‹ Essais de critique générale (volume 4)Chapitre 75 sur 193 · DB LA VOLONTE QUINT ▲ LA LOCOMOTION · texte numérisé non relu

DB LA VOLONTE QUINT ▲ LA LOCOMOTION

qu*il ne le serait d'en apporter Texplication rationndli après qu'on Taurait bien défini.

Passons à l'étude de la volonté comme cause de locomotion. Nous avons parcouru la série considéraU des phénomènes, qui établissent un rapport de suec» sion constante entre la locomotion, où n'intervient cune volonté formelle, et dont la conscience est quefois nulle ou peu distincte, d'une part ; et, de Yi tre : 1"" des modifications de la sensibilité peu ou consciente; 2"" des instincts et des passions; 3f imaginations plus ou moins passionnées ; 4^ des sentations de mouvements possibles et attendus. I volonté peut précéder un grand nombre de ces faits locomotion, qui se produisent aussi sans elle; etc n'en précède aucun qui ne puisse, en certains avoir lieu spontanément. On sait d'ailleurs, et on vient universellement que jamais un mouvement n'i dû à la volonté formelle, sans que l'imagination l'envisage d'abord , et sans qu'une certaine fin que conscience se propose , une certaine passion par séquent ne lui serve de motif. Sur ce simple exposé doit conclure, ce semble, que ce que nous nommons volonté n'est pas, à proprement parler, cause de la la| comotion, et qu'il y a double emploi et vice de logiqil à la considérer comme telle. De là vient que la divisioi des mouvements en volontaires et involontaires est ioi signifiante pour la biologie : la différence des faits ei| ici toute entière dans l'ordre représentatif, les uns i^

Dl Là fOLONTt QUANT k LÀ LOCOMOTlOll . 283

sant à la suite de la conscience qui s*oppose à kne et ainsi se fait, se fixe elle-même ; les autres msdence irréfléohie, ou confuse, ou obscure, ou fait inassignable, soit du mouvement, soit de sa

s ayons enrisagé la volonté sur son véritable If au contraire, quand elle nous est apparue à le et à chacun des embranchements des séries de lée réfléchie dans Thomme. Nous ne pouvions endre compte de la fonction par laquelle il pross actes, les enchaîne et les varie, lorsqu'il croit ir libre, à moins de caractériser la représentation I volontaire, et pouvant elle-même s'appeler, se rr et se suspendre, au milieu de cette matière de d'images que l'instinct et l'expérience accumul d'où elle emprunte ses éléments. C'est bien là ellement la volonté.

théorie de la locomotion, dont on écarte les faits ition comme tels, a pour elle, indépendamment raison péremptoire que j'ai donnée, l'analogie que de l'homme et des animaux, même les plus ors. Ces derniers, des mollusques, par exemple, Qt, en conséquence de leurs représentations pas- Iles, des mouvements qu'on ne peut appeler vo- 9S sans nier par là même la volonté dans l'homme, fondre sous un nom commun des phénomènes rérents. Les animaux élevés eux-mêmes obéissent e toujours à l'instinct, et se passent de volonté ccomplir les faits les plus amples et les plus dées de locomotion : ils n'imaginent guère les pos-

S84 SENS DE U CàUSÀLITË LOCOMOTIVE TOLONTAiaE.

sibles comme tels, et comment formeraient-ils des fdi* lions, qu'ils ne se témoignent point? Enfin les mouT»^ menls automatiques, liés à la seule correspondance muscles etdes nerfs, sans conscience personnelle, raient bien se rapporter à des représentations élémi taires propres, supposées dans les éléments organiqo( mais il n'en est pas moins démontré que la locomotiQi animale, en son origine expresse et dans son caractii fondamental, est un fait étranger k toute volonté.

Cette théorie ramène à l'unité le système des rapport entre les phénomènes représentatifs et les mouvemral et élève dans une autre sphère le fait de volitionpM prement dit, dont la biologie ne peut -découvrir aueri signe, aucun fait correspondant de son domaine. D î est bien autrement des sensations, des passions, d imaginations. Aussi beaucoup de physiologistes, fn| pés de l'identité des phénomènes du mouvement animi à quelque degré que la conscience corrélative monte i descende , n'ont admis aucune distinction tirée de i dernier caractère ; et, s'ils ont erré, ce n'est points cela, mais c'est quand ils ont voulu néanmoins définir volonté à leur manière, la cherchant où elle n'est pi

