LR BIEN ET LE MAL
En second lieu, j*ai supposé et. pour plus de si» plicité. je supposerai le plus souvent dans la suite qm les phénomènes sont propres à poser la perfection oA< rimperfection, selon qu'on les considère comme ajoutil^ à rétre de la conscience ou comme retranchés de m| ôtre. Mais il arrive tout aussi bien qu*un phénomèMJ ajouté apporte l'imperfection, parce que, de cda sh| qu'il est présent, une série d'autres se trouvent inéit sables ; et que, retranché, il rende la perfection p(M* ble ou actuelle en cédant la place à ceux que u jdh sence excluait. Au surplus, tantôt la fin quepoieM désir dépend pour sa production, en tout ou en parfiay du développement propre de la conscience, ou desoMlf séquences attachées à ce développement; tantôt élli n'est qu'une expectative de faits extérieurs, plus <N moins connus, plus ou moins probables. Le im s'applique également à ces deux* cas et reçoit qudm fois les noms de vœu et de $ouhait dans le secoM L'aversion est plus particulièrement relative aux II dont les moyens sont indépendants de la consciettl s'il arrive qu'elle frappe des objets que la conscietf elle-même se propose, c'est qu'il y a conflit de pi sions dont les buts sont divergents, et alors nous M tons de la passion pure, car la réflexion intervient.
Laperfection et l'imperfection, états corrélatifs,doifi être considérés, non en eux-mêmes et selon qu'une d trineles qualifierait tels en décidant de ce qui convient ne convient pas à l'homme, mais bien en tant qu'ai posés dans une représentation actuelle. Le caractère
LE fiSlU ET LK LÂID. 171
la passion dépend de celte apparence, nullement de la conformité à Tordre, à la vérité, ou k la juste prévision de l'avenir. Il s*agit ici de l'analyse delà passion pure, sans intervention de la réflexion et de la volonté pour la comparaison et pour le choix des fins. Je puis donc appeler bien toute fin favorable, c'est-à-dire qui s'annonce comme devant combler une imperfection de nature quelconque, et mal toute fin contraire ou dont la réalisation est supposée incompatible avec une perfection en vue. n sera entendu que le bien et le mal n'ont encore que la passion pour juge, et ne qualifient que des phénomènes regardés maintenant, à tort ou à raison, comme propices à Taccomplissemenlde la sphère de l'être.
Ces définitions sont assez générales pour comprendre, avec le bien et le mal, le beau et le laid ; et, en effet, il me paraît incontestable que ces derniers caraolères appartiennent aussi, et quelquefois exclusivement, aux objets du désir et de l'aversion : autrement il faudrait nier la disposition de l'homme à rechercher un certain ordre de représentation par cela seul qu'elles sont belles, et à éloigner celles que marque un caractère opposé. Le beau n'est pas seulement un produit de la réflexion ; il existe comme sentiment immédiat, et toujours avec quelque passion, puisqu'il ne nous laisse pas indifîérents : or la passion ne demeure ja^ mais strictement désintéressée, et dès que nous nous iommes une fois complus dans une certaine fin imaginée, nous poursuivons par la suite cette même fin ou les fins semblables. Antérieurement à l'expériencet il
ITÎ l'intérèt-
faut bien admellre chez rhomme unefonction^du genn du désir, parlaquelle il s'attache à réaliser dans ses œu* vres, en usant de la nature ou en la transformant, dm séries de phénomènes dont le beau seul est la fiit, Kant est allé trop loin, ce me semble, quand il a coa^ sidéré le jugement du beau comme purement coik templatif, étranger à la pratique et à tout désir de Texistence de son objet. On peut affirmer, sans rei-, triction aucune, que tout ce qui éveille dans la coii": science un sentiment quelconque est d*un certain in* térét pour elle ; et si le caractère le plus général beau consiste à plaire, ce que Kant reconnaît, n'est-il pas vrai aussi que le caractère le plus général de o qui plaît, ou même le signe unique auquel on puisi le reconnallre, c'est une disposition intime à se lepio poser pour fin, ou a se le reproposer après que Texpé rience en a été une fois faite ? Le désir et l'intérêt « donc des traits essentiels du beau aussi bien que di bon, par rapport à nous.
