‹ Essais de critique générale (volume 4)Chapitre 71 sur 193 · QUESTION DU SIÈGE DES PASSIONS · texte numérisé non relu

QUESTION DU SIÈGE DES PASSIONS

entre les éléments imaginatifs et passionnels qui accc pagnent pareille sensation et les deux suites d'affectii des organes : Tune donnée en condition préalable é sensibilité, dans le système nerveux, l'autre qui se ( mine à la contraction des muscles de la poitrine et la face? Et quand l'estomac se refuse à l'action digesl parce qu'on apprend une mauvaise nouvelle, comiw classer le chagrin dans le genre des phénomènes !| s'étendent depuis la propagation des ondes sonores ^ ont frappé le tympan, jusqu'au spasme qui déterini| l'expulsion des aliments? Si le chagrin est une sécré(î( comme les larmes, il faut avouer quête produit nw laisse atteindre ni mécaniquement, ni par l'analyse cl mique, et ne tombe sous aucun de nos sens; ce oi donc là qu'une mauvaise métaphore, de tous poiotïjjj digne de la science. à

La notion de réaction est très claire en mécanic^ et par exemple chacun se la représente nettement d^ le choc des corps élastiques. Partout ailleurs cette i^ est vague et n'a que la valeur d'une comparaison.J celui qui se paie de comparaisons ))our dépasser | faits et les lois positives peut être un homme fort il Iruit, mais son savoir en ceci n'est qu'une vaine flj thologie imitée des âges primitifs, et déguisée souiJ nouveaux noms dont la poésie seule est bannie, r profit aucun pour la raison.

On s'est préoccupé aussi de fixer le siège des p

sionsdans l'organisme. L'examen régulier de cep

blême exigerait la connaissance minutieuse et préc

QUISTIOlf DU SItGl DIS PASSIONS. fSH

des dernières ramifications des organes, lesquelles conditionneraient la production d'une passion donnée, renlèvement de telle ou telle partie de l'animal par Tiyisection est encore loin de conduire à des observalions suflfisamment divisées. D'autre part, la suppresvon de]tout organe essentiel amène la mort. Le moindre ttamen est complexe ; les expériences les plus déliâtes, grossières; la conclusion toujours scabreuse, fftourtant cette horrible méthode, où la curiosité scientifique fait violence à la nature, il faut bien le dire, sera Si seule rationnelle, tant que de nouvelles découvertes physiques ne seront pas venues nous permettre de )^8ser plus avant l'élude des fonctions et de leur jeu localisé dans le corps vivant. L'observation directe des iffets des passions, ou de leurs conditions apparentes et extérieures, est d'ailleurs très insuffisante. Le trouble des viscères, par exemple, est variable pour une même j^assion, et souvent identique pour des passions diverfees. L'opinion de Bichat qui place l'origine et le terme ies passions dans les organes de la vie interne et orgalique, tandis que le cerveau présiderait exclusivement hkvie animale ou de relation, ressemble beaucoup h Hypothèse ancienne de [la pluralité des âmes, et n'exde au demeurant que des faits vagues. Ajoutons i considération des faits représentatifs nous montre des passions et les sensations tellement unies pour con- Mituer la vie de relation, dans le sens entier de ce mot, ne si la biologie arrivait à leur assigner des sièges sé« Tés, il resterait à établir sous un aspect plus général P^inité de l'organisme relativement à la conscience.

£58 OOESTIOÏ D0 SIËCX DE9 PASSIONS.

Deux organes fonctionnant solidairement dans une même circonstance donnée devraient avoir eux-mêmes un lien organique, el rentreraient k cet (^gard dam oi seul et même organe.

La pliréni " servalions. !

remarques, \ telles protut dispositions grossièremei genre peuvei vant voudra d emui^c c

sur un autre genre d'ûb* des observations que eei ûts souvent démenlisenlrç ie et telles passions, l^lki rbitratremenl divisées, ■ B que des rapports de ce est inconteslai>!e, un s»struire le système, et il le

construira j observant sans méthode sûre, sans instmmenls convenables, sans comparaisons rigoureusef» sans contrôle sérieux ; et il sera suivi de tous ceux qui préfèrent à la vérité pure et sévère, longue à produis, minutieuse à émonder, une apparence de doctrine v«la et achevée» dont leur importance s'augmente à l propres yeux,

-^ Au reste ces questions ne sont pas de mon ressi et la distinction nécessaire des fonctions organique*] des fonctions représentatives me permet de supposer volonté connus ou inconnus les sièges organiques sensations et des passions, sans que mon analyse en altérée* 11 me suflit de rappeler que ces sièges ne ventétreautre chose que les condilionsinférieures,e! tielles à chaque ordre de représentations, ou les en fonctions de l'organisme, placées à la limite de la sation même et de la passion même.

