analyse. Des antécédents synthétiques sont mévitables ; les faits généraux qu'on appelle catégories constatent leur présence à chaque moment de l'observation prétendue, et c'est^vainement qu'on voudrait les
liO LES ÉCOSSAIS.
déduire ; les jugements irréductibles qui sonl inhéreob à CCS faits se trouvent impliqués dans la forme et dani le fond d'une exposition de pensées quelconques ; ï serait donc juste de poser nettement et dès Tabordlet relations partout supposées dans Tanalyse psychokNh gique. Le fil conducteur serait alors donné par les cai^ gories. 31ais comment établir et légitimer celles-ci? oli sera le fil conducteur de l'analyse préliminaire eUat* môme. n
Cette difficulté a visiblement arrêté les Écossais, ont pensé ne pouvoir procéder qu'au hasard, et, se nantau milieu des données confuses de l'esprit hui ils ont essayé de constituer un certain nombre de milles naturelles : aussi leur dernier disciple en Frai assimilait-il la philosophie à la bot^mique. Ces esj honnêtes ne voyaient pas qu'en réfutant au début leurs écrits les principes de Berkeley ou de Hume, se supposaient à eux-mêmes des principes dont on vait leur demander un compte rigoureux que leur mé^ Ihode interdisait. Il est vrai qu'ils ne commençaient pMj l'analyse en posant des définitions et des données : m cela ils se croyaient fidèles à la méthode expérimental^ et à l'abri de toute accusation de dogmatisme, ûers di mot de Newton qu'ils s'appliquaient : Hypothèses nm finrjo. Mais pouvaient-ils raisonner, prouver, seulemenl parler, exposer une idée, préférer telle manière devoii a telle antre, et ne point se référer à des vérités antè rioures? Ces vérités n'étant pas clairement et distincte ment accusées, la méthode écossaise roulait dans ts
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ricieux honteux , et non-seulement n'établissait proprement parler, mais môme ne permettait au- Qtrôle de ce qu'elle semblait établir. C'est qu'il y ! l'histoire naturelle et la science première cette nce : un savant spécial admet tous les principes us et toutes les vérités reçues en dehors du champ ailé de ses propres analyses ; un philosophe ne t point de principes en dehors, et toutes les vén'il veut atteindre il doit ou les déduire , ou les 3ar définition et par hypothèse. Or, on ne saurait iduire. Donc la philosophie la plus attachée à la le analytique commence par faire ses catégories, Bt des postulats, des demandes qu'elle livre à la ition et à la critique. Si elle ne les fait point, elle dique, et elle se contredit, ou ses discours ne sont
I longue pétition de principe. Les Écossais se sont beaucoup de peine pour n'arriver guères qu'à
iltat, savoir que nous possédons un certain nomfiiits primitifs de conscience dits de sens-commun, Uuition, ou de croyance, ou encore autrement ; a meilleure preuve qu'ils eussent pu donner de lèse» si imparfaitement élucidée, c'est l'existence t de volumes consacrés à la philosophie et dont leurs se comprennent et se font comprendre (à peu sans rien définir à la rigueur. Leurs propres livres Dtle sceau à la démonstration. Mais où manquent «elles définitions exactes, il peut y avoir esprit, fie et bon sens ; il n'y a pas science.
II a souvent pensé à adopter, pour ordre de l'anaiVordre rhronologiquo observé dans le développe-
1i2 LA PHÉNOMÉNOLOGIE D*HERBART.
ment de la conscience. Hais toute observation de « genre est impossible, à raison de la complexité ayecli quelle se produisent dès l'origine les phénomènes qÉ l'on voudrait les plus simples. Tout concourt à proufl que des synthèses sont d'abord données, dansTétaMil sèment des fonctions de conscience. L'analyse seuleep| des efTorts. Aussi les travaux dans lesquels se marqi la tendance h construire la chronologie de la peml ne sont point parvenus è s'appuyer sur TexpérieBri) la statue de Condillac et de Charles Bonnet est QDetljj tion gratuite ; bien plus, le système que le jeu de oel| fiction met en œuvre est incompatible avec les pour rattacher à la sensation tous les pbénomèiMt^ conscience, il ne suffit pas de méconnaître les ji ihenls aprioriques, il faut encore oublier l'ense des lois de l'instinct, qui sont fondamentales dau'ij règne animal, Thomme compris.