Puisque ce n'est pas dans l'opposition de Tintérêt du désintéressé, c'est dans la distinction des genw d'intérêt que nous chercherons celle du bon et du beai
L'intérêt se trouve d'abord dans' le nécei%a%re, d Vutile et dans V agréable. Le nécessaire est toute fin ad défaut de laquelle, possédée ou atteinte, la conscienoeii! prévoit anéantie dans ses phénomènes intégrants ouioa séparables, soit que Texpérience, soit qu'un instinct direct la portent à en juger ainsi. L'utile est un nécessain partiel, j'entends ce dont la suppression, étendue de
l/lNTÉRÊT. <73
roche en proche aux fins du môme genre ou de genres mhlables, à tous les autres utiles, semble conduire de fime à Tanéantissement. Euûn, je prends pour agréa- ). en bornant le sens du mot, ce qui apporte un plaibien déterminé : savoir des sens, et spécialement toucher, du goût et de Todorat. Toutes ces fins aprtîennent au bien.
Un autre genre d'intérêt est celui des fins qui plaisent
attirent indépendamment des précédentes, quoi-
l'dles y soient très souvent mêlées. Ces fins de suré-
pition et en quelque sorte de luxe peuvent être sup-
îmëes par la pensée, les unes après les autres, sans
le Ton aperçoive au bout l'évanouissement de l'être
Hnême. Nous les poursuivons en vue de réaliser une
1^ de phénomènes, d'accomplir ou de modifier en
os une classe de représentations complexes, qui pour
Dier quelquefois avec l'utilité et le plaisir ne laissent
p de s*en concevoir aisément séparables. Il se joint
esque toujours à leur appréciation un travail plus ou
oins rapide de la réflexion, travail dont l'analyse est
Slîcate et difficile. Les fins considérées sous ce point
k Toe appartiennent au beau. L'élément qu'elles em-
imlent au sentiment réfléchi de l'ordre et des lois de
Inature et de la conscience explique comment les ani-
jhix sont dénués du sentiment du beau, ou du moins
1 développements auxquels on peut le reconnaître.
n suffira de dire, quant aux fins contraires, que les
|es sont nuisibles, ce sont celles qui, posées, suppri-
pot rutile ou le nécessaire; d'autres désagréables,
bt-à-dire propres à nous apporter la douleur à quel-
474 INTEnVKÎTTlON DB Ll RI [SON.
que degré : tout cela rentre dans le ma). Les fias, ea tant que déflnies par le laid» sont des objets d'aversion avec un caractère d'ionocuité.
Quoique l*ir*-*-^' '" ^^"" ™arqué soit caractéristique de la passion le bien^ cette passioa est
souvent dé$in\ alors en un sens tout diffé-
rent, mais qu' ï de ne pas marquer ici, It
est de fait que ttache à l'être propre dont
elle poursuit 1 \t des fins de tout genre,
intellectuelles ;i bien que physiques; la
passion s'y applique ; ei, tru outre, à cet être même elle joint des êtres qu elle fait annexes du sien et dont les fins partioulièrps, toute raison à part, peuvent la toucher autant et quelquefois plus que celles qui lui seraient à elle-même agréables» utiles, nécessaires. Ce dernier cas est celui du sacrifice et du dévouemenL Ainsi, les fins étant plus étroitement liées à d'autres personnes qu'à celle qui les envisage et peut-être en dispose, ou tout le contraire, cette distinclion en amène une très considérable dans l'intérêt- Si Ton ne consi* dère que la passion, l'intérêt a toujours le même priih cipe et ne fait que se transporter, grâce à Tidenlilé qu'une personne établit spontanément entre elle et des objets dont la réalisation semblerait d'abord lui être étrangère ou ennemie. Mais si Ton se place au point de vue moral, si Von a égard à la raison qui explique une telle assimilation, ou de [elles préférences, à la rétteiion comparative des fins de divers ordres, à la vtilonté délibérante, dont le but est Taccom plissement du meil-
U VRAI GOMMR PIN. 475
o pins seulement du bien, alors un désir ne fin poursuivie seront dits intéressés dans B, et désintéressés, plus que désintéressés res.