HOQTIHIIITS DI l'oRDBB DIOLOGIQUB. 259

ms d'une manière plus expresse la relation Dte de la représentation au mouvement des orvtmi les mouvements, il en est qui ne sortent lomaine de la biologie. Ce sont : i"" ceux qui ie intégrante des fonctions propres de la vie, nts du cœur, des intestins, des organes respiles sphincters, etc., mouvements antagonistes les, tous en tant que la passion ou la volonté iennent point; t"" ceux qui succèdent sponta- I certaines^impressions physiques, soit à Tétat ml à l'état morbide, et soit qu'une sensation se ou non pour la conscience, mais indépendamla représentation personnelle en tous cas ; tels mouvements dits réflexes, qui intéressent les intrales du système nerveux sans que leur aciment soit précédé de conscience, et quelquee sans tendre à aucune (in conservatrice de ne : par exemple, le vomissement provoqué ation du larynx, les convulsions causées par opérations, etc. ; 3<^ ceux qui se produisent oipagner des mouvements volontaires, mais en De association étrangère à la conscience, et ci peut même se proposer d'interrompre et de r à Taide d'efforts plus ou moins heureux, es mouvements rentrent dans une série que la [us avancée conduirait sans interruption aux 8 lois purement physiques, en les rattachant 3 et propres fonctions des organes. S'ils corit aussi à de certains phénomènes représentaae jele crois probable, tre n'est pas du moins à

260 MOUVEMENTS PROCEDANT DE LÀ COIf SCIENCE .

ceux dont la conscience humaine est le théâtre, au^ sus de l'organisme tout entier; c'est aux phénomj radicalement inconnus qui composent la propre Ti( relation de chaque organe ou élément d'organe, ce déré comme un être sut generis en rapport avec d' très êtres.

À la classe des mouvements dont je n'ai pas à m' cuper, mais dont je trace les limites, sont préposées lois organiques et physiques qui leur permettent d( développer en coordination, pour un même but, d différentes parties du corps ; ou qui établissent Vk monie entre les nerfs, les organes centraux et certi groupes de muscles ; ou par lesquelles, enfin, le jeu chaque élément s'associe et se proportionne au jeu \ sible des autres, de manière à répondre à un c donné. Ce n'est certes pas la volonté qui pourrait ad ter ainsi une modification organique quelconque à tout et à sa fin, car la connaissance de ce qu'elle an à faire pour cela, loin d'être le point de départ de actes, est un but ultime des investigations scientifiqc et l'instinct, comme la volonté, implique une préa nation dont il réalise certaines lois, mu par une im] sion appropriée à sa fin, qu'il ignore, ou dont il n'a le sentiment confus. Un ordre supérieur de finalité veloppe ainsi toutes les fonctions.

Je distinguerai maintenant cinq cas de mouvemi dont l'un des principes originaires est une conscic plus ou moins distincte ou effacée :

Les mouvements instinctifs, à conscience obsc

MOUVEMENTS INSTlktTrFS; 261

reux-mémes. quelquefois plus nelte, et à représentation daire ou voilée de leurs fins;

Les mouvements consécutifs des passions, mais qui ie produisent sans avoir été envisagés d'avance, et sou leal même sans être représentés au moment même où ik ont lieu ;

Les mouvements consécutifs de Timagination. et aux- [faels sont dus les mêmes effets que pourrait amener la ^sence actuelle de Tobjet imaginé ; î Les mouvements consécutifs de la représentation de [èes mêmes mouvements comme possibles ;

Les mouvements consécutifs de la volonté.

