DÉTERMINATIONS DES ANIMAUX
«mples distinctions qui servent de fondement à des fldences distinctes.
SXll.
r»pporto «!• Im passion avec les déicrml nations de conscience*
En observant le développement des fonctions mécaniques , physiques , organiques , sensitives , intellectadles, passionnelles, on voit les conditions d'existence et la causalité procéder de l'ordre inférieur à l'ordre inpérieur, sans que pour cela l'on puisse conclure intelligiblement à la contenance des éléments nouveaux dans les anciens et à leur identité de nature ; mais, à chaque pis d'un progrès dans l'être , quelque chose devient , i|aelque chose commence. Quand on arrive aux fonc- Jkns iniaginative et mémorative et aux passions , soit lettes soit instinctives, par conséquent dans le système les forces organisantes animales (mais disons dans [lliomme pour ne nous pas éloigner de l'expérience la plDS positive et de notre sujet), la causalité s'offre aussi tt sens inverse, et l'action développante des phénomènes admet les deux directions. Enfin parait, avec la téflexion et la délibération, la conscience de pouvoir appeler l'une quelconque des représentations accessî- Wes à rimagînation et à la mémoire. Ces dernières fonctions s'élèvent ainsi à l'état volontaire, et mènent la Taison à leur suite : la cause atteint sa signification sul^rtme; les notions d'activité et de passivité, dont la
89 i DËTBRNINITIONS DBS ÀllIlIAUX.
valeur était jusque-là très obscure, s'expliquent ; Viûr dividualité, la séparation, à certains égards la délivrance de l'homme lié à la nature se fondent sur leur vrai titre. C'est le terme extrême du progrès, dont l'observation nous soit donnée ; mais il reste la question qui laisse tout en suspens, la question de la réalité du pouvoir libre de la concience : une loi universelle n'enveloppet-elle pas les instincts, les passions, les idées, dans leur déroulement propre comme dans leurs rapports arec les fonctions physiques, et n'est^Ue pas ainsi prédéte^ minative de nos voUtions 7
Nous avons vu que les animaux , mus par différentai passions au même moment , choisissent entre les fins qui leur sont offertes. Nous ne pouvions leur reconnaître pourtant ni délibération proprement dite ni vo* lonté, car rien n'indique qu'ils s'en rendent témoignage à eux-mêmes et il est manifeste qu'on observerait de leur part, dans le cas contraire, des actes en conséquence qu'on n'observe pas. Il faut donc que les phénomènes d'imagination et de mémoire et les états passionnels, modifiés quelquefois par l'habitude, suivent en eux certaines lois préétablies de construction et de succession, et que le degré quelconque de conscience qu'ils apportent à leur choix soit comme un simple annexe de la passion dont ils se trouvent occupés à l'instant où se produit l'effet organique. Nous ne dirons i pas que l'effet est attaché à la passion la plus forte, en cas de lutte, parce que ni la comparaison des forces, ni la lutte ni son théâtre ne nous offrent rien de clair; mais nous dirons que la représentation qui se soutieni
DtTIRMlNÀTiONS DES ANIMAUX. 895
de lait un temps sufl&sant produit tout Teffet qu'elle eomporte pendant cette durée , et tant qu'il n'en surimt pas une autre dont l'effet propre soit incompatible ifee celui de la première. Si des passions concurrentes te lient respectiTement à des mouvements que Tanimal fuisse faire à la fois, il les fait, et la résultante est dans eee derniers, non dans les passions mêmes ; si les moulements ne sont pas conciliables, c'est en eux et en eux leols que parait naturellement l'équilibre ; enfin, si les ifleelions se produisent avec intermittence, le cas est fréquent, nous voyons naître une suite de mouvements inparlaits, successivement suspendus et repris, jusqu'à ce que Tune des sensations ou imaginations présentes lit disparu et qu'une autre ait duré pendant un intervdle convenable.