Ainsi je suis conduit à exclure la volonté des caus de la locomotion. Mais cette formule est-elle vraima exacte ? Ne met-elle pas contre moi le sentiment, le 11 gage universel, puisque les hommes se sont toujon accordés à regarder leurs volitions sous un pointde f tout contraire? Moi-môme, en traitant de la loi de cal sali té et du type de cette relation, j*ai dû la pwer, ntm

SIHS DB LÀ CÀUSÂLITS LOCOMOTIVE VOLONTAIRE. 285

juleineiit entre deux actes successifs de conscience, ais encore entre un acte de ce genre et un acte de ouTement local : or, la cause ici n'est autre que la Tonte, si du moins l'acte de conscience est réfléchi. À la lite d'une analyse plus délicate des fonctions buaines, j'obtiens maintenant un résultat opposé en apirence; mais la difficulté se lève aussitôt, et par une istinction qui paraîtra toute simple quand il s'agit de nises. La volonté est ou n'est pas cause de certains Blés de locomotion, selon qu'on entend parler de la hise éminente ou de la cause prochaine : la représention Imaginative et passionnelle d'une fin précède im- Ifdiatement le mouvement; la cause est donc là, une Monté n'étant point nécessaire; mais lorsque cette refeésentation est volontaire, c'est-à-dire s'objecte à elle- Hme comme une cause, cette cause est éminemment ^, et indépendante de toute fin donnée, puisqu'elle l^conçoit pouvant s'en proposer d'autres ; et dès-lors le est une première condition des effets dus à d'autres pelions quelconques. Ainsi la cause libre a été prise p justement pour type ; et on comprend que le lan- |lge ordinaire, celui des déterministes eux-mêmes , si ktarellement inconséquents, ait omis, pour passer de la lition à la locomotion, cet intermédiaire variable qui I la fonne d'imagination ou de passion de toute reéaentalion volontaire.

La Yolonté n'est donc ni un fait biologique , ni un k directement lié à des faits biologiques. Elle produit locomotion, dans certains cas, en ce sens seulement 'elle appelle ou cesse de suspendre une représenta^

286 THÉORIES SUBSTÀlfTIÀLISTU.

tion, laquelle, en possession exclusive de la conse

est immédiatement suivie du mouvement: ced, àr

des lois qui rattachent les fonctions organiques à <

de la sensibilité, de l'entendement et de la pai

L'effort, le ntm, ne doit pas être fixé dans le rapp(

la volition. comme d'une sorte de ressort myst

avec l'acte propre du mobile matériel. Ceux qui tiei

pour cette conception mythologique, où la volon

substantialise et s'incarne, semblable à un être coi

qui applique son action à un objet extérieur, c^

cherchent la marque de l'effort dans la seusatio

mouvement musculaire et de ses effets, conune si

force pouvait prendre corps et se faire sentir à

même. Mais l'effort, dans l'acception rationnelle <

mot, est le rapport de la représentation avecsoi, en

qu'appelée ou soutenue, pendant que des effets or|

ques et physiques se produisent en conséquena

amènent les sensations qui leur correspondent. I

leurs il est tout simple que l'acception conunun

\ effort musculaire porte de préférence sur la sensi

causée par la tension d'un muscle à tel ou tel degr^

langage confond toujours pour simplifier, et touj

groupe les notions abstraites sous celles qui sont

sibles.

Dans cette manière de philosopher, le matériali et le spiritualisme se valent. Un métaphysicien trou ridicule que Broussais définisse telle volition un act cerveau vivant, sans savoir, comme Broussais l'av ce que c'est qu'un cerveau ni ce que c'est que la

THÉORIES SUBSTAICTIALISTK8. 287

ï Ini-inâme défiaira telle contraction d'un muscle un ■rt de la substance voulante^ et ne se rendra compte I de la volonté ni de la substance, eu égard à cet effet. IV ces bases il devrait être facile de s'entendre, en repuudssant que quelque chose qu'on ne sait pas en- Indre et des volitions et des contractions : on se don- |Mdt la main dans la substance commune ; on dirait pirdle produit des actes divers parce qu'elle a la proipiM de les produire. Celte belle explication n'est-elle tout le fond et toute la valeur de la doctrine de la mce?