'. Après ce que j'ai dit ailleurs de l'instinct, j'ai peu le lignes à ajouter sur les mouvements instinctifs. Les htas s'ensuivent spontanément de la représentation con- Iftse d'une fin, sous des impressions données, et se dé- Moppent en s'ignorant presque : telle est la succion ik nouveau-né, tels et plus simples les mouvements du IMq8 dans le sein de la mère. Les œuvres des animaux iifêrieurs appartiennent sans doute à cette classe. D'au- ■es s'accompagnent d'une conscience plus distincte, iMome les actes par lesquels des êtres plus élevés , et lliomme adulte lui-même, pourvoient à leurs besoins atériels sans qu'une volonté formelle intervienne, as tous ces phénomènes, la fin véritable de l'acte est 1 ou point connue de l'agent, et, par exemple, il est rtain que l'appétit pour les aliments ne dépend nulnent de l'expérience, ou d'une notion quelconque de ''alimentalion et do son objet. Ajoutons que souvent le

2162 MOUTSMSNTS INSTINCTIFS.

but n'est atteint qu'à travers une suite d'intermédiain comme dans les faits de construction et de chasse. Vb très mouvements encore ont des fins nettement ; cées , et ne laissent pas d'être instinctifs ; ainsi ] marcher, pourvoler, pour fuir, fermer les paupières,! mais alors le mouvement se produit immédiatement P^ spontanément, tel qu'il doit être pour le but, eti préméditation , avant même que la conscience en donnée dans l'animal ou dans l'homme. Enfin il esti cas où la fin est clairement aperçue, où le mouveme est conscient et môme volontaire dans son ensen comme quand nous proportionnons un effort mus laire à l'effet que nous voulons produire, en saut en soulevant des fardeaux, en chantant, etc; mais] dirai encore alors que l'instinct y a la part princif)a parce que la mesure de l'effort et la combinaison moyens convenables ne sont ni calculés ni enseig par l'expérience (exemple, les mouvements proporlio nés et coordonnés des jeunes animaux de certaines ! milles), ou que s'il y a eu expérience, éducation pr lablo, c'est toujours un sentiment confus, dont on nef rend pas compte, qui avertit l'agent des moyens à mettre en œuvre en chaque cas, et du degré où ils doivent éliKr portés. b

On a beaucoup exagéré la part de l'expérience daé^rc ces sortes de phénomènes , et l'on n'a pas songé m ^ l'on rompait le lien naturel des animaux entre eut 4^^. avec l'homme, si, pour des cas tout semblables,»^ attribuait à l'instinct des uns ce qu'on veut tirer excln^i^ sivemcnt de l'éducation chez les autres. On aurait

MOOYIMINTS IUTINCT1F8. 203

Yoir surtout que l'expérience n'explique rien ici quand die n'ebt pas elle-même expliquée. Or comment nous fuUelle acquérir le sentiment de la nature et de la force 4e chaque impulsion à donner? Uniquement par l'habitude ; elle ne pose donc pas ce sentiment dans le principe, elle en rend seulement les applications plus justes, plus rapides et plus sûres. Enfin l'habitude est un instinct acquis, ou en voie de formation. Quand l'habitude L.«tsocie à certaines idées certains mouvements, ceux-ci l entrent dans le domaine des instincts ; ils y étaient déjà 4'une manière générale, par la possibilité de cette association qui n'a fait que se dégager et se préciser. Et quand nous apprenons par l'exercice à lier des mouvenents avec des mouvements, et à en écarter d'autres qui accompagnaient naturellement les premiers, ce qui '€ lieu dans tous les arts manuels, nous nous créons des jnstincts. La volonté ne combat efficacement l'instinct qu'en lui substituant peu à peu cet autre lui-même qui est l'habitude. L'expérience qu'elle fait acquérir n'est -ttDsî dans le fond qu'une application du principe des mouvements instinctifs.

*■ Les physiologistes étendent quelquefois le tilre de tfttouvements volontaires jusqu'aux actes qu'ils rapportent eux-mêmes à l'instinct ; et c'est au point de faire ^intervenir, dans la discussion des théories delà volonté, »les mouvements du fœtus, qui ne peuvent être dus qu'à Ifinstincl le plus vague de la locomotion. L'erreur pro- Vinent de la confusion de la spontanéité et de la volonté. ' Hous distinguons, quant à nous, ce qu*on ne peut se lefttser à distinguer, et nous usons du droit de définir

i(ii MOaTSMKNTS CONStCDTlFS DBS PASSIONS.