Les dernières limites de la direction empirique! psychologie ont été atteintes par Herbart ; du moin nous regardons comme non avenus les absolus que \ philosophe superpose h sa phénoménologie. Nous i comprenons de ceux-ci ni l'essence ni les rapports i les phénomènes. Il en était de môme de Vnniti éléatcs et des idées de Platon, chimères dont unei taphysique soi-disant nouvelle se réclame encore. les rejetant nous sommes en présence d'un empirii franc et résolu. Au lieu de facultés plus ou moins i mitées, propres à lier les faits, nous envisageons ( faits internes eux-mêmes, tous les distincts possil
LA PHfiNOM£NOLOGIB d'hERDàRT. 4i3
k représentation, et nous en cherchons les lois d'ad- BDce et de succession. La conscience est alors iden- ■e à un instant donné avec celle des représentations Itat la plus réelle, c'est-à-dire la plus vive h cet in- Bt (ceci date de Dimocrite j ; et le moi peut se définir t résidu des représentations qui, s'obscurcissant ou Muiralisant à la rencontre les unes des autres, laisilàleur place une abstraction de ce qu'elles ont de ■Hm entre elles. Les autres idées générales, forte d*ane manière semblable, donnent en s'enchal- ■tles jugements et les raisonnements. L'association, :4ë¥eloppement sériaire des pensées, résulte de ce •» dans la succession des représentations qui arrivent pr à tour au maximum d'intensité , et s'assimilent pi distinctement à la conscience, puis se trouvent supintés et s'évanouissent, le mouvement est propagé D8 un certain ordre : cet ordre est celui des idées aflées de rapports moyennant lesquels elles s'appelrti ou encore de celles qui ont été rapprochées de laolérieurement, ne fût-ce qu'une fois. Il se produit ne une sorte d'ondulation : chaque représentation bnnle revient au repos, ou, pour mieux dire, renve peu à peu son équilibre avec les autres, après rdle a transmis sa tension aux représentations voiles : mais l'équilibre n'est jamais parfait, tout denre et se conserve, en l'état latent que nous appelons Ui, et le retour à l'activité et au mouvement est un ;dit de mémoire ou de réminiscence.
)n comprend que les volitions et les penchants peuit se traiter de la même manière, en tant que repré-
sentûtions, ou comme caractères des idées dont ils sonl inséparables, el dont ils qualifieiUles wawe*, lf*3 fonei, les mouvements*
y ai voulu foire honneur du nom d'empirisme a w système ; av(
gafjer du luxe quesdont il i Sûil obligé de donc indispe d'derbart de a qu'une descrij de leurs séries :
ni
"s, si Ton veut bien le d^ e comparaisons niécaniis pourquoi faut-il qu on ion de la figure? ost-dl** dépouille la psycbolog^ laphores, je n'y vois piœ des faiu de conscience et i la description, la classifi-
cation se fait désirer^ c'est-à-dire qu'il faut nécessaire ment construire des catégories, ou revenir aux anciennes rubriques des facultés humaines. Au contraire» si je prends au sérieux la statique et ta dynamique des représentations, la pression, la tension, TondulalioTHit l'équilibre des idées, je me vois jeté dans un mystérieux symbolisme que je pourrais admirer dans le siècle d'Empédocle, mais que je cesse de comprendre apris le siècle de Kant,
Au lieu de distribuer les phénorat^nes par espèces unique procédé qui doive accompagner l'analyse etcon^ 'duire à la science, Herbart les rapporte à des monades absolues : dès*lors il substitue à sa psychologie empirique une psychologie rationnelle obscure, si ce n'ftsl contradictoire, et qui n'est qu'une perversion de celle de Leibniz. Toute conciliation de Tunité et de la simplicité des êtres avec Texlstencc *le leurs rapports, H avec la mul!iplicit<' des phénomènes qui les moditienJ,
NÉGK88ITÉ DE l'sSAGS DKS GÀTteORIRS. 145
deTient surtout impossible, lorsque les changements ne naissent pas de son propre fond à la monade, mais qu'elle doit laisser entrer et sortir les représentations. L'imagination du philosophe a encore recours au mythe et se tire de difficulté par des comparaisons. Los monades ont des natures contraires, d'où résultent des pressions et des résistances, desi perturbations et des efforts de conserration de soi ; cependant on avoue que nous ne connaissons pas ces natures, et qu'il n'y tt en réalité ni action, ni passion, ni mouvement : les efforts ne sont pas des efforts, la multiplicité n'est pas une multiplicité, le changement n'est pas un changement. Qu'est-ce alors que tout cela? Des notions auxi" liaires, comme l'espace, le temps et le mouvement, qui ne sont de rien aux êtres ; des vues accidentelles comme la décomposition fictive d'une force en mécanique ou d'une figure en géométrie. Ainsi, on com«menée par me proposer un mythe, on me défend ensuite d'y croire. Que ne dit-on simplement : l'un est un, et le monde est une illusion? Xénophane et Parménide s'exprimaient plus clairement que ce contemporain.
