‹ Essais de critique générale (volume 4)Chapitre 66 sur 193 · LES SONGES · texte numérisé non relu

LES SONGES

Qomènes aperçus, quelle que soit d'ailleurs leur diversité, une certaine mémoire les lie, une réminiscence au moins possible; et c'est cela même qui fait l'unité de conscience. Si donc le passage du sommeil à la veille sst une exception à la loi, il faut dire que chacun de ces ieux étals a sa conscience propre et indépendante, ou [joe les impressions de la personne qui dormait n'étaient pas véritablement aperçues de celle qui veille maintenant : ainsi, à l'égard de cette dernière, la seule de qui nous puissions dire en connaissance de cause qu'elle dormait , le sommeil est une suspension des {présentations.

Passons aux phénomènes des songes. Ils ont pour caractères communs : de se produire dans le cours du sommeil ou vers sa fin ; de former des séries quasi logiques et toutes relatives à nos fonctions connues ; de simuler l'expérience; de se coordonner avec les séries antérieures de la personne, et par là de lui appartenir; enh de laisser, au réveil immédiat, la mémoire de leurs ^cipaux traits, en môme temps que s'établit plus ou tioins rapidement la conviction de leur nature illusoire. Parcourons ces différents points et précisons-les.

Le songe est une dérogation au sommeil, un retour à b rêverie, mais avec les différences qui tiennent à un ibandon plus complet de la puissance réflexive, à l'édoignement de l'expérience et de ses conditions, et à i'élat propre des organes dont l'exercice est depuis longtemps suspendu. Cependant des sensations vagues peurcQt encore le produire ou le modifier ; et au défaut de

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celles qui naîtraient des circonstances extérieures, li représentation trouve un fondement dans celles qoi sont internes, ou dans la reproduction spontanée dtt sentiments qui ont occupé précédemment la conscience. (V' ci-dessous, § xt.)

Il n*est point de fonctions, point de catégories qui m s'appliquent à ces données dans le songe. Les rappoifi de nombre et d'étendue, une succession, des changA« menls observés s'y rencontrent toujours ; les qualilfli s'y présentent, rapportées à des sujets stables ou ioslfeii blés, liées par des jugements de toutes sortes, et dé lées en raisonnements, mais intuitifs plutôt que dis sifs ; les causes y sont supposées à propos des phén mènes; les passions surtout s y produisent très vivat ( pour des fins clairement aperçues ; enfin la personnel retrouverait en son entier, n'était l'absence de la réflexion. 3Iais les fonctions volontaires se réduisenti de pures ombres dans les songes; c'est-à-dire que ; représentations cessent alors d'être soumises à rapptl rence constante d'une représentation automotive, exaucée actuellement, ou qui se témoignerait être en piiUj sance. Aussi les choses, les événements, les pensées l forment et se succèdent en manière de spectacle, < nous nous ofi^rons nous-mêmes à nous-mêmes cou sur un théâtre. De là ce caractère de toutes les fofl tions intellectuelles , autre dans le songe que dans I veille : la comparaison instinctive et non délibérAfl point de critique, des inductions rapides, jamais diii| cutées, l'oubli d'une chose en présence d'une autre» M contradictions qui s'ensuivent; de là jusqu'à unevérfi

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table aliénation de la personne, qui arrive à se confondre ïiec une autre, ou i s'attribuer les phénomènes que tout à rheure elle s'opposait. D'autres fois la réflexion semble conservée, il est vrai, mais c'est moins dans le songe proprement dit que dans une sorte de rêve où WoTi cherche ù se produire contre les impressions ordonnées qui nous assiègent. Quoiqu'il en soit, (etle réflexion est elle-même songée plutôt que voulue ; t'est une copie des formes de la pensée délibéralive de feille, copie souvent fautive, bizarre, dont Thabitude ornil les éléments, quelquefois exacte aussi, et même inventive, mais bien rarement, Nos raisonnements, dans cet état, s'il nous arrive au réveil d'en formuler une réminiscence fidèle, se trouvent absurdes, des ombres de laLsonnements : nous pensions avoir fait de bonnes découvertes, et nous établissions des rapports sans fondement, ou tout à fait logoniachiqiies. Quand la violence de la passion qui nous élreint sollicite un véritable effort, nous nous ressaisissons quelquefois nous-mêmes Lifttnous réfléchissons pour nous retrouver; mais cet efnous remet dans la veille, ne fùt-co que pour un utstant.