les mots, en n'admettant de volonté que 1& otily à di- k termination réfléchie et conscience, en agissant, dip pouvoir ne pas agir, cette conscience fùt-elle puremenl !^^ illusoire. L'opposition de la volonté et de l'instinct eA i}^d'ailleurs manifeste, car un mouvement qui derienii^ réfléchi, d'instinctif qu'il était, change ou peut changv j-^ par là môme : ceci est souvent un fait; et, si nous corn- i " parons des actes différents, il est ordinaire qucdj^^ qu'on appelle instinct et ce qu'on appelle volonté t^^ présentent à l'état de lutte, exclusifs l'un de l'autre. ^ ^

J'ai déjà discuté l'origine des mouvements qui suiveÉI:^ spontanément les passions. Ils dépendent des lois ( lient l'organisme au développement statique ou d) miquc des fonctions passionnelles, comme supérieuresfl dominantes. Mais ces lois ne nous sont révélées que] le fait; aussi se développent-elles sans nous, sans no personne ; leurs effets ne rentrent pas dans les fins < nous nous proposons, et seraient ignorés de nous i l'expérience ne nous en instruisait à mesure qu'ils M^ produisent. La portée de ces mouvements est grande^ ^ d'aill uirs : ils intéressent presque tous les muscles d^ corps, la face, les poumons, les yeux, la voix, les mem^ ;^. hres ; ils se lient aux sécrétions diverses ; à l'état pou^ainsi dire aigu,, ils peuvent amener les troubles les plurf graves, et, h Tétat chronique, ils semblent agir ai», sources de la vie, tandis que les passions moins active»,^ bonnes ou mauvaises, ont encore cette puissance visibk^ (le graver et de modeler le visage en se répétant. Uetl^ ù remarquer ici que le corps humain est beaucoup pluN

MOOTIMBNTS CONSECUTIFS DKS PISSIONS. 365

lenionnable aux passions que ceux des animaux, très grand nombre de ces derniers nous présente Ace impassible ; et très peu, parmi les plus élevés, nos physionomie mobile. Les signes physiques de I états passionnels vont s*abaissant et s'amoindris-* I quand on descend l'échelle animale.

1 Tolonté est impuissante à retenir ces effets de la ion» ou si elle y parvient c'est en retenant la pasmême , ou en la détournant , ou en la déprimant longue. Par exemple, on ne saurait s'abandonner X)lère ou à la douleur, au moment même où l'on rcerait d'en éviter les suites, et celui qui prendrait itudede ne point pleurer, de ne point rougir, prenen même temps celle de n'être plus possédé exclulent ou au même degré par les affections correslantes.

I signes des passions ne se laissent pas plus simuler lissimuler d'une manière directe, et en conséquence ï volonté immédiate. Les muscles volontairement les imitent maladroitement leurs propres mouve- I spontanés. D'autres fonctions résistent tout à fait ^lonté. Il faut donc ressentir la passion même, i feindre réellement, la feindre c'est-à-dire se er une passion équivalente et dont les effets soient ques. C'est à quoi certains hommes parviennent, is qui sont des comédiens de profession, d'autres ) trompent les premiers et ne discernent pas bien Taffection qu'ils éprouvent et celle qu'ils vouât (aire croire. Ici est le principe de bien des scènes 3ndc, dans l'ordre de l'ambition ou dans celui de

2G6 MODTBMBNTg CONSÉCUTIFS DS L*IM16IR1TI0M.

Tamitié et de Tamour. V acteur esiAl de bonne kil noff;)^ est^l menteur? pas davantage, si ce n*est qu'on dîai qu*il ment d'autant mieux qu'il se ment à lui-même, f 'J( Au reste le rire et les larmes se produisent quelqM*is^ fois par le seul effet de l'imagination vive d'une s«i»ak: tion ou d'une passion quelconque, dont ils seraient leip < suites ; et il en est de même de beaucoup d'autres phé»i t^ nomènes. Passons à l'examen de cette loi d'une impoVfjt»' t&nce capitale.

