‹ Essais de critique générale (volume 4)Chapitre 59 sur 193 · S VIII · texte numérisé non relu

S VIII

^ Suite. — l4« paMlon, l'iustlnct» l'habitude.

La passion est en nous comme une donnée immédiate, quoique souvent on puisse la considérer comme préparée, fortiQée et d'une reproduction plus facile, ou Wl contraire affaiblie, grâce à l'existence d'une habitude itic nous n'avons pas dû contracter sans intervention le la volonté délibérante. Ajournons cette question de la responsabilité des passions. La conscience est donc JMrsttt;^ sous ce fait de la passion qui actuellement l'afiocte? On ne saurait dire pourtant qu'elle soit sans action : l'homme passionné est éminemment actif et plein tf énergie, au moment où se meut en lui, et comme iuiliiéme, une passion développante dont la fin favorable Iti semble près d'être atteinte. Prendre les mots passion ^fossivité à la lettre et dans toute la rigueur de l'étyrliol(^e, ce serait admettre une séparation réelle entre % conscience et ses états dominants. On ne doit opposer

190 t/aCTÏVITÉ et tl PASSIVITÉ DANS Ll PASSTOn.

à des états que d'autres tJtats ou des actes ; les uns et les autres sont la conscience même, une ou partage» et sous des représentations diverses. Tout désir m contrepoids obtient son effet naturellement possible q\iand d'ai lions n'intervenant pas

Vhomiue et 1 une seule et même chose

alors une su les impliqués dans le prq

mier se dérc it, misme est déterminé k

tour suivant des là ^ rendrai compte (§ ii dessous)- Mais si des passions sonten lutte, si diffiJrerïl actes imaginés possible - différentes issues compi rables> si des biens de r re diverse apparaissent perspective, et touchent diversement, on se demande sur quel fondement la détermination a lieu. Devonsnous admettre que les passions se classent selon leu intensité ou leur force, suivent des lois statiques el if namiques, ont de certains équilibres et forment de ceft taines résultantes? Dirons-nous au contraire que Ifl éléments d'une décision, en pareil cas, ne sont pas ton posés avec les prémisses passionnelles?

La première supposition n'est point intelligible quoiqu'on en dise, dans le sens mathématique quoi lui donne et qu'on est toujours conduit i lui dooner^ Qu'est ce que la grandeur d'une passion? Quand ils'^ git de passions de même nature on comprend bid qu'elles sont égales ou inégales, et^ sans pouvoir fin d'unité pour leur mesure, on leur attribue cepei ime intensité quelconque, dont il est permis de j d'après Tampleuret Ténergie, encore que com] des effets qu'elles produisent en divers temps s

r fiia endafl

l'activité et la PASSIVITK DANS LA PASSION. 191

seule et même personne. La dilliculté dojù bien grande de préciser une appréciation tellement vague et presque toute synabolique, augmente singulièrement lorsque les passions sont simultanées et de différentes natures. On les considérera comme des mobiles qui ont cela de commun de pousser plus ou moins. Mais pousser quoi? Si elles luttent entre elles, comme pour occuper un certain lieu qui est la conscience, quoi de commun entre la réalité et ces images? Et d*où proviennent ces poids, ces impulsions variables vers des biens identiques ou différents ? où trouver l'impulsion ? où le milieu? où le i but? et quelles seront les lois du choc, ou de l'attraction 1^ elde la répulsion de ces mobiles imaginaires? Autrefois on réduisait ces fantaisies à une mécanique très simple. On assimilait l'âme ou la volonté à un corps résistant que les passions s'efforcent d'entraîner, mieux à une balance dont elles chargent les plateaux. Le symbole est grossier mais facile à entendre. Malheureusenent l'existence de cette volonté-là ne se définit pas aussi aisément. Chassant les mythes, il faut identifier la détermination quelconque avec la force prépondérante de Tune des passions en jeu ; envisager cette force dans ces grandeurs vagues et dénuées de mesure, les seules qu'on soit en droit d'attribuer aux passions ; et prouver ta prépondérance par le fait même d'une détermination qae l'expérience constate dansles cas de conflit. C'est une pétition de principe. Au fond, dépouillée de tout recours lux substances et aux causes substantielles, l'argumen- ' talion des déterministes est tout entière dans un appel m sentiment de causalité et à l'hypothèse de l'envo-

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loppement à priori des pb(5noiïiènes dans ïeurs anlrieidents. Nous avons vu ailleurs que cette hypothèse n'a pas plus de valeur logique que n'en a Thypothèse coo* traire, et que Texpérience et la loi des grands nombres la rendent pô ' * ' ^remier e&sai, § xïxvruet append. ix.) F «^

Pour adopter utre supposition, celle d'une certaÎDe indéterminatioi s £ turs, eu égard aux passiaas

actuellement données, il t d'abord savoir ce qu'on doit entendre > et de quelle manière on

peut concevoir 51 i des représen talions dans

la conscience i hie. La )erté ne se comprend pas dans la doctrine des substances r ce sera presque l'avoir démontrée que se Télre rendue seulement compréhensible. (V' § IX et ïui ci"dessous].

En considérant la passion spécialement dans rhomme, on peut la supposer jointe à la conscience plus ou moins claire d'elle-même, de sa fin et de ses moyens, soit qu il y ait réflexion actuelle, ou que, du moins, des représentations rationnelles soient possibles , et surgissent au besoin spontanément. Lors donc que l'activité doit se déployer en une série de quelque étendue, on observe une coordination raisonnée des moyens successifs pour atteindre la fin. Mais chez les animaux, chez l'homme lui-même, pour tout un ensemble de cas fonda mentaui, la passion réunit les états consécutifs, sans que la fin (surtout la fin dernière que révèle après coup l'ordre de la nature) soit aperçue, ou le soit distinctemeiiL Que si la fin se trouve en quelque façon représentée,

l'instinct. 193

rrive encore que la suite des actes par lesquels elle oursuit se succèdent et s'accomplissent sans réflexion alcul, infailliblement, de manière que la raison inenante ne puisse qu'en troubler la marche. Ces pasis aveugles sont les instincts.

lies paraissent d'abord intimement unies ù l'orga- De« presque sans conscience ou distinction aucune fonctions vitales : exemple, les mouvements qui se inisent pour la respiration, pour la déglutition, dans cas mêmes où ils sont dits volontaires. On les trouve I marquas à l'égard des phénomènes vitaux qui

pour effets la marche et ses modifications, le saut a mesure, l'émission de la voix el ses variétés ; plus ore dans les contractions musculaires qui font saisir fuir instantanément l'objet favorable ou nuisible ; Id, essentiellement, dans la série des actes des anias relatifs à leurs demeures, à leurs chasses, à la ération et à tout ce qui la prépare, la favorise et la

8*accomplir à travers beaucoup d'intermédiaires, i derniers phénomènes concordent sans doute, une Ta si bien dit Cuvier, avec des rêves, des vins, dont les animaux sont poursuivis et qui les rcnit comme somnambules. Mais quelque portée qu'on lorde h ces sortes de passions pour la pénétration de n fins immédiates, puisque la coordination com- 06 et prolongée des moyens s'établit et se déroule prîort, sans expérience possible, sans raison, irréioUe, la fin elle-même ne saurait se marquer distinc- ■nt, sous peine de nuire à la réalisation de ces ^mes moyens donl l'animal ignorerait les rapports wc die. On sait d'ailleurs que le développement de

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