‹ Essais de critique générale (volume 4)Chapitre 51 sur 193 · DES PONCTIONS DE CONSCIENCE · texte numérisé non relu

DES PONCTIONS DE CONSCIENCE

oDCtions humaines dont elles sont les racines, nous reconnaissons cette même représentation comme y étant nhérenle. En effet les fonctions affectives et volilives cesseraient d'exister si elles n'étaient représentatives l'elles-mémes, et d'autre part, elles se supposent des objets qui doivent être en même temps représentés. Ainsi TuDÎté des formes de la conscience est bien sensible. Hais il ne s'agit que de l'unité multiple, c'est-à-dire de la synthèse, et peut-être celle-ci pourrait se présenter dans an ordre différent où domineraient soit le prindpe des fins, soit le principe des causes. C'est une question que nous aurons à préparer longuement avant de la résoudre.

La suite de ces éludes, en nous conduisant à définir la nature et la portée des faits de passion et de force dans l'homme, montrera en quel sens et jusqu'à quel point le principe affectif et le principe volilif doivent être distingués l'un de l'autre et de l'intelligence. Admettons ces éléments comme logiquement irréductibles, ce que notre analyse des catégories a déjà constaté d'une manière générale; l'homme nous apparaîtra dès à présent comme une synthèse de trois formes essentielles à l'existence et aux lois de la conscience et de ses variations. Il faut y joindre les formes sensibles, la sensibilité, quatrième condition nécessaire, généralement inhérente à la production des phénomènes de l'expérience sous les lois de l'étendue, et unie dans la nature humaine aux diverses fonctions organiques et physiques qui font partie de ces phénomènes.

ISO LES CLASSIFICATIONS ANClKNNrS.

Un ancien à qui Ton demandait qu'est-ce pe V homme ? répondait : l'homme est ce que tout le moniÊ sait. Mais, ce que tout le monde sait, les savants, et général, ne l'ont pas su. La raison en est que, Toukml se Taire jour au milieu des données confuses d'une dé^ finition a dégager, le philosophe retranche celles quik gênent ou dissimule celles qui le contrarient. Lepeupb savait, bien que confusément; le dogmatisme métapby* sique, fier de sa fausse clarté, Tévidence, que chacuBr: invoque, et de sa fausse unité pleine de lacunes épleine de contradictions, ignore ; il laisse échapper, n moment de formuler une définition, cet objet qu'il pcMr sédait avant de Tavoir défini, et ne lient plus au lieu dft représenté véritable et total qu'une abstraction insuffisante et mal formée. t

Plusieurs ont dit, et de tout temps, e.n différeoll! termes : l'homme est une matière organisée. Nous sfrf vous ce ({u'ils ont trouvé de difiicultés : les uns, à déft-^ nir la matière inerte ou vivante, et son principe d'oi^ nisation, pour en tirer le surplus de la nature humaine;^' les autres, à s'absoudre d'un cercle vicieux quand ib impliquaient dans la définition cela môme qu'ils von* laient en déduire, l'intelligence, la volonté.

I/homme est un composé de matière et d'âme ; l'âine* une idée composée d'idées : c'est en deux mots la doctrine de Platon. L'homme est un composé d'Ame et d'étendue figurée et mobile ; l'àme, un esprit, une pensée. termes généraux : nouvolle formule que Descartes 4 drmnée aux modernes pour tenir lieu de la première L'humnuîfst une doublosmc harmanique, mais borimé

LES CLASSIKICATIOKS ANCIENNES. 431

H transitoire, des modes de l'étendue et des modes de

k pensive : formule plus claire apportée par Spinoza.

Ainsi, laissant de côté la matière et la vie, sur lesquelles

M philosophes ne s'entendent pas, penser, connaître,

'M serait suivant eux tout ce que nous sommes. Le

Jfeopleen sait plus long. Il est vrai que parmi les idées,

ta A leur tête, le philosophe grec introduit un principe

^iMear et dominateur, une idée plus qu'une idée, le

Hm. Les modernes appellent la pensée la chose qui

'froprement pense, et aussi celle qui sent, qui s'affecte

Rqaiveut. Il ne faut pas disputer des mots; cepen-

iuit de telles définitions ne se sauvent de Tinexaclitude

Ifeeparla confusion. Elles embrassent ce que tout le

Mmie tait, mais dans la synthèse vague de tout le

Ikonde, et, ce qui est pire, sous une appellation arbi-

htare empruntée à Tune des parties de cette synthèse.

hns doute, la volonté et les affections sont des pensées,

hfeisqu'elles sont représentatives, mais est-ce là tout?