On appelle souvent, dans le monde, imaginati [avoir de r imagination], une disposition marquée recevoir des objets simplement imaginés les mêmes pressions que s'ils étaient présents. Les faits él taires de cet ordre sont journaliers et continuels chacun les reconnaît comme essentiels dans la ma et les accidents de certains caractères. La nature de faits de conscience n'est pas changée, mais il s'y j seulement des modifications organiques plus sensibli dans les cas encore très connus, mais trop peu obsenél^ et comptés, où les impressions s'étendent au corps. ChiÉ^ cun sait que la pure imagination de certains pbéDa(t mènes qui produisent des malaises nerveux peut amif ner ces malaises : par exemple, le souvenir d'un geod-^ de vibrations sonores. Un conte tragique fera frissoS^: ner l'auditeur qui n'est point dupe ; et c'est une granfl,^ source de l'intérêt dramatique. La pensée d'un alime4^^ répugnant, celle du roulis, donneront des nausées. I^^ peur avec tous ses eff'ets physiques résultera de ^ima|^ nation excitée dans l'obscurité. La fièvre se déclarai

MOUVSUEIITS CONStCUTirS 0X l' IMAGINATION. 207

dans les tourments de l'attente, et de faux indices de mainraises nouvelles rendront un éyanouissement imminent. Quelque rares que soient de pareils faits au degré le plus marqué, ils sont certains cependant, et leur portée dans la science ne dépend pas de leur nombre.

Hs deyiennent encore plus graves et d'un plus haut intérêt lorsqu'à Timagination s'ajoute une fausse eroyance en la réalité de son objet. Une substance indifférente purge quelquefois le corps prévenu, et on a m la crainte d'une asphyxie parla présence de gaz irrespirables , qui n'existaient pas , produire une syncope téelle. Enfin il n'est guère de médecins qui n'admettent f ^et salutaire de la confiance du malade en sa guériion ou dans l'efficacité des remèdes. Cette confiance, selon le caractère et le tempérament, et dans les limites ia possible , peut aller du simple effet favorable des {Missions douces jusqu*à l'action la plus décisive sur Poi^anisme.

Le rôle de la passion est manifeste dans ces phénoiDènes : c'est elle qui doit tout d'abord jeter un trouble mr les organes ; mais un fait fondamental n'en est pas moins celui-ci , que l'imaginatipn et la croyance peuvent quelquefois suppléer les sensations, les impressions physiques, et conduire aux mômes conséquences. Si nous admettons le fait, et il faut bien l'admettre, sous expliquerons sans peine une partie considérable des accidents dont se prévalent les initiés au magné" iwne animai II n'est pas impossible qu'un extatique éprouve effectivement ce qu'il pense devoir éprouver, Ou qu'on lui persuade avec autorité : de là une certaine

868 MOUVEMENTS COMSËCUTIFS DE L'IMàGINJLTIOH.

communication des symptômes des maladies , d'un pfth tient réel à un patient imaginatif ; de là aussi les effei de l'eau magnétisée, etc. Il n*e$t pas impossible qu'i^ près avoir annoncé imaginairement telle crise de maladie/ en tel temps, en telles circonstances, r< tique malade qui a conservé l'impression, sinon la moire nette, de ce qui d'après lui doit se produira tombe effectivement dans l'état qu'il a prédit; de sorti que la prévision ne serait ici que le fait d'une cro; justifiée postérieurement par une action de l'imai tion sur les organes, ainsi que le pensait Al. Bertri Ce genre d'explications est enfin le seul admissible tout ce que nous lisons de merveilleux dans l'histoi authentique des convulsion nair es de saint Hédard, que nous offrent encore aujourd'hui les scènes al jouées par les derviches musulmans. Sous l'emi» d'une imagination exaltée jusqu'à la frénésie, le corrf devient capable d'une résistance étonnante à des cauM de destruction même mécaniques, les douleurs se tooP^ nent en plaisirs, en co7i$o laitons, et l'insensibilité èil finalement une propriété de l'extase accomplie, m même que l'anesthésie résulte de l'emploi de certain^ agents physiques. Il n'est plus permis de douter qoÉ les martyrs de la foi dans toutes les religions n'aied souvent traversé l'épreuve des supplices dans cet étil où les sensations se modifient jusqu'à ne laisser plaol qu'à celles que l'imagination impose à l'organisme. < Tout cet ordre de faits laisserait par sa nature un grande part d'influence à la volonté, mais alors elle n s'exerce pas. Les personnes chez lesquelles on obserr

MOUTBMEliTS CONSSCUTIPS DK l'iMASIMATIOM. SOO

éminemment de tels phénomènes se distinguent par le développement des fonctions spontanées, imaginatives, eréalrices, que ne modère point Ténergie des fonctions réflexives. L'intervention de la volonté modifierait les résultats ou les rendrait impossibles en opposant le doute à la croyance , et en jetant l'incertitude sur des impressions dont la cause externe serait mise en question.