Dans tout cela nous devons admettre que l'animal a h conscience de ses impressions, même la consciencs de son choix, mais non celle d^avoir pu choisir autrement, ou d'être l'auteur de telle ou telle imagination, de tel ou tel souvenir, évoqués de préférence à d'autres ^i 86 trouvaient aussi parmi les matériaux disponibles de son ei^périence antérieiure. On ne peut donc pas sonfer à poser ici la question de la liberté ; mais on peut poser une question autre et plus générale en un sens, ttUede l'arbitraire, ou du caractère fortuit de certaines leprésentelions et de certains mouvements incidents, dans lesquels n'interviennent point la réflexion et la volonté. Est-on bien certain que toutes les déterminations de oe genre sont rigoureusement exigées par leurs pré- €Meals,et que le savant idéal, dont la connaissance s'é-
S96 DËTBRMINITIONS HUMAINES.
tendrait à toutes les lois réelles du monde, serait en étal de prévoir en les mesurant les moindresinQexions delà queue d'un chien, par exemple, en tel sens et à tel iDSr tant? L'esprit de la science dit oui, et avec raison à ce qu'il semble, parce que son but est de reculer indéfiniment les bornes inconnues du connaissable. Est-il biea nécessaire pourtant de nier ces bornes elles-mêmes? £spère-t-on sérieusement tout savoir? Un homne comme Aristote admettait un domaine du hazard : eoftt-il moins bien exploré pour cela le domaine des loisl Si le hazard, si les déterminations imprévoyables, arbitraires, sont rejetés du monde de l'expérience acludle, on les retrouve, confondus avec la nécessité des foils irréductibles primitifs, en remontant de phénomène en phénomène au commencement des choses ; et là, ce n'est plus seulement une spontanéité indéterminée, maisavec des précédents et sous des conditions données, c'est la spontanéité première et absolue qui se rencontre. Toute explication a des faits originaires pour limite, et 11 science est toujours bornée (V. Premier essai § XLvmel xLix). Quoi qu'il en soit, la question que j'ai cru devoir énoncer est insoluble, et je la laisse. Celle du hazard produit de la liberté est tout autre.
Si l'homme n'est pas libre, la condition de l'animal sera aussi celle de l'homme, avec de graves différences . qui alors ne toucheront pas le fond. La première de toutes est l'incontestable apparence de la liberté dans le jeu des motifs humains. Les données passionnelles s'étendent et se diversifient ; les fins rationnelles, les fins
DÉTIiUMl.NATlO^S HLMAl.NKS. 2.\)1
désintéressées ou relatives à des intérêts étrangers, éloignés, généraux, artificiels, s'ajoutent à celles des alleclions animales et des impressions actuelles. Par la mémoire et rimagination volontaires, par le raisonnement qn'die institue, il semble que la représentation se meut ferec indépendance; mais enfin, sous toutes les formes qu'elle prend , y compris la volonté , elle pourrait se trouver préordonnée en séries inévitables, et suivre des lois latentes mais certaines.
Quand il s'agit de l'homme, on n'a pas à considérer seulement des jugements instinctifs ou spontanés, à la suite des impressions reçues ; il y a de plus l'aifirmation rffléchie. Ici la détermination porto sur la conscience le connaissant telle. Le cas est très net dans celles de B08 affirmations qu'on appelle désintéressées , par exemple en matière de science. Mais il arrive souvent qu'un jugement pourrait ôlre réfléchi, et d'autres fois l'a été. et qu'il né l'est point à présent, ou qu'il ne l'est pas assez ; il arrive encore qu'une passion le précipite ou le maintient contre la réflexion, contre le doute possible: car il n'est pas d'acte de conscience qui, de près oa de loin, ne soit relatif à quelque fin propre a éveiller des affections. Nous avons étudié la question des rapports de la passion et de la volonté, quant à la locomotion et aux actes organiques : abordons-la maintenant 1 l'égard des jugements, des affirmations, des. actes mêmes de la conscience.
le parcourrai d'abord les cas anormaux de l'afiirmaï%\ ^nplus ou moins spontanée ou mal réfléchie, afin de ^jl compléter ce que j'ai dit ailleurs des erreurs que com-
S98 AFFIRMATIONS SUR lUPRESSIONS RIÇOES.
porte Texercice des fonctions humaines : sensation, imagination, mémoire, prévision, pensée, mais en réservant toujours le problème de la certitude et de S6i signes. Ensuite, passant au cas normal du jugement, et du plus régulier quant à la volonté, j'établirai k comparaison systématique des hypothèses de la liberté et de la nécessité.