le ne voudrais pas ranger ici dans le commun des 1rs Haine-BiraUt philosophe d'une estimable proeur, qui eut ce rare mérite de ne jamais bien com- Bdre la substance, il est vrai sans le courage de s'en inchir, et qui se fit une idée assez forte de l'héléroilé de l'organisme et de la volonté pour écrire ces i: € Veut-on savoir quels peuvent étreles instruments i ressorts organiques auxquels tiennent les volitions, ^ne sait pat ce qu'on demande. r> Pourtant , Hainein croyait pouvoir établir la parfaite connexité de nforl voulu et de la sensation musculaire^ termes in- Irisibles, quoique distincts , d'un même acte de conlience, éléments nécessaires d'un même fait ; et, ideniant cet effort voulu avec la détermination ou acte )0me de la volonté efficace, il concluait à l'aperception jinédiate et certaine de la causalité libre : « Quand on Informe si l'agent est libre et comment il l'est, on dele ce qu'on sait. » D'après cela il est difficile d'exle philosophe d'une certaine confusion très con-

288 THÉORIES SUBSTÀNTIÀLISTI8.

traire à ses yues, entre la Tolition et Torgane, et i l'omission d'un élément essentiel qui les sépare : Tim gination du mouvement prévu.

L'analyse de Maine-Biran est en effet bien imparfiaiii et ses termes peu définis. Qu'est*ce d'abord que la mi sation musculaire? Une sensation essentielle à l'ad même de la volonté dans ce que l'auteur appelle l'efla voulu 7 II le faudrait, mais je n'en vois pas de ce genii Est-ce la sensation qui nait à la suite du mouvemMl musculaire une fois prononcé, et dans le conflit d| parties de l'organe entre elles ou avec des corps étrn gers? Celle-là se comprend, mais comme elle est ml conséquence des ébranlements organiques, on ne Mk rait en faire une partie intégrante de Tacte de conscieBM dans la volilion, caria causalité a changé de sens, et c*6| maintenant l'organisme qui agit sur la conscience, H produisant des phénomènes sensibles. L'intervalle é temps est court mais inévitable, k moins qu'on n'ai mette l'unité et Tidentité des actes du mouvement piq sique avec ceux de la volonté. Le philosophe arrivi donc h l'unité de substance par le chemin qu'il crojl le plus propre \ l'en éloigner. Le dernier effort du sut stiintialisme était semblable aux premiers et aux pli anciens.

La confusion la plus flagrante est celle que couvrei les mots d'effort voulu, et qui me ramène au cœurc mon sujet. Vacte de la volonté efficace se forme 4 deux éléments : 1"" la représentation actuelle du mcM vemenl que nous savons et désirons produire avec V branlement musculaire, et que nous attendons en ca

THtÛBIKS SUBSTANTIÀLISTES. 289

équence : acte d'imagination, avec une fin, un motif, me passion plus ou moins marquée d'un certain ordre; i* cette même représentation, en tant qu'elle se reprémte fixée par elle-même , tandis qu'elle pourrait se jospendre ou se modifier : acte propre de la volition. Ses deux sens de Tefibrt voulu sont si peu identiques |Bele premier est très communément le seul applicable. ions ce premier sens, il n'y a pas proprement volonté, Mis on sait que les grandes séries de phénomènes de iMomotion ne s'y rattachent pas moins pour cela ; aussi irrive-t-il que ces phénomènes sont encore qualifiés par Ibns de mouvements volontaires. Sous le second sens, ta contraire, abstraction faite de l'autre, il n'y aurait ^oÎDt conscience d'un mouvement attendu. Reste à con- Mérer l'accession de la forme représentative volonhire à la forme imaginative et passionnelle; et puisque celle-ci pose un intermédiaire nécessaire entre la iDknté proprement dite et le mouvement, un intermélure qui réduit à lui-même est capable de tout l'efiet, iest clair qu'il n'ost pas permis de prendre la volition, llffinie correctement, pour la cause prochaine ou immé- Mitte de la locomotion.

Ir II résulte encore de là que la liberté n'est pas une 9ferception immédiate interne, mais que la question Nobsiste toujours : si les représentations imaginatives Nt passionnelles sont ou non préordonnées dans tous ks cas possibles, et si la représentation dite volontaire iune apparence que présentent quelquefois les pre- ■•ières, ou, de plus, un acte réel par lequel elles sont

^sciUfes quand d'autres pourraient l'èlrr. No prouvons

290 DU FAIT OK LA CONTRACTION MUSCULAIRE DËLIBSitl.

donc pas la liberté par le sentiment de V effort libre, k mcHns que nous n'entendions par ce sentiment autn chose encore que le témoignage de la conscience empirique durant Texpérience immédiate de la Tolonté: savoir une croyance en la réalité des possibles indéto^ minés apparents, auxquels la réflexion et la délibératiM s appliquent. £1 la preuve alors n'est plus pureaieal expérimentale, non plus que rationnelle pure.