« Pendant que nous veillons, dit Aristote, il nous semble quelquefois voir, entendre, sentir. )> Tantôt des hallucinations plus ou moins rapides nous frappent ma limites du sommeil , ou en pleine veille ; tantôt, mais le cas est rare , il suffit de fermer les yeux pour 4?oquer des figures et les faire varier par une impulsion à demi volontaire. Cette sorte de puissance imagiaative se rencontrera chez un homme au génie bi^iarre, eomme Cardan , ou parfaitement sain d'esprit comme le poète Goethe et le physiologiste J. Nuller. Il est difficile de ne pas voir un phénomène analogue dans la tiogulière aptitude de ce joueur d'échecs qui joue et gagne les yeux fermés , loin de l'échiquier. Seulement ^ k mémoire et la volonté s'exercent pleinement dans ce dernier cas. Les images d'objets absents acquièrent ^nc l'intensité et la netteté qu'elles auraient dans la sensation , c'est-à-dire qu'elles jouent la sensation même, et, comme on doit penser que l'organisme y est *dès-lors intéressé, c'est qu'il se trouve déterminé, entraîné à ses mouvements propres qui d'autres fois, et Communément, précèdent la représentation au lieu de la suivre. Ainsi les hallucinations, les visions, les faits

270 MOUYEHENTS CONSECUTIFS DE L'iBiGINATIOR.

de seconde Tue « impliquent Faction de rimaginatioi sur les organes. Je laisse de côté les jugements et lu croyances « seuls principes d'erreur ou de vérité, qd infirment ou corroborent Texistence du représenté, H par là semblent revenir sur la sensation, mais qa| pourtant ne la font pas. Il en est des images hallud^ nantes de la veille comme de celles des songçs, où U jugement n'intervient point, du moins comme réfléchi Seulement, la croyance, la passion, les habitudes de 11 pensée, peuvent influer sur la nature des hallucîiifttions, comme sur celle des rêves, en dirigeant l'imagination ; et elles peuvent y prédisposer en l'excitant etlf surexcitant.

On ne conteste plus la réalité des sensations des hat lucinés et des visionnaires. Toute discussion élevée le dessus porterait sur les mots, non sur la chose. Mai on doute ordinairement que l'imagination, élevée à'k valeur 4'une sensation véritable , puisse précéder lei eflels organiques. Pour les songes, par exemple, Ari tôle et beaucoup de philosophes après lui , avant sans doute, ont admis une sorte de prolongement retentissement, un mouvement ondulatoire qui suit lei sensations de la veille, et les porte, les reproduit dana le sommeil. Si, pour généraliser une explication de C4 genre, on voulait que chaque élément représentatif d*unt vision, dans l'hallucination ou dans le songe, fùtl conséquence expresse de quelque petit mouvement con serve par l'organisme , on échouerait à comprendn pourquoi des images inattendues et arbitraires, ei égard aux sensations antérieures, s'offrent dans la sérî

Arisj

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MOUfKHEIlXS COII8ËC0TIF8 DE L*IMÀ6IlfiTI01f . S74

les phénomènes, et comment les propriétés d'une ap* ^lion, quelquefois étrange, s'engendrent en dehors le toute expérience faite ou faisable : il faudrait au moins chercher les caractères moraux de la représen^ talion dans Timaginalion proprement dite , et le problème subsisterait toujours, physiquement insoluble. D'un autre côté, l'excitation interne de tel ou tel filet nerveux, ou les affections morbides des organes quelles fa'elles soient, rendraient compte d'une hallucination, en cela seulement qu'elles en seraient les conditions [générales à un instant donné; car ces affections, modifiées comme elles sont, peuvent provenir elles-mêmes ë'un état antérieur de l'imagination ou de la passion; %U en tant qu'elles n'en proviendraient pas , elles ne sauraient expliquer la forme particulière du phénomène, tantôt vision mystique, tantôt apparence vuljpire, où les dispositions d'esprit du sujet sont tou«jours empreintes. Celui qui nierait toute spontanéité de U fonction imaginative, par rapport aux données orjgaoiques, aurait à s'attacher à l'une de ces deux hypoîthèses : à celle qui voudrait expliquer par voie de causalité les moindres traits aussi bien que l'ensemble et h signification d'une sensation imaginaire, en les déduisant d'une série de faits physiques ou vitaux, mais indépendants de toute forme représentative, et causes q)éciales de tous les accidents possibles de l'existence norale, intellectuelle, passionnelle, domestique, sojBale; et, de cette hypothèse où la causalité est enteni4ue dans le sens substantialiste, je n'ai plus rien à dire jp; ou à celle qui pose l'harmonie des deux séries, or-