Les affirmations sont relatives k la forme ou au fond du jugement : à la forme, elles portent sur les lois gi^ nérales de la représentation et sur les règles logiques par lesquelles les jugements sont liés ; c'est de bemr coup le plus sûr et le moins incertain des éléments dl la conscience; au fond, elles regardent l'existeiiei (comme donnée dans le domaine de l'expérience), ou àê certains êtres ou de certains faits, soit induite de nos impressions immédiates, soit conclue de comparaisoBi et de raisonnements sur des bases quelconques ; et eih fin elles peuvent concerner les décisions de la spéco* lation pure.
L'affirmation la plus immédiate est celle qui suit uns sensation. Le sujet affecté de l'impression sensible juge, conformément aux catégories, qu'un objet lui est présent ; et, de plus, il juge que les circonstances, les fdli de liaison extérieure sont réunis tels que l'expérienci commune les veut en pareil cas (V' ci-dessous § xvi). Mais la sensation peut n'être qu'une hallucination. Nous avons vu quel rôle appartient à l'imagination pour préparer, ou même produire, ou du moins accompagner et interpréter ces sortes de phénomènes. Dès qu'os
ÂPnilIATIOIlS SUR IMPRESSIONS REÇUES • 299
)S*élèye dans le sujet, sur la réalité du représenté, Blexion intervient, et un jugement yolontaire doit irer, la cause entendue, s'il y a ou non conformité i l'apparence individuelle et les autres motifs sur lels on peut fonder l'existence d'un fait dans le dote de l'expérience. Parmi ces motifs, le témoignage tant et les impressions d'aulrui sont les plus simaussi bien que les plus valables et à la portée de Il serait superflu de les énumérer. On sait qu'il pas très rare de trouver des hommes qui jugent vêtement leurs propres hallucinations. Mais le refréquent du phénomène, l'état morbide qui s'y , surtout les passions qui s'y appliquent ou qu'il Mjue, la crainte, la haine, l'orgueil, l'ignorance, et rlége des suppositions fausses, jettent le trouble la conscience. Au lieu de réduire à sa juste valeur slité des faits, on l'accepte pleinement sur l'appa- ), et on r explique; on explique aussi pourquoi les s hommes en jugent autrement : on les imagine mus, intéressés, hostiles. Dès ce moment, la per- 9 est transportée dans un monde individuel, imare« et ne s'accorde plus, ne s'entend plus qu'avec aéme sur des points où nulle autre qu'elle ne ) que son jugement puisse être approuvé. C'est la e.
I caractère de cet état est donc une subordination 9 de la volonté aux passions, touchant des aflir* (HI8 qui seraient contredites par l'universalité des mes appelés à se prononcer, et par le sujet luile, s'il pouvait n'être pas intéressé. La fonction de
300 THfiORIE DU VERTIGE INTELLECTUEL.
la raison chez ce dernier .n'étant plus que de chercher et de trouver à tout prix des motifs de juger et d'agir exclusivement conformes à sa passion dominante, il al très exact de dire que cette raison e$t perdue. Aussi la manie a-t-elle souvent sa terminaison dans la démener la plus caractérisée.
Nous venons de voir, le point de départ dans l'hallacH nation qui, par elle-même, n'a rien de commun avec M démence; il peut se trouver également dans un éM d'apparence interne . une douleur, un malaise dont \i sujet cherche la cause. Soit que l'imagination ait pré ou non une part essentielle à l'établissement de oeflj phénomènes, le premier rôle lui appartient sitôt que sej présentent les hypothèses destinées à expliquer au sujn ses propres impressions. Une possibilité s'offre à la goii< science ignorante et crédule, et reçoit une formule a{h propriée au degré de ses passions et de ses lumières J on me persécute, on m'empoisonne, on m'électrise, etCi^ idées familières à hypocondre. Or, de même que l'ima-^ gination de l'acte possible conduit à l'obsession , al vertige, et finalement à l'acte présent, ainsi rimagin*" tion d'un fait ou d'un système, appelé à rendre raisM de certains phénomènes, conduit en se répétant et K fixant de plus en plus , si bizarre qu'il soit souvent/ jusqu à l'affirmation décidée de ce fait ou de ce système. On voit que la monomanie des idées part du même prin^ cipe que la monomanie des actes, dont j'ai donné plui haut la théorie. La pensée constante du faux ou dé l'absurde, d'abord retenue par une négation également
^' ll'lil.