Vidée d'un triangle, un fait de volition, un sentiment de

ftislesse appartiennent-ils au même genre? La doctrine

et la substance peut bien répondre affirmativement ;

Inaisla solution qu'elle offre est illusoire.

1^ Leibniz est plus exact et plus complet que ses prédé-

Itesseurs, quand il propose une classification ternaire

Inpiûssances delà monade : perception.appétit, effort:

Mis il est loin de s'expliquer suffisamment sur la divi-

«onetla coordination de ces trois espèces de la repré-

•rotalion. Aussi les philosophes reviennent après lui

wx anciens errements et se montrent inférieurs à

^^ries mémo qiii, dans lo fond, reconnaissait trois

152 KOTION DK l'intellect KU..:

étals de la conscience ; a perception de Centaidemeni, détermination de la volonté t émotion ou agitation à rame. Les uns ramènenl sans preuve les fuiU tie volonté aut élats passionnels, et it n y a pas jusqu'à Kajil qui ne sacriûa i ' ' " ' inairo. I) autres, ce s*m( les panlliéislcs, radicalement le principe

d'individualité, >za, ne voient dansledévfr

loppement de l \ù m ines du monde que ftcJm

des proprieUîs couler i uoe première substance

ou une première idée ; ei s qu on ne trouve aucune

différence entre la vie boni me et la tbéorio Jo

l'ellipse, par exemple, U ai 1res eucorc» plus ranîs» mais non moins fondés, rattachent la série des représentations à un centre de spontanéité productive : Ficbte» Maine-Biran, Emerson. Il s'en trouve même qui donnent la prééminence à Tamour, et consentiraient volontiers h prendre les faits de ton l genre pour des désirs transformés. Enfin» la pbénoménologie d'Herbart a la prétention d'expliquer le penchant et la volonté par les mauet de représentations et, comme toujours, se paie de métaphores. Tout cela est arbitraire,

iXous ne pourrons apercevoir le fondement réel delà, classification ternaire des foncfions humaines (sensir biiité à parti qu'aprts avoir traité la quesUon de U liberléjquesfion bien débattue, mais encore neuve pour qui veut y apporter une véritable rigueur. Essajoa^ cependant de formuler par les abstractions conYenablés, et au besoin par remploi de ce slylc figuré que

NOTION DE l'iNTKLI.KCT PLU. K';3

les philosophes se sont donné si peu Iti droit do récuser, les trois éléments généraux que nous devons reconnaître dans la conscience.

Gomment concevoir un être constitué par le mobile assemblage de représentations pour ainsi dire scéniques, et exclusivement telles? Cet intellect pur assisterait au développement des phénomènes ; appliqué aux faits et à leurs lois, il ne comporterait ni effort, ni activité de soi et pour soi. D'ailleurs, sans activité, point de passivité, car ce sont deux termes corrélatifs. De là, une identité parfaite du percevant et du perçu, de Tin* telligent et de l'intelligible ; et, en effet, les philosophes qui ODt réduit l'essence de l'être à Tidée se sont vus conduits à cette conséquence. Qu'on imagine donc un miroir magique où chaque image s'anime et devient sa

[ propre vision ; une scène, un spectacle, un spectateur confondus ; et voilà tout: ni le vrai, ni le bien, ni le box, ni le mal n'ont de place possible dans la série des

i phénomènes. Tout est indifférent devant l'intelligence pure.

n y a plus ; si les autres êtres sont pareils, le changement se trouve incompréhensible. Leur nature étant amplement intellectuelle , d'où , comment , pourquoi leurs représentations varieraient-elles ? Les motifs et les causes sont d'une autre sphère. Ainsi le temps et la sensibilité disparaissent, et le philosophe qui s'est fait un idéal absolu de l'intelligence, peut ne plus trouver dans

^i^. W dernières profondeurs de son ontologie que la con-

:; i templation invariable, éternelle, la contemplation de la

15i NOTION DU VOULOIR l'UR.

contemplation, inintelligible à son tour. On est paiti' de l'homme, et c'est au néant qu'on arrive. ^