S7S MOUVEMENTS CONSËCUTII^S DS L'iMiGlNiTlON.

ganique et représentative , chacune avec son dévelop pement propre, en sorte que des termes de Tune an termes de Taulre il n*y ait plus causalité, mais simpi concordance. Cette dernière théorie était d'une baiil valeur chez Spinoza , qui Topposait à la doctrine de causes substantielles (bien que ne se dépouillant pa encore lui-même du préjugé de la substance) ; mais ék n*a plus dMntérét dès que nous réduisons le rapport di cause à son sens positif, et que nous l'appliquons selo l'expérience. Nous remarquons alors que la série i» présentative est la seule ici qui nous soit bien connM et dont les termes s'enchaînent par des lois que novj puissions suivre. L'autre nous échappe en très grand partie. Or, à nous en tenir aux faits observables, doh voyons des phénomènes représentatifs précéder coq stamment certains phénomènes organiques et physiqui (ordre de l'imagination et des passions], de même qn nous voyons le contraire dans un autre cas (ordre de sensations communes et normales). Infirmer celte sud cession constante et la causalité qui s'ensuit selon H méthode positive, en alléguant l'existence de termes oi| ganiques latents, intermédiaires ignorés qui seraieqj les vrais et essentiels précédents de ceux que nous apei^ cevons, c'est jusqu'à nouvel ordre une hypothèse arbk traire et que la rigoureuse analyse ne permet point, i Ainsi je crois pouvoir conclure des faits que, si 1 forme propre et exactement caractérisée de chaque ses sation hallucinante , dans la veille ou dans le songe exige une certaine modification correspondante de l'or gane, cette modification est souvent elle-même un effc

LOI DBS MOUVEMENTS PR8IMÀGIN8S. 873

'eierdce spontané des fonctions représentatives.

68 cas que nous venons de passer en revue nous ent des mouvements organiques manifestés à la suite 'imagination ou de la passion, mais qui, eux-mêmes, général, ne sont pas imaginés et prévus avant de se luire. Passons à des mouvements plus simples, je i dire extérieurs, connus, souvent même dépendants 108 déterminations volontaires, et que l'imagination I envisager d'avance et attendre comme possibles ou ninents. L'idée de cette possibilité est présente à la science ; une passion s'y joint, quelquefois très fai- , bornée à l'effet inséparable d'une attente quelcon- I : de ce seul fait, le mouvement se produit. Il s'agit du plus intéressant des phénomènes de cet ordre, et it l'analyse exacte nous permettra de déterminer la are, la place et les véritables limites du fait de la vo« lé locomotive.

]a loi peut s'énoncer ainsi :

foutes les fois qu'un certain mouvement est donné tr l'imagination et prévu comme possible, ou encore une certaine fin est représentée comme pouvant se iver atteinte à la suite d'un certain mouvement , et m même temps une passion plus ou moins vive , ir, crainte, ou seulement attente anxieuse et trouile occupe la conscience, si d'ailleurs la volonté lenrient pas aussitôt pour changer le cours des retenlations, il se manifeste dans les organes une dis* ition à réaliser le mouvement imaginé, en tant que spontanéité le comporte.

tli LOI DIS MOUTEMBUTS PRglMAGIlftS.