THÉORIE DU VKKTIGK IMKLLKC'l L'KL.
lominante.rj oerdue. AbsI lans la d^
t dans IhiT ;oiumun a^ t dans un malaise inatioa 9t.
ssement de ient sitôt ct :pliquer a€?
3 s'offre à li ine formol e ses lu n'électrise, léme que fi ['obsessKc insi Vima.
i rendre répétant
soit scin de ce sr<; lu mêm:
3' donné
faux oî
constante, mais jointe à quel([ao idée de possihilitr tend aux mêmes effets que la représentation répétée dun acte déplacé, ridicule ou criminel. C'est vérilable ment la tentation de la démence , et nous ne saurion: y méconnattre une application de la loi du vertige enîisagée ici dans le cas des déterminations pures di h conscience, et là dans celui des représentations aptei i entraîner immédiatement des conséquences organi tpes. Enfin, il s'agit, nous l'avons vu, du principe d( k locomotion normale elle-même, quoique nous ayoni [i regretter Tabsence d'un mot convenable pour expri aer le passage régulier de l'imagination passionnell( mouvement spontané.
n parait donc que le fait primordial de la folie , ai
int de vue représentatif, est le vertige intellectuel, C(
ige de l'imagination du possible à celle du réel, oi
l'une hypothèse, d'abord avouée telle, à laconnaissanc
indue d'une réalité. La transition s'opère sôus Tem
d*une émotion vive, d'une passion ardente, d'uni
irésenlation prolongée, lorsque la volonté n'ordonn
le jeu de la pensée pour amener d'au 1res conclu-
;, avant que l'habilude ait établi son pouvoir. L
iocipe de cet état, en tant que perversion de la rai
, est le sophisme : a possibili ad actum valet cou
^uentia.
Avant d'aller plus loin, il est bon d'observer que tout
théorie est présentée d'un point de vue exclusil
li doit être ici le mien, celui des caractères représen
de rafTeclion dont je m'occupe, et de ses cause
effets du même genre. Je néglige donc, mais je n's
302 THËORIB DD VKRTIGE INTELLECTUEL.
garde de contester les causes originelles de FaliénatioD, imputables à des désordres organiques. Où je oonh menée à douter, c'est quand on range les symptdmflÉ intellectuels et moraux parmi les dépendances simpM de la maladie physique. Les vues des aliénistes, on pliK tôt leurs habitudes d'esprit et de profession, à cet ^ardj sont visiblement entachées d'un vice de méthode, dont Ji me défends en accordant l'existence d'un point de dé^ part organique dans tous les cas où l'on pourra lÉ constater. Tous ou presque tous supposent arbitraire^ ment : I "^ que les premiers termes de la série des désoi^ dres sont de nature exclusivement biologique, toujourt^ %"" que les faits de perversion du jugement sont èà conséquences nécessaires de l'état pathologique prement dit. Cependant , sur le premier point, Toi vation permet d'admettre des cas où la déviation m( taie précéderait les perturbations organiques et pou: en devenir la cause. Sur le second, rien ne prouve qui certains symptômes représentatifs ne puissent être éliij dés ou supprimés par une éducation ou par une méS cation de môme nature, c'est-à-dire intellectuelle î morale , tandis que la maladie suivrait son cours an les symptômes physiques et vitaux qui lui appartieid nent en propre. La biologie n'aura donc pas d'objeo tions graves à m'opposer, si la suite de cette étude d conduit à placer, dans une intervention régulière et coni* tante de la réflexion et de la volonté dans les phéno* mènes représentatifs , un moyen efficace de résistanci à l'aliénation, considérée dans ses caractères du mèflM ordre. Il dépendrait alors du malade, pris à une oe^
THtORIE DU VERTIGE INTELLECTUEL. 303