, de plus amples explications sur ce point, |ue la critique des espèces du bien, apparia morale. Posons seulement ici que Tinterla raison transforme les fins passionnelles de présentée son activité des fins nouvelles. Par change de caractère. La perfection etl'imper- Kmtplusce que nous avons défini ; mais, au 1er sur le développement de l'élre, en vertu ;K>ntanées et de passions quelconques, elles Dt essentiellement à la réalisation d*un ordre as le système des représentations et des actes de la conscience. Dans cette sphère de phéle bien et le beau concordent toujours. Aussi )n volontiers Tun pour l'autre quand on quartes moraux.
Bst aussi une fin de Thomme, mais sous l'inla réflexion, sans laquelle on ne saurait même ler du faux. Là où tout est vrai rien n'est la conscience de l'animal, puisque rien n'est lui de ce qui lui apparaît spontanément, et atre ne lui apparaît.
louvent opposition entre la fin passionnelle, i non, et la vérité à connaître ou à découvrir. -on que la recherche du vrai doit être désin- Hais un autre intérêt, un intérêt double, et
4 7G NOMS DIVERS DE LÀ PASSION ÂTTRIGTITB OU RlPDLSm.
très grand, remplace celui dont le sage s'efforce di faire abstraction. C'est étendre la sphère de la coih science, et par conséquent de l'être tout entier, qoi d'obtenir la connaissance des phénomènes et deleuq lois, quelque fâcheux, nuisibles ou inutiles qu'ils pak sent paraître ; et la raison peut toujours présager in cette connaissance une utilité ultérieure, en plusiemj sens, souvent imprévus. On peut donc affirmer d'oij manière générale que la vérité est bonne. De plus. Il vérité est belle, car on ne fait jamais difficulté d'appfii quer ce nom de beau à tout système de connaissanoq assez étendu pour qu'un ordre et des lois s'y réfèleoti Comme bon et comme beau, le vrai peut donc £lreiil objet de désir, et le faux peut être un objet d'aversion Ainsi la passion s'applique à ces fins élevées dont il| fallu d'abord écarter les passions ; et, jusque dans kj choses que nous appelons de pure curiosité, règne |j passion d'acquérir des éléments nouveaux pour la ooii| science agrandie. \
\ Le désir et l'aversion, d'après la détinition génér
que j'ai avancée, sont des noms de la passion altrac
ou répulsive, savoir, en présence d'une fin représ
comme possible. Ces noms se prennent souvent
des acceptions plus déterminées, mais assez variabli
parce que les langues fixent différentes valeurs de chtt
que mot ù la rencontre des autres, et, au lieu de nom
catégoriques, ne créent guère que des séries de loo|
tions. A la passion attractive répondent également l'i
mour, l'appétit, l'attrait, le penchant, etc., et, àl
031 s DITBRS DE LA PASSION ATTRACTIYK OU RÉPULSIVE . 4 77
»assion répulsive, la haine, la répugnance, Téloigneaent, etc., autant de mots qui se prêtent à exprimer plusieurs espèces, et qui recevraient au besoin un sens ^éral , comme ceux que j'ai adoptés, et sans plus farbitraire. Ces espèces doivent se déterminer par la nature des fins, suivant que celles-ci touchent prind-paiement, ou l'organisme, ou les sensations, ou l'en* tendement, ou se rapportent d'une manière plus partientière à telles fonctions de l'homme social. C'est ainsi que les appétits et les répugnances s'entendent, mais non toujours, des seules fins de la vie organique; le désir et l'aversion semblent plutôt réservés aux fins de Il vie animale, et ne laissent pas de s'étendre à des objets divers et complexes ; l'amour et la haine s'appliquent plus communément aux personnes, et pourtant le premier de ces termes, tantôt se généralise sans limites, tantôt se restreint au point de n'exprimer que l'attrait des sexes, attrait moral ou seulement sensuel ; la passion attractive ne reçoit des noms strictement déterminés que par rapport aux objets les plus spéciaux, cupidité, ambition, lasciveté, etc., quand il s'agit d'ar- ^t, de pouvoir, de certain plaisir, etc.; enfin les divisions n'offrent aucune régularité, les contraires se trouvœtmarquésrarementavec quelque rigueur, et les noms manquent presque toujours pour les passions honnêtes. Au sujet des mots attrait, penchant, etc., et de pluneors autres moins vagues que ceux-ci , il faut remarquer que l'usage introduit volontiers un caractère de degré ou d'habitude, plutôt que de précision ou d'ac* taalité dans la passion qu'ils expriment.