Les mouyements compris sous cette loi passent poiu volontaires ; et en effet les mêmes peuvent être tels, el le sont souvent , ce qui explique Terreur ; mais la volonté est si bien étrangère aux cas dont je m'occupe que tantôt la réflexion et la conscience même n'y paraissent point, et le phénomène a lieu automatiquement ; tantdl si la réflexion s'y mêle, c'est précisément pour s'oppo* ser au mouvement ou le voir se produire contre ce qu'ai voulait. L'obsession due à une représentation constant^, ou qui revient sans cesse, peut dominer le pouvoir d'ap peler des représentations nouvelles, c'est-à-dire en un mot dominer la volonté considérée dans la conscience s Et où la prendre ailleurs? Dugald Stewart, qui a re** cueilli en bon observateur les faits relatifs à YimitatiM sympathique, veut placer une voUtion à l'origine chacun de ces phénomènes, et en même temps les a] peler involontaires. Le préjugé des causes substantiel et transitives mène très naturellement à cette contrai tion. C'est mal s'excuser que d'admettre une certa\ propension à la volition^ ayant sa source dans les prtii| cipes généraux de notre constitution; car il faut poi cela confondre la volition avec le mouvement ou a la représentation passionnelle qui le précède imm< teraenl, et admettre des voli lions sans conscience d'ell mêmes comme telles. Voyons les faits.

Je citerai d'abord la tendance de l'organisme à mouvements musculaires, et jusqu'à des sécrétions, n'étant d'abord qu'imaginées deviennent inévitabli Personne n'ignore ce qui arrive à l'égard du rire , di larmes, de l'urine, de la salive : il suffit d'une crainli

IMITÂTlOIf SYMPATHIQUE. 275

marquée d'éprouyer quelqu'un de ces effets pour que imagination se trouve par là même possédée et que le besoin ne puisse en être retenu facilement.

Vimitation sympathique de Dugald Stewart est une taidance à reproduire les mouvements que nous voyons tee à d'autres hommes, et jusqu'à un certain point à les objets inanimés. Pour ce second cas on cite les involontaires dont un spectateur accompagne des d'équilibre, la danse, une épée dans un duel, une 'loole sur le terrain, etc. : mais tantôt les déterminations kritatiTes s'appliquent à ce qui a lieu effectivement, et luildt à ce que Ton voudrait voir, parce que Timagiin peut se trouver plus affectée de la supposition et l'espérance que de la simple réalité. Pour le premier , de beaucoup le plus important , un fait universel l'imitation des caractères et signes extérieurs des ions» des physionomies, des gestes habituels, de la , de l'accent. Ainsi s'explique une certaine ressemdes personnes qui vivent ensemble, en famille» village, etc. Cette imitation involontaire, et que tous hommes présentent à quelque degré, devient un tait pour certains d'entre eux qui y joignent l'observaet la volonté ; quelquefois c'est un instinct puissant, passion irrésistible. Je ne parle pas de l'imitation passions mêmes, quoique liée à celle de leurs signes I dépendante du même principe; je veux dire du pas- Èpt de l'imagination des possibles à l'acte qui les Mise.

* A la même classe de faits appartient la contagion du

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rire, du bâillement, des spasmes nerveux et de plusieun affections morbides, et, en partie, la communication dfl ce délire d^enthousiasme, de joye, de dévouement, de douleur, de haine, de fanatisme, de férocité, de ravissement, d^extase, qui caractérise souvent les assemblées, les émeutes populaires, les actions militaires, les réunions religieuses. Tout ceci voudrait un volume d*aoilyse et je dois abréger. Mais il est indispensable de signaier les effets du même genre auxquels donnent liei les pratiques des sectes magnétistes. Autour du baqiNk de Mesmer, sous Tarbre de Puységur, devant la volouli prestigieuse de Faria, en présence des passes qui la mode du jour, l'imagination se frappe de la possibî lité de phénomènes qu'on a ouï conter ; l'incrédulité rarement complète puisqu'elle n'est pas fondée, et, serait-elle, il arrive qu'elle cède au doute, ou à crainte, ou à l'espérance qui prédisposent le sysl nerveux ; si, en même temps on est témoin des ai dents dont ne peuvent ou ne veulent pas suffisammi se préserver d'autres personnes présentes et soumises | l'expérience , l'organisme ne commence que mieux | s'ébranler. Alors se produisent les premiers phénomèoel attendus, des convulsions ou d'autres mouvements io^ volontaires, ou le sommeil. Une fois établi, ce somme dit magnétique donnera lieu ou non, selon la coa plexion et les dispositions de conscience du sujet, ai ^somnambulisme, à l'exlase et à tous ces accidents doi les limites sont encore mal connues. (Y' ci-dessous] § m.) On voit que les phénomènes d'imitation se produise^

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