époque de son affection, de réduire le mal à la ordinaire des désordres organiques ( et de ceux lensibilité qui en sont les suites), et d'éviter celles ^nsëquences ordinaires de son état qui intéressent actions réfléchies. Ce n'est pas que la maladie ne iissi dans ce cas se terminer à Tidiotisme et à la ^ie. Hais alors les fonctions intellectuelles supéis deTiennent impossibles par l'absence de leurs ikms nécessaires» quelles qu'elles soient, et on ne tas s'en étonner. Il serait inconcevable, au con- , que, ces mêmes fonctions se trouvant en exer- 88 causes de leurs désordres appartinssent excluent à la série des phénomènes organiques, tandis k théorie de leurs perturbations peut se tirer de la de faits dont elles font partie. Occupons-nous librement de cette théorie, sans nous préoccuper rapports physiques, et au point de vue de la reitation, qui en est le sujet véritable, folie de la représentation , ou les traits de cette occupent jusque dans l'ordre normal une très e place. Ils commencent aux erreurs de jugement a passion est ]e principe; aux erreurs de mémoire lémoignage chez ceux qui croient avoir vu ou ence qu'ils désirent, ou craignent, ou seulement Ql avoir dû être; et à ces sortes de mensonges, qui Il qu'à demi- volontaires, et ne lardent pas à trom- I menteurs eux-mêmes. Ajoutons ces systèmes re- L ou scientifiques, ces machines, ce^ inventions loques dont le seul fondement est dans Timaginas l'inventeur ignorant ou trop prévenu, qui se re-
nOi THÉORIE OU VEUTiGE liNTELLECTOEL.
garde comme en possession de la vérité absolue que méconnaît le genre humain. Ajoutons surtout le phénomène si commun et si important des convictions filmées par la parole, à Taide de l'éloquence et de lei figures, dont la répétition est la principale, non pH tant chez Taudileur, ce qui est tout simple, que cheik parleur lui-même, qui éprouve rapidement les passiom qu*il évoque et se détermine dans le sens des posribilités inhérentes à ses discours. En matière do désirs il de foi, par exemple, on est aisément ce qu'on eroit être, cl on croit être ce que Ton dit qu'on est.
L'acception vulgaire du mot folie est très étendu^ et c'est un fait qui mérite considération; pournou8,dii ne l'est pas moins, puisque nous sommes amenés J marquer d'un caractère commun, et les états où la per sonnalité est comme anéantie, ses fonctions cessari d'être réfléchies et volontaires sur tous les points à k fois, et ceux (qu'il faut supposer habituels cependa]il| où le vertige a lieu sur un point quelconque, dontlii jugement exigerait une mûre réflexion, une vol désintéressée par l'appel des motifs de toute sorte, l' rour populaire ne consiste pas précisément à corapli trop de fous dans le monde : plusieurs que le peupi n'estime pas tels le sont véritablement par de certainai habitudes de prévention ou de violence, et n'ont guè» la possession d'eux-mêmes. Mais il n'y a que l'igno* rance qui taxe de folie des hommes dont la conduites les pensées s'éloignent de la coutume, quoiqu'ils poi** sent bien se guider sur des motifs, bons ou maurÔK ♦^xeinpts de tout vertige.
QtNi looHJ
THtORIE DU VERTIGE INTELLECTUEL. 305
kxk reste, pour ne pas douter que les éléments de la die existent chez tous les hommes, il suffit d'observer 18 phénomènes du sommeil , les effets de quelques issions (la jalousie» la colère), quoique momentanés, nfin les séries représentatives produites quand Tinastion des spiritueux ou des narcotiques suspend la uissance de réfléchir. Tous ces états ont cela de com- Km que l'imagination, la mémoire, la prévision et les Assions [qu'éveillent leurs objets se développent en otralnant l'affirmation par une suite de vertiges. Mais aéme dans la veille, en pleine raison, qui n*a éprouvé ^elque tentation vertigineuse, d'une espèce ou d'une pitre • de celles qui de proche en proche conduiraient i Tabime un homme dont la conscience ne se détourlerait pas. Si les animaux ne sont que peu ou point iDJets à ces phénomènes, c'est que naturellement bornés |BX impressions présentes, et ne les réfléchissant pas, PQDés par des instincts à peu près invariables, ils mandent de cette production imaginative et passionnelle pi nous transporte hors de la réalité présente, au ulieu de conditions hypothétiques. Au contraire, le jpu spécule toujours, quand la maladie n'a pas encore Heint sa force intellectuelle.