Herbart reproche à la psychologie vulgaire les personnes mythologiques dont elle écrit l'histoire sous le nom de facultés de l'âme : ses mythes, à lui, sont d'un autre ordre, et beaucoup plus fantastiques. Il remarque aussi que l'histoire naturelle des notions sous lesquelles on classe les phénomènes de conscience est une entreprise vaine, à cause de la continuité des transitions
146 m;ïcrssité de l^usigk des catëooïiies*
entre ces ph^nùmènes; la psychologie eipérimeulale, qui suppose des facullés diverses, s'approcherail tûct au plus de la vérité comme le polygone inscrit s'approche de la courbe • La réflexion est juste, la compa-
raison ingéiiir ™'"^" **" '^'^-leuce peuUelle plus, et ca
défaut prétenc l condition de toute ajia-
lyse? Sans doi et les classifications sont
ordinairement 1 le vice du la division en
elle-même dispt i pose la continuité ou,
plus exactemeni comme origine et fin de
Tanalyse. Les ) aissenl pas de distinguer
et de coordonner ues \ Mt «l des familles entre lesquels il est d^inévitables soudures. Lis sciences ellesmêmes sont inséparables, et cependant les confondre serait les anéantir- Or l'analyse qui établit dos classes de phénomènes de conscience, fondées sur des dislioclions logiques et primordiales , constate des espèces plus tranchées, dans un genre donné, que ne peut le faire Tobservation appliquée ti l'un quelconque des ordres de la nature, ^ ^i
Il est encore vrai que la conscience du moi pur est une chimtrre, et que toute conscience est unie ides représentations déterminées; mais la représenlalion de la conscience cUe-mérae n'envetoppc-t-elle pas toutes les autres» et n'en est-elle pas la forme la plus générait et la plus essoJitielle? Tonte id»5e est fonction de Tidée de cons*:icnce, tandis que celle-ci ne Test point de quelque idée particulière que ce puisse être II ne sulHt pas, pour lier les phénomènes» de composer le symbole de leur soi-disant mécanique. Chaque étude poursuit
IDËB D*nXE DIVISION SIMPLE. ETC. H7
81 lois propres; mais cette mécanique ne donne point k lois positives, et l'intervention des êtres simples ■I éloigne plus encore. L'étude des représentations kanaines trouve ses lois dans les catégories, puisque kl catégories sont les formes générales de la représen- Mion. La plus essentielle de ces formes, la première le ces lois est donc la personnalité, la conscience; et hi fonctions animales ne s'offrent à l'analyse que sous tte personne, d'une étendue et d'une inlonsilé variaftks, d'une durée inconnue, mais logiquement néces- Mm, ou nécessairement supposée.
J*ai appliqué aux premières catégories cette méthode k classification que je m'étonne de trouver nouvelle. hk peut juger si elle donne des résultats faciles et im coordonnés. Elle n'aurait point échappé à Kant, ■DS la préoccupation singulière qui porta ce grand kaune à admettre les données de la psychologie vul- |rire au moment même où il se proposait de soumettre ilà critique tout le contenu de Tesprit humain. Il crut pouvoir obtenir les catégories par voie de déduction, et ■s'aperçut pas que, pour éviter de poser comme des kib aprioriques ces notions d'où toutes les notions indent, il en acceptait d'autres que l'autorité seule
i recommandait et dont la défmilion était fort impar-
tes divisions que j'ai proposées jusqu'ici portent sur
«lois qui, réunies sousla loi de conscience dans l'hom-
.cependant caractérisent essentiellement le non soi :
«tion, nombre, position, succession, devenir, qua-
148 iDËK d'une division simple
lité. Les fondions dépendantes de ces catégories, comparaison, numération, imagination, mémoire, séries di la pensée, raison, ont un caractère commun : la subordination de l'élément représentatif à l'élément nprésenté dans la représentation. Sous ce point de vu il est permis de leur attribuer un même nom. Nom adopterons celui d'intelligence. Au reste cette sub<x^ dination échappe & toute autre définition. Tout ce qu'en peut faire, c'est de rappeler une image qui la peint, al qui est d'ailleurs trop commune et se comprend trop vite pour n'être pas exacte [comme symbole, sansomim d'explication) : L'intelligence est un reflet des oijeU^ un miroir doué de conscience. C'est ainsi qu'elle n pose vis-à-vis d'elle-même en empruntant à une per* coplion particulière un signe sensible de la fonction (fi la constitue.
Une remarque très simple peut mettre en relief le li^ dicule achevé du sens matériel attribué si souvent à M termes, et en même temps constater leur valeur sy» bolique : c'est que la donnée des images visuelles d'cé| possible que par celle d'une fonction représentative; M on ne saurait ni expliquer le général au moyen dupir liculier (la représentation par la vision) ni expliquer h particulier au moyen de faits qui n'offrent pas trace J son caractère générique (la vision par des fonclioa physiques où rien ne procéderait de la représentaliov
L'intelligence est donc la représentation, éminei ment, ainsi que dans le sens le plus figuré de ceir» Quand nous abordons ensuite les catégories de caixi lilé et do finalité, et par elles la volonté et le penclà«