ESPOrn, CRAINTE, ETC.
Après qu'on a reconnu le désordre des termes cou* tenus et des caractères ou nuances de la passion aui^ quels on les affecte, il y aurait puérilité à vouloir établir une nomenclature régulière sous des étiquettes con-
nues, à raoin!
dre le langagf m'attache h cation passioi terminer, ce se philosophique Les deux ^ beau ( ou le mi
onât carrière pour refonds sans inconvénient. Je s généraux de la clasâfiluivre dans les détails et la un chapitre de la langue
c'est-à-dire le bon et le d] sont souvent liés dans
la passion attractive (ou répulsive], mais surtout dans tout ce qu'on appelle amour. Elles se séparent dans les appétits organiques, où le beau n'entre guère, et, en sens inverse, daos le goût qui nous attire vers ces corn* binai sons d'idées ou de sensations, visuelles, sûûores, etc., dont le caractère de bonté est nul ou n'est pas immédiatement appréciable.
Les passions du genre du désir sont relatives à des fins possibles. Or, la possibilité a des degrés. Soni rinfluence de la passion, une fois prononcée, et d'a3leurs plus ou moins conforme à la raison, toute fin paraîtra probable, ou improbable, ou certaine^ ou iifr possible, La passion revêt à cet égard des formes nouvelles : devant la fln probable, au désir se joint IV pair, et, devant la fin moins probable, la crainte. Si la réalisation de la fin, soit par nous, soit hors de nou^ semble impossible, alors que nous la désirom
JOTK ET TiIS198SE. |79
menU il j a réiignatitm ou déie9poir;el su au contraire, elle semble certaine, il se produit une passion d'attente qui n'a point reçu de nom, quoique plusieurs de ses caractères ou développements soient aisés à qualifier : técwitét insécurité, patience, impatience^ etc. Les mêmes phénomènes passionnels répondent en sens inrerse aux fins aversabies selon le degré de proba- Ulité qu'on attache à leur production. Au reste toutes ces passions participent de celles qui s'attachent à la possession même des fins, et qu'il me reste à caractériser.
Supposons une fin présente, réalisée depuis quelque temps et avec quelque durée dans la conscience qui se sent la posséder. Alors cette fin est acceptée, voulue, ou imposée, subie ; c'est dire qu'elle est jugée favorable ou contraire. Dans un cas, la conscience est afieetée d'éléments qu'elle pense convenir à la perfection de l'être qu'elle se joint; dans l'autre, elle en est privée, ou, ce qui revient au même, elle est enchaînée à des phénomènes exclusifs de ceux qu'elle se proposerait librement. A cet acte prolongé de la possession en tant que sentie appartient la passion de la joye, si la fin est favorable ; j'entends ici cette joye permanente, paisible, cette satisfaction, ce contentement empreint de sécurité qui suivent en nous ce jugement, savoir que l'objet désirable nous est donné, et cela sans perspective d'aucun changement fâcheux. Lorsque la fin est contraire, la passion correspondante est la tristesse dont la définttîon serait exactement analogue. ^