K Est-ce à dire maintenant qu'entre la démence et les f» les plus simples du vertige du jugement il n'y ait à IMurquerquedes degrés? L'étendue et la gravité des cas IjjAla continuité des phénomènes n'impliqueraient pas chose en effet, et j'ai dû établir le principe de la version,' partout le même. Mais la nature de l'objet ^ «ffinné dans le vertige a une extrême importance, puis-
304> THÉORIE DU VERTIGE INTRLI.KGTUIL
que tantôt il ne s'y agit que de faits ou d'idées, parfaitement faux sans doute et maintenus par passion, contre toute réflexion, mais tels enfin qu'à toute force on leur trouverait plus d'un approbateur, tandis que d'autrei fois un homme , sur ses impressions propres , dément l'expérience universelle et actuelle et se rend étranger à tous les hommes. Le fou parvenu à ce point doit né^ cessairement systématiser ses jugements et les étenAv h toutes les conséquences d'une première affirmation; il a dès-lors ses convictions exclusives sur tous les rapports qui le touchent ; et une véritable communicatioB intellectuelle avec ses semblables lui devient d'autaoL plus impossible qu'il ajoute, au parti pris de ne riei« écouter contre ses vues, le penchant, auquel il a unç foU cédé et qui se tourne de plus en plus en habitude, i: obéir au vertige de ses impressions. Cette dispositioi est ordinairement telle, qu'on le voit, en conversaticHM composer avec certaines des paroles qu'il entend, é dont il est frappé , un discours , ou du moins un sem^ possible qu'il impute à son interlocuteur. Il lit aussi si pensée propre dans la phrase quelconque d'un auteur/ et les images qui traversent sa conscience deviennedi pour lui les points de départ d'autant de spéculation! qu'il ne poursuit qu'un instant. Quelquefois aussi unij contemplation unique l'absorbe, c'est-à-dire que 80l| vertige ne varie point. i
Il est remarquable que les déviations du jugemedi chez les aliénés s'établissent à l'encontre de l'expérience ou du témoignage universel qui la consacre, plutdt qu*Qi opposition avec la raison logique et avec les formes gè
THtORIB DU VERTIGE INTELLECTUEL. 307
(nies de la représentation. Le fou a ses faits à lui , un onde externe qu'il se crée» et par là même de faux nncipes de ses raisonnements comme de sa conduite; liÎB son monde intérieur» son ordre rationnel est sain, ml que le vertige est rare ou intermittent ; et souvent iait preuve d'une grande puissance de pénétration et 'inaljse. On conçoit en effet que les lois formelles de I ^pensée, instruments communs et désintéressés, ne toiDgent en rien les fins et les principes de fait que aliéné se pose. Le vertige n'agit qu'avec la passion, et la trouble d'ailleurs la série logique des pensées qu'en se Riduisant continuellement ou à peu près. Dans ce der- ■r cas la trame se perd pour le sujet lui-même, et ka avant pour celui qui l'observe.
'Qd donne quelquefois comme le caractère moral de Kdémence une direction vicieuse de la volonté, au lins à Torigine. Cette formule, quoique juste au fond, I empreinte de l'esprit des anciennes théories de la lonté. Ou s'exprimerait plus exactement en signalant Orection insuffisante des représentations dans le }/A^ c'est-A-dire une faiblesse ou une absence de voilé* dans le sens où j'ai constamment entendu cette lelîoo. En effet, le vertige de l'acle ou du jugement irile toujours de ce que la conscience intellectuelle et ■ionnelle, sous laquelle il se produit, n'est pas suffi- ■ment balancée par celle du pouvoir de se suspendre appelant d'autres représentations, d'autres motifs î, une fois mis en ligne de compte, changeraient tout, conscience permanente de ce pouvoir est l'essence ilable de ce qu'on appelle la domination des pas-