ORDRE DE CONDITIONNEMENT DES PHÉNOMÈNES
brusque, rapide, inévitable, terrible. Parmi ces causes, il n'en est guères que d'obscures, je ne dis pas dans leur rapport avec les effets intellectuels et passionnels, puisqu'il suffit à cet égard de poser des faits et des bariDonies, mais dans leurs modes propres d'implantation el de développement au sein des phénomènes organiques. Là s'ouvre à la physiologie un vaste sujet plein de desiderata, pour parler modérément et ne rabaisser pas trop la science. Ce sujet épuisé, s'il peut l'être, on aura défini mais non comblé l'intervalle des grands ordres de fonctions : on saura, je suppose, quelles lois physi- ({ues dernières précèdent immédiatement les premiers phénomènes organiques et sont des conditions de leur production, et quelles fonctions organiques extrêmes sont accompagnées ou suivies de telles modifications leprésentatives, sans intermédiaire aucun ; on n'arri- Tera point à confondre des faits dont la distinction fondamentale est et doit rester essentielle à leur intelligence, à leur représentation même. £n un mot, la Mâence de la vie n'a ici qu'un but possible : préciser les rapports d'espèce de succession et de conditionnettent mutuel des fonctions, ces mêmes rapports que Tobservation la plus grossière a de tout temps remarçiés dans le développement naturel des êtres sensibles. Au reste, nous savons àprion que les lois inférieures Ae sont intelligibles elles-mêmes qu'en tant que représentations, c'est-à-dire ramenées à la conscience, extraites de la conscience. L'unité du monde se fait donc pour nous à ce point de vue. A tout autre, le monde n'est rien pour la connaissance. Il s'ensuit de là que
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l'énoncé correct de Tordre de développement est celu ci : les représentations inférieures, représentées poy nous, précèdent et conditionnent les représentations su périeures, de plus en plus nettement et hautement repK sentatives en nous. Mais ce n'est pas tout, et cette! n'est que la moitié de ce que l'expérience nous seigne.
Lorsque l'être est envisagé à ce degré de l'évolution dl phénomènes où un organisme complet est donné ati les fonctions passionnelles et volontaires, un ordi nouveau et inverse de causalité s'établit, observable, est vrai, dans les limites de l'animalité supérieure si lement, mais cela suffit, et la loi que je constate est ce môme. Les fonctions élevées à la conscience se suba donnent de plus en plus les fonctions inférieures et I dirigent, et la nature change de face. <
L'étude du premier ordre de développement appi tient spécialement à la biologie. Celle de l'ordre inver est de mon sujet, et mon analyse, attachée aux faits < conscience, doit les suis re jusqu'au point précis où coi mencent les phénomènes organiques dont ils sont 1 causes. Je considérerai d'abord les représentations i tellectuelles et passionnelles, laissant de côté la voici proprement dite.
Le premier grand fait de dépendance de l'organii par rapport aux fonctions supérieures est celui que banis énonce dans ces termes : « Suivant la difTéi nature des idées et des affections morales, l'action organes peut tour à tour être excitée, suspendue, ou
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talement intervertie. » Il suffit de rappeler les effets de la tristesse et de la joye, passions fondamentales liées à la possession des fins, soit qu'elles se produisent brusquement ou que leur empire se prolonge. La conservation, l'exaltation, la dépression, les troubles légers ou graves, le dépérissement des fonctions organiques sont des conséquences ordinaires de cet état moral, de sa prolongation ou de ses crises. Le désir et la répulsion, l'espérance et la crainte, l'attendrissement, la colère et les autres transports agissent aussi sur les organes et ; modifient les impressions et les forces. La santé, la ma- ^ ladie et la mort se trouvent donc souvent dépendre des ^ passions, et subites et habituelles.
Les diff'érentes passions ont leurs effets plus ou moins normaux et communs sur l'état et le mouvement de quelques organes dont l'affection se trahit extérieurement : elles font rire, pleurer, rougir, pâlir, trembler, palpiter, sangloter, etc. Les effets internes sont <liffi- ^ tiles à déterminer nettement, surtout à leur origine et quand ils ne deviennent pas morbides ; mais ils se sentoït, et un groupe nombreux de métaphores, en usage dans toutes les langues, en fournit la preuve sommaire, au défaut de moyens d'observation qui permettent de suivre de près les séries des moindres modifications physiques correspondantes aux éléments de la représentation passionnelle. Ces moyens manquent tout à fait jusqu'à ce jour.
Un ordre d'effets très apparent et d'une grande conséquence, pour qui veut comprendre autant qu'on le peut les rapports délicats des fonctions de la pensée
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avec celles de la figure, nous est révélé par la subonft* nation constante où se trouvent les mouvements M corps, et plus particulièrement des muscles de lafaoÉ| vis-à-vis de toutes les passions. De là viennent ces sy* boles universels des représentations affectives, auxqHé les hommes se trompent peu quand ils observent, et qi les animaux mêmes n'ignorent pas. C'est aussi le prii cipe des arts mimiques. Chaque espèce marquée pr^îoccupation, pour des fins nobles ou basses, élevé ou intéressées, imprime au visage un cachet moma tané. Il en est de même de la tristesse et de la joje des transports de différente nature. L'habitude pOT peu fixe les lignes tracées par les premières imprt sions, et le masque se moule avec des traits qui n' taient d'abord que des convulsions ou des grimaM Ainsi les caractères, les mœurs, les professions mém ont leurs physionomies propres dans lesquelles iJ fai seulement discerner ce qui est acquis de ce qui est ni tif ; et si l'analyse de cette force plastique des passioi et de ses effets n'a pas encore atteint cette rigueur qi ferait de la physiognoinonie une vraie science, on l peut du moins en contester ni le principe ni certain! observations. L'action première et intime des passiol sur le cœur, le cerveau, le foie ou les poumons n'é pas plus certaine, et j'ose dire qu'elle est moins exa< ment connue.
En présence de ces faits qui subordonnent les cal gories inférieures aux catégories supérieures (il n'ii porte entre quelles limites), on a peine à comprend
STSTfiME DES MATËÎirAUSTES.
I Ihéories qui font de la passion un prolongement des
pliysiques. Les tîcoles de Cabanis et de Bichat
rdent le cerveau comme un centre d'action et de
où se séparent, sans changer de nature, des
ssions reçues par les organes, d'une part, et, de
Mre, des expressions, si je peux parler ainsi, les-
iles sont une simple réflexion des premiiiires. Qu'il
kdans la nature quelque chose d'analogue à ce qu'on
ici (fluide, courant nerveux, circulation vi-
etc-], on peut le croire afin d'étendre la spécula-
i physique aussi loin que possible ; et on peut cher-
à rétablir par la méthode des sciences positives ;
les faits de conscience prouvent qu'il existe aussi
I commencement et un terme des ph(!nomènes dans
présenlatif comme tel. Entre l'action et la réaction
^écoles subs tan liai istes ( matérialistes), se place quel-
m un fait que la physique et la biologie ne sau-
nt saisir dans Tordre propre de leurs observations,
t leurs procédés et instruments, un fait qu'elles ne
lienl non plus nier, la conscience mémo, La sensi-
proprement dite et les passions ne sont pas des
de la série des modifications centripètes et cen-
données dans le champ des sciences naturelles;
irtaiit il arrive qu'elles marquent la fin propre de
lïoesde ces modifications et l'origine de certaines au-
La solution de continuité d'espèce est inévitable,
remarquera que je ne parle pas encore de la vo-
Quand un rapprochement singulier de phéno-
s excite le rire (l'âne qui mange gravement des
Bs), peut-on assigner quelque rapport d'espèce