Achevons par une définition aussi précise que poi^ sible du fait de volition, relativement à la conlraclîfli musculaire. Ne dépassons pas ce fait ': il se réduit | ceci : La représentation d*un mouvement qui dépeil de nos muscles étant posée comme possible, comoi actuellement réalisable, comme aperçue dans le futai immédiat, en vue d'une fin et d'un motif quelconque*^ ne fût-ce que celui d'éprouver le phénomène ; si l'orgM nisme comporte une modification de nature à amener^ le mouvement prévu ; si d'ailleurs une fin, contraire &;{ cet égard, ne vient pas à la traverse, et si la représenta-» lion n'est pas à l'instant suspendue par la pensée qu'elb peut, qu'elle va susciter cette fin contraire, ce moufe? ment est effectivement produit ou commencé dans uft intervalle de temps inappréciable.

Il est h remarquer que l'effet de locomotion atlenda ne porte pas sur la contraction musculaire elle-mém6«, mais sur un mouvement externe, ou de l'organe, on] d'un corps étranger; mouvement dont cette contraclioai est le moyen, mais moyen que la représentation m règle pas, ne coordonne pas, n'atteint pas même. U

DU Pin DB Li CONTRACTION MUSCULAIRE DÉLIRfiRËB. 291

but seal apparaît clairement à la conscience; les intermédiaires sont du domaine de Tinstinct et des fonctions i^ontanées de l'organisme. Le cas le plus frappant de eêlte loi s*obser?e quand nous désirons obtenir spontuément un effet inaccoutumé de nos muscles : on sait l|li*il y a de ces effets qui s'acquièrent par l'élude , et Missi qui s'oblitèrent. Notre unique ressource pour y parvenir est de nous représenter le but avec insistance èb la volonté , jusqu'à ce que d'essais en essais, lou- Joors plus approchants , la modification organique plgDorée soit bien celle qui produit ce que nous attenions. On tenterait l'impossible en cherchant à appli- ^pMf une Tolition directe à ces premiers ébranlements lidiés de nos organes, desquels tous les résultats dé- Indent.

Cette analyse peut paraître négative. Il est vrai Telle est sans figure : on n'y retrouve pas la volonté 'une habitude enracinée personnifie ; mais tous les lents dufait y sont contenus, et sans rien d'étranger. »liquons-le à un acte musculaire des plus simples. Ik moment où je me demande, par exemple, si je lè- Herai le doigt ou si je ne le lèverai pas, que puis-je saiirdaos ma conscience? ou ceci : le doigt représenté Mnme levé, sans opposition de fin contraire ni internlion d'aucune autre idée ; et alors le doigt se lève. Mime dans le phénomène du vertige dont j'ai rendu Mopte ; ou cela : la représentation de ce même acte tmme suspendu ; et le doigt ne se lève pas. La volonté, fleqae je l'ai définie parait dans l'un et l'autre cas, en Bt qae la représentation se considère en puissance

^9i DU FAIT DK LA CONTRACTION M0SCULAIJ18 DJtUBtaËL

d'être ou de n'être pas actuellement , par soi seule. Ainsi le rapport entre la volilion et la locomotion se dédouble : il faut rapprocher, d'une part, delà représentation en général et comme automotive, la représentation particulière du fait possible, imminent, actuel : la sphère du vouloir est proprement là ; et, d'une autre part, de la représentation particulière du fait ainsi imaginé, sa production par le jeu latent des organes.

Dans cette seule série de phénomènes si étroitemeDl enchaînés il y a trois ordres de causalité à distinguer: : l^ La causalité première et typique, rapport du phénomène représentatif avec lui-même. La puissance, l'ada et la force sont pris ici à leur origine pour nous, et partout ailleurs n'ont de sens, h notre point de vue, qoA par extension et généralisation. De là vient que suivant la solution donnée à la question de la liberté, les idées de force et de cause se trouvent avoir un aspect tout diflérent. S"" La causalité que nous supposons invinciblement dans le fait de succession constante de certains de nos phénomènes représentatifs et de certains représeotés sous les lois d'étendue, de durée et de mouvement 3"" La causalité dans le rapport mutuel de ces dernien phénomènes, lorsque le mouvement local est communiqué, et que nous envisageons la force comme purement physique ou mécanique.

Nous nous demanderons ailleurs quelle unité ilserail possible d'établir avec vraisemblance ou probabilité entre ces phénomènes divers, ces forces diverses. Mais la question échappe à l'analyse, c'est-à-diro à la méthode (jiie je suis en ce moment. Je dois donc m'en tenir aux

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