La simulation de l'expérience dans le songe est due îsémentàce que, avec la réflexion, toute critique écartée ; alors ce qui paraît est, la croyance n'a plus l'autre base. L'opposition de l'apparent et du réel n'est D effet que celle du réprésenté , tantôt seul , tantôt jilacé dans une série de phénomènes antérieurs ou coniomitanls, tous établis, reçus et concordants. Or, au iiSmi des sensations qui s'enchainent et se limitent

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mutuellement, comme dans la veille, la ri5flexioo seule peut introduire des comparaisons et mettre en questioa la concordance des phénomènes.

La fausse expérience des songes prend place naturellement dans 1( * personne, toujours représentée à elle-n ;omprend que cette personne s'altère qnei , r la confusion de cerjui lui appartient et di qui jouent la réalité devant elle et qu'< i Ces derniers composent une personne nou ésulto une véritable aliénation del*pr nce simultanée delà réflexion et des sensalioiia it^ttos par la nature doit» ea effet, produire la démence.

Le réveil après le songe est un retour de ces deui sortes de fonctions qui se contrôlent Tune l'autre- Alors s'établit la comparaison entre Tordre général des phénomènes, où tout se lie et s'explique, et Tordre particulier déroulé pendant le sommeil. Celui-ci est jugé illusoire, c'est-à-dire que certains des rapports qui le composent jcessent d'être représentés comme Teipression de faits autres que d'iniagioaLion, L'illusion cou* sislait seulement à n'avoir pas conscience de la nature des phénomènes, et à suivre, pour les fixer, les inductions les premières venues. C'est de la différence radicale des deux états que provient la difficulté de se rajH peler distinctement les songes, La remémoration exige réflexion et effort : les phénomènes qui naguères nous occupaient » s'offrant et se succédant sans critique, maintenant, nous les lions pour les reprendre ; Tinterpolation inévitable glisse Texplication dans le texte ; ce

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qui n*était que tableau devient histoire^ et le songe qu'on raconte s'éloigne essentiellement du songe qu'on a bit.

Ceci doit nous mettre en garde contre toute observaton directe par laquelle nous croirions saisir sur le fait il persistance de la réflexion dans certains phénomènes hddes du sommeil : Tobsenateur est l'homme éveillé 9ii,réfléchîssantpour retrouver la mémoire, ne peut pas Inmtme temps ne pas réfléchir pour lier ses idées. L'inieiprétation fausse donc le souvenir. S'il arrivait alors foelepassé se reproduisit fidèlement, sansmélange, c'est qoe le sommeil aurait repris son empire ; le songe se Mmtinuerait et ne s'observerait plus. Ce cas est d'ailleurs feès commun, et je crois pouvoir assurer qu'entre la Mie et le songe la mémoire n'est jamais un interméjiûre impartial.

Les preuves indirectes ne sont pas plus solides. Et d'ace n'en est pas une que cette loi très connue, parit dtée, la loi du renforcement que le sommeil peut icr dans la mémoire acquise. On conçoit que la contracte l'habitude de certaines séries à la suite répétitions machinales du rêve. De là ce fait énoncé ieusement par M. P. Leroux : « Le sommeil il pas le moment principal où nos sensations se lat pour nous en mémoire et en imagination ? » le mystère est dans l'existence distincte des foncinYolontaires, dans la loi de l'habitude et dans ittence plus marquée des fonctions réfléchies. iifflexion, le travail proprement dit, sont donc étranrs à ces phénomènes. Cabanis cite le témoignage de

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