Voyons maintenant ce que peut donner la volonté pure. Nous ne la ferons pas rouler sur elle-même, ctf. la volonté de la volonté n'aurait pas plus de sens qnell pensée de la pensée. Elle présidera donc & la prodoclidi des phénomènes, et c'est bien ainsi qu'on l'entend quanl on la pose en principe du mouvement représentatif. ( qu'on l'y fait intervenir pour rappeler ou éloigner 1 idées. Mais la volonté pure est aveugle, elle ne cou point, ne désire point ; elle produit par hazard. Gei • même, hazard, est un des noms de la volonté pure/fl de la force que rien ne guide. Ainsi la volonté, conç à part de l'intelligence et à part des affections, n'app dans les choses aucun caractère de vérité ni de bon Veut-on la considérer comme un nkus libre et détad qui modifie, sans intelligence et sans passion, lesi sultats du désir et de lu pensée ? Celte volonté indifl renie, suscitée miraculeusement à la suite de jugeme dans lesquels on ne lui accorde point de rôle, ne sède pas le moindre principe de rectitude , ou uiii ombre de moralité. Et quand on la place à la racines l'homme, ou a celle de l'être en général, avec la pr tenlion de l'envisager seule, ne fiU-ce qu'un instant, ( trouve qu'il ne devait exister en cet instant, ni un inb ligible quelconque ni un motif d'agir. I^ philosop qui attribuait au premier être une liberté sans ant dents, était conduit i\ soutenir que si Dieu l'avait vou)^

INSUFFISINCE DE LEUR SYiNTHÈSE. 153

lurait eu des cercles carrés et des touts moindres leurs parties : c'est un paradoxe célèbre de Des-

I réunissant Tentendement et la volonté, nous ob- Irons ce que la plupart des psychologistes ont pris r rhomme. Est-ce là Traiment tout ce que nous ses? La pensée guide l'acte, et Taclc produit la rie; la cause s'illumine, Tinlclligcnce se meut; la a mobile engendre la recherche, l'aflirmalion et la lioD réfléchies, le doute, la science. Mais dans cette Bsion d'idées et de volitions unies, où que la mysue chaîne aille se rattacher d'ailleurs, il n'y a ;noraDce ou indifférence vis-à-vis du bien et du En effet, l'entendement et la volonté combinant f fondions, c'est assez pour que le vrai et le faux nent naissance , car il peut s'établir dès-lors une ^atson entre les phénomènes posés et composés ; la conscience, et ceux que l'expérience sensible bdans le monde extérieur. Mais la bonté n'est pas tfible à la vérité, ni le mal à Terreur. Ce n'est pas lonté seule qui confère aux actes un caractère de é; ce n'est pas l'entendement, devant qui tout est i la seule condition de lui être représenté ; enfin Bit pas la sensibilité par elle-même , quelque nélire que puisse être le rôle qu'elle y joue. La seule apporte le plaisir et la douleur et les joint aux m phénomènes ; mais si le plaisir et la douleur deaient de pures impressions, des états physiques, le on dit; s'ils ne venaient à se caractériser comme

états moraux (et je considère ici ranimai aussi bien que rhomme j, les noms de bien et de mal ne sauraient leur convenir. Il faut donc que Tanimal poursuive des fins ; il faut que les pbénomènes se classent pour lui en tant que favon * ' *es à ces fins, et que, avec

ou sans consci îfestalion se produise, et

de rattacbemei ) ur de certains états, et de

Tappfiteace ou qu*il éprouve pour d'au-

tres. Or ces cl lées en principe comme on

voudra, amour ction, sentiment, ne sont

point contenue n lilitù. Celte dernière fonc*

tîon se borne par dèlinition auï formes de la conscience qui sont immédiatement données sous des conditions externes, et, autant que possible, abstraction faite des lois qui régissent la représentation complexe ( catégories). Avec toute autre défuiition, il n*est point de pliénomène qn'on ne put ramener à la sensibilité; avec celle-ci, on détermine clairement une fonction dont la distinction logique est manifeste, * Ainsi» ce que toutes les langues ont appelé le cœur, dans l'homme, ce que quelques philosopKes intitulent sentimeiit, et quelques autres amour, se rapporte à l'expression générale d'un ordre de phénomènes que les fonctions d^entendemenl et de volonté ne comprennent ni séparément ni ensemble. L'entendement ne «enl pas, la volonté ne sent pas; et cet être qui sent» cet être moral, répugne à recevoir le simple nom de sensibilité, parce que Valtachcment et Tallrait, noa plub ijue les afl'ections contraires ne sont point